C’est un cri que lance Ras Natty Baby à travers cet album. Le ton est résolument politique, dans un discours déclamé en reggae afin de contribuer à une prise de conscience locale et internationale. Alors que l’auteur de Nouvel Vision se prépare pour ses trente ans de carrière, cet album militant sortira dans quelques jours avec neuf titres en anglais et en français pour clamer Leve do mo pep.
Port Mathurin, au milieu des années 60. La journée terminée, Joseph Nicolas Emilien quitte le collège pour les vieux quais, où il doit embarquer dans la pirogue qui le ramène dans son village. Cet après-midi-là, la quiétude de la ville est rompue. Des Chagossiens ont été débarqués d’un bateau en transit pour Maurice. “Il y avait des hommes, des femmes et des enfants. Ils avaient l’air fatigués et angoissés. Ils étaient sales et semblaient perdus. La rumeur disait qu’ils avaient été chassés de chez eux.”
Le spectacle de cette déportation est bouleversant. Le drame est ressenti encore plus cruellement lorsqu’on débarque une vulgaire caisse en bois dans lequel gît le corps sans vie d’une petite fille. “Elle était morte durant la traversée. Son cercueil était rudimentaire.” Pour des raisons politiques, “géostratégiques”, ceux qui les avaient jetés à la mer n’avaient que faire de la petite ou de la souffrance des siens, qui pleuraient autour du cercueil. Pas la moindre compassion. Il n’y eut aucune cérémonie pour l’enfant, inhumée dans le cimetière.