“C’est peut-être l’enfance qui approche le plus de la vraie vie”, écrit André Breton dans le Premier manifeste du surréalisme, texte publié en 1924. Sa vraie vie à lui, Raymond Levantard l’exprime à travers l’art. À côté de son travail de décorateur d’intérieur, sa passion pour la peinture est une façon pour lui de dire ce qui doit être dit, dans un monde où l’adulte tue l’enfant qui ne demande qu’à exprimer ses sentiments et extérioriser ses craintes.
On se croirait dans l’un de ses films où ces génies un brin fous passent des heures dans leur antre à peaufiner leurs oeuvres. Genre Robert Downey Jr. dans Sherlock Holmes. Dans cette pièce assez peu illuminée flotte un mince brouillard de fumée de cigarette, alors que les murs arborent divers coups de pinceaux qui dépeignent un sentiment, une histoire, un coup de blues. Une lampe suspendue au rideau éclaire une housse verte trouée qui recouvre un lit en bois, au pied duquel attend une bouteille de bière fraîchement ouverte. Une table grise tachetée de quelques égratignures noirâtres porte un ordinateur portable relié à un grand écran. Hormis l’armoire en bois, un autre meuble carré sert de range-tout. Pinceaux, boîtes de peintures, tableaux, crayons, plumes et dessins ne sont qu’une partie des équipements amoncelés.
La chambre de Raymond Levantard fait également office d’atelier. Au vu de cette pièce, nul ne se douterait que le mince gars à qui nous avons affaire est décorateur d’intérieur. C’est fait par exprès. Car il ne veut pas que ce monde s’approche de trop près de celui de son univers d’artiste. En gros, la profession ne peut se mêler à la passion. Dès qu’il rentre dans la maison de ses parents à Triolet, Raymond Levantard a déjà quitté son gagne-pain et les responsabilités qui vont avec au bureau. Dans sa chambre, un seul souci : que créer et quoi exprimer ?