Men on a motorcycle drive past the Bethel Church, where Moïse Mbiye preaches, in Kinshasa on February 20, 2020. - Moïse Mbiye is the spiritual leader of the Bethel Church. One of the dozens of churches derived from the Protestant cult, where the faithful express their faith through songs, trance, and above all through donations of money. (Photo by ROBERT CARRUBBA / AFP)

Un pasteur charismatique, une plainte pour viol, des fidèles qui font bloc, des rumeurs de sex-tape: à Kinshasa, l’univers très lucratif des Eglises évangéliques dites de « réveil » est agité par une affaire de mœurs présumée impliquant un célèbre pasteur-star de la musique religieuse en République démocratique du Congo.

A 39 ans, Moïse Mbiye est le chef spirituel de la « Cité Béthel » fondée par son père Emmanuel. L’une de ces dizaines d’Eglises dérivées du culte protestant, où les fidèles expriment leur foi par des chants, des transes, et surtout des dons d’argent.

A la tête d’une chaîne de télévision (Siloé TV), « pasteur Moïse » est un musicien adulé. Ses louanges au Seigneur sont écoutées des millions de fois sur YouTube (21 millions de clics pour son clip Tango Naye (C’est son temps).

Quand il se produit sur scène, l’homme de Dieu demande à ses fidèles entre 50 à 100 dollars pour célébrer avec lui la gloire de l’Éternel sur ses arrangements avec des chœurs féminins omniprésents. Le même tarif que pour les concerts des stars de la musique congolaise profane Koffi Olomide ou Fally Ipupa.

« Transforme-toi »: tel a été le thème de sa prédication ce dimanche devant des centaines de fidèles, appelés à la fin du culte à lui verser des offrandes et la dîme (un dixième de leurs revenus).

Ce dimanche, les fidèles avaient une raison supplémentaire de faire bloc autour du chef de la Cité Béthel.

L’une de ses ex-fidèles et collaboratrice, Éliane, 20 ans, a porté plainte pour viol et avortement, interdit dans la loi congolaise.

La plainte pour avortement a été confirmée à l’AFP par le parquet de Kinshasa, qui parle également d’une autre plainte pour diffusion sur les réseaux sociaux « d’images obscènes portant atteinte à la dignité de Mme Éliane Bafeno ».

L’avocat qui a déposé la plainte, Justin Lunanga, a été blessé par balles le 26 janvier, a indiqué son cabinet. « C’est inacceptable parce que nous sommes en démocratie », a protesté le ministre des Droits humains André Lite sur la radio onusienne Okapi.

Dans cette affaire embrouillée, deux ex-musiciens du pasteur sont également en détention pour « diffamation au préjudice du pasteur Moïse Mbiye ». La police affirme qu’ils étaient « en possession de différentes vidéos compromettantes pour le pasteur Mbiye ». Ce que nie leur avocat.

– « Vendeurs d’espoirs et d’illusions » –

Le pasteur doit se présenter lundi au palais de justice, ont indiqué dimanche pendant le culte ses collaborateurs.

Dans son prêche, l’homme de Dieu n’a pas fait d’allusion directe à « l’affaire », sauf à interpréter ses paraboles bibliques.

« Parfois, Dieu ne frappe pas dans le camp de tes adversaires car il a des âmes à sauver », a-t-il glissé. « J’ai commencé mon ministère dans le vent et la tempête, le diable n’a pas arrêté de me combattre. Et j’ai grandi dans le vent ».

Depuis le début de l’affaire, les fidèles de Béthel sont ses meilleurs avocats. « Le pasteur Moïse est innocent. Ce sont des montages », affirme Caroline Misenga, 28 ans, une choriste.

« La justice humaine va laver notre pasteur, puis la justice divine va frapper ces ex-collaborateurs à l’origine de ce complot inspiré par la haine et la jalousie », affirme Gilbert Tshisungu, 52 ans.

La RDC compte plusieurs milliers d’églises évangéliques. Dans ce pays pauvre, les pasteurs et télévangélistes les plus en vue font étalage, lors de leurs prédications, de leurs richesses, beaux costumes, montres en or, voiture imposante, voyages à l’étranger. Ils se déplacent souvent en cortège de plusieurs jeeps, avec des policiers ou des militaires comme gardes du corps.

Lors des cultes, pour obtenir des bénédictions de Dieu, ces pasteurs font monter les enchères, en bénissant en priorité ceux qui versent les offrandes les plus importantes pour finir par ceux qui ne disposent que de 500 francs congolais (0,34 dollar).

« Des vendeurs d’espoirs et d’illusions, qui profitent de la naïveté et de la misère du peuple », pour le sociologue Léon Tsambu, professeur à l’université catholique du Congo.

« Dans les Eglises dites de réveil, les pasteurs sont quasiment tous dans le business évangélique, surfant sur la misère de la population pour s’enrichir sans vergogne », ajoute-t-il. « Et ces fidèles pauvres trouvent une communauté qui leur promet la solidarité en cas de malheur ».

Une promesse non négligeable dans un pays où l’État n’a pas les moyens de financer la moindre protection sociale.

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