De Nuvel Vision à Freedom Diego Garcia, ses protest songs contre les injustices ont résonné à travers le temps et ont fait bouger le peuple mauricien. Il a fait ses premiers pas au côté de son “frère” Kaya, le 30 octobre 1983 à Richelieu pour un concert gratuit… Trente ans plus tard, c’est sur cette même scène que Ras Natty Baby chantera son hymne légendaire, Leve do mo pep.
Scope est parti à la rencontre du soldier pour revenir sur son succès local, sa carrière internationale, mais aussi sur les moments difficiles de celui dont le nom signifie : Baby, Le Vaillant Prince.
Il a connu la rue, les montagnes de Chamarel, les villas de Pointe aux Sables, les hôtels en Europe… Mais c’est dans son deux-pièces à Richelieu que Ras Natty Baby a finalement élu domicile. “Sa se mo baz.” Aujourd’hui, il pose un autre regard sur la vie. Loin du grandiose de l’époque lorsqu’il tournait à l’étranger, il adopte désormais une attitude plus modeste, “pou res pros ar mo rasinn”.
Occupé par les préparatifs autour du concert qui aura lieu à Richelieu le samedi 23 novembre pour célébrer ses trente ans de carrière, Baby nous accordera quand même trois heures de son précieux temps pour nous conter son histoire, sa passion et sa descente aux enfers.?“Depuis 5h du matin, je suis à courir à gauche et à droite pour mettre en place ce spectacle. Je me dois de faire de mon mieux pour que ce soit un succès car la musique représente beaucoup pour moi. C’est le moyen le plus rapide pour toucher le coeur des gens et faire passer un message.”
Ras Natty Baby est un rebelle. Une grande gueule, comme il le dit lui-même. “Je lutte contre la discrimination depuis mes débuts. On aime ou on n’aime pas. Depi 30-an, mo pe fer li e mo pou kontign fer li.”
?1983.
D’origine rodriguaise, Joseph Nicolas Emilien, alias Baby, a 29 ans lorsqu’il se lance dans cette aventure musicale qui produira une musique authentique de notre île : le seggae. “Kaya est considéré comme le père du seggae. Moi, j’en suis l’ambassadeur parce que je me suis beaucoup produit à l’étranger. Kaya faisait des reprises de Marley. J’écrivais mes propres textes de reggae, mais en créole. Le seggae apporte l’authenticité à notre île.”
30 octobre 1983, Richelieu. “Sa konser la ti zis enn ese. Frer Kaya ek mwa, nou ti ena boukou zafer pou dir lor bann problem sosial. Sa lepok la, ti ena enn demann pou sanzman. E nou ti anvi revandik nou lien avek Lafrik.” Le premier titre que Baby interprète est Time Has Come. Un titre en anglais qui ne figure sur aucun de ses huit albums, mais qu’il a interprété un peu partout dans le monde au cours de ces trente dernières années. “J’ai aussi chanté des titres comme Mo pep ti esklav ou Mo enn ti Mazanbik. Des cris pour les sans-voix. À l’époque, il y avait de nombreuses inégalités et beaucoup de frustrations. Il fallait que les gens comprennent que c’étaient les intellectuels qui prenaient les décisions. En 1983, je revendiquais nos racines avec l’Afrique; aujourd’hui, c’est ce continent qui contribue à notre expansion économique.”
Ceux qui ne connaissent pas Ras Natty Baby peuvent ne pas le prendre au sérieux. Mais derrière ses dreadlocks et son habit militaire se cache un homme très cultivé. “J’ai arrêté l’école en Form II. Mais à mon arrivée à Maurice en 1973, j’ai commencé à lire énormément. Je me sers de cette connaissance pour écrire mes textes et faire passer des messages politiques. Des messages de protestation pour dénoncer l’injustice. Je me documente beaucoup sur l’histoire du monde.”