Après s’en être pris aux infrastructures de leur établissement, avoir saccagé des toilettes et refusé de suivre les cours pour manifester leur colère contre les règlements qu’ils jugent trop sévères, des élèves du collège Eden à Rose-Hill vont devoir reprendre les classes normalement demain. Et ce malgré leurs revendications. La direction, qui par mesure de sécurité, dit-elle, a été contrainte de fermer temporairement l’établissement vendredi dernier, appréhende la réaction des élèves rebelles. Pour parer à tout incident, elle aurait pris la décision de faire appel à la police au moindre signe de mécontentement de la part de ses élèves. De leurs côtés, des membres du personnel du collège disent comprendre en partie de la colère des étudiants. Quant à la rectrice du collège, dépassée par les événements, elle serait très bouleversée.
Le collège Eden de Rose-Hill a connu, le moins que l’on puisse dire, une semaine agitée. Les deux départements filles et garçons de cet établissement privé ont été quasiment paralysés, suivant des mouvements de protestation par des élèves. La situation, qui s’est détériorée en milieu de semaine, a forcé la direction à fermer le collège. La manifestation qu’a connue le collège Eden a retenu l’attention de tous, d’une part, parce que la colère des élèves a abouti à des actes de vandalisme, mobilisé les forces de l’ordre et poussé à la fermeture de leur établissement. Et, d’autre part, parce que ce qui s’est passé à Rose-Hill est loin d’être le seul événement qui a bouleversé le milieu scolaire ces derniers temps.
Toutefois, si les choses se sont calmées depuis et que la reprise des classes est prévue pour demain, c’est non sans appréhension que le personnel enseignant, la direction et des collégiens reprendront les cours. Car malgré une rencontre entre la Private Secondary School Authority, la direction et le Student Council, il n’est pas certain que les revendications se concrétisent.
«J’ai demandé à mon fils de ne pas se rendre à l’école lundi. Je ne sais pas comment se passera la reprise des classes. Je suis inquiète. Mais il a essayé de me rassurer en me disant que tout se passera bien chez les garçons. Ce sont les filles qui ont fait plus de dégâts», nous raconte la mère d’un élève.
De son côté, visiblement dépassée par les événements, la rectrice du collège, Lalita Balgobin, a confié son désarroi à son entourage. Cette dernière, qui a régulièrement essuyé des critiques de la part des élèves aussi bien que de leurs parents pour son autorité jugée trop rigide, a reconnu lors d’une réunion avec son personnel, vendredi dernier, être fatiguée et secouée par le comportement des collégiens de son établissements.
Privés de sorties pédagogiques
D’ailleurs, Lalita Balgobin, qui a refusé de commenter «pour l’instant» ce qui s’est passé, laisse le soin à une agence de communication de transmettre des informations à la presse. «Quand elle parlera, elle commentera des problèmes que connaît le secteur éducatif. Mais pour le moment, elle a du mal à s’exprimer, elle est bouleversée», nous a informé l’agence de communication.
  Derrière leurs actes de vandalisme répétés et le sit-in spontané pour démontrer leur refus de participer aux cours, des élèves (en Upper Secondary) du collège Eden ont voulu faire passer un message à la direction. «Ils veulent que le management assouplisse certains règlements», confie un membre du personnel enseignant.
Dans un communiqué, la direction du collège présente la situation ainsi : «Les élèves concernés, qui réclament plus de liberté et moins de discipline au sein de l’établissement, ont catégoriquement refusé de reprendre les cours ( ). Les actes de vandalisme sur les infrastructures du collège se sont poursuivis. La direction a sollicité le soutien de la police afin de parer à toute éventualité.»
Autre son de cloche chez les élèves. Depuis quelque temps, ils se plaindraient du fait qu’ils seraient victimes d’interdictions injustifiées. «Ils étaient même punis assez sévèrement», explique l’enseignant. Un élève raconte que ses camarades contestataires «ont saccagé des toilettes pour entre autres déplorer que le collège leur privent de sorties pédagogiques». Mais, dit-il, «zot finn inpe exazere kan zot pe dir ki zot an drwa met zot semiz an deor zot pantalon !» Selon nos informations, ce sont des sanctions récurrentes pour retard qui auraient fait déborder le vase. Un autre enseignant raconte: «Plusieurs élèves viennent en retard au collège. Ils arrivent après 8h30. La direction avait pris la décision de fermer la porte d’entrée après cette heure, car il y avait trop de retard. Les collégiens doivent être présents à partir de 8h pour assister à l’assemblée avant de rentrer en classe à 8h20. Nous savons tous qu’il peut y avoir des retards causés par des raisons valables. C’est pour cela que la direction donne accès au collège à ceux qui arrivent peu après 8h20. Les nouvelles mesures pour le transport scolaire ne sont pas forcément à l’origine des retards. C’est un problème qui ne date pas d’hier.»
 Punition exagérée
Dans leur liste de revendications, les élèves demandent que la porte du collège reste ouverte jusqu’à 9h ! Toutefois, nos interlocuteurs avancent que les sanctions pour retard sont parfois «sévères». Un élève, en petite classe, qui arriverait au collège après 8h30 est privé de récréation. «Tandis que les plus grands doivent rester au collège, à la fin des classes jusqu’à 15h !» disent-ils. Même si des enseignants disent comprendre que certaines demandes sont justifiées, ces derniers sont d’avis que celle concernant la punition «est exagérée».
Parmi les demandes qui seraient compréhensibles, nous dit-on, il y aurait celles ayant trait à l’uniforme. «Les élèves ont demandé qu’ils puissent porter d’autre jackets à part celui du collège. Quand il pleut en hiver, quand celui qui est obligatoire est trempé ou salez ils ne sont pas tenus à porter autre chose pour se chauffer. Il en est de même pour les chaussures. Ils voudraient que la direction les autorise à porter des chaussures de la couleur de leur choix et non uniquement le bleu ou le noir. Cette question est discutable !»
Les enseignants disent aussi comprendre la colère des élèves s’agissant du nombre de toilettes au département des garçons. «Il y a 10 toilettes pour 630 garçons ! À l’heure du break qui dure 15 minutes, ils n’ont même pas le temps de se rendre aux toilettes, lesquelles ne sont pas toujours propres». En revanche, nos interlocuteurs insistent à dire qu’ils ne cautionnent pas la présence de portables en classe, comme le réclameraient les étudiants.
«Nous avons tous été pris de court par les différentes manifestations! Les élèves n’avaient jamais auparavant fait de représentations auprès du Student Council», explique un des enseignants rencontrés. Selon notre interlocuteur, la direction, qui a rencontré tous les membres du personnel vendredi dernier, n’aurait pas caché son inquiétude sur le déroulement de la reprise des cours demain matin.
«On nous a demandé de veiller à la discipline et de faire de notre mieux pour empêcher des intentions de manifestation. Mais comment allons-nous prévenir des dérapages ?» se demandent les enseignants qui étaient présents à la réunion de vendredi dernier. La direction a quand même signifié son intention de faire appel à la police si des élèves déclenchent n’importe quelle forme de protestation.