Juillet 2012, Statistics Mauritius (CSO) publiait une synthèse des grandes tendances de l’évolution du pays enregistrées par le recensement de 2011. La prépondérance du créole inscrit comme home language/langue du foyer, par 84% de la population, soit 14% de plus qu’en 2000, était telle que l’équation entre langue du terroir et langue du territoire s’imposait. J’évoquais alors dans Le Mauricien du 7 juillet ce moment historique précis où, lors du recensement, quelque part dans le pays un ‘head of household’ accomplissait son devoir civique, et la langue première du pays franchissait la barre d’un million de locuteurs. Les chiffres détaillés du Census Report viennent d’être publiés. Ils montrent qu’au final elle a rassemblé 1,069,874 Mauriciens, soit 86.5%. Depuis l’indépendance, d’un recensement à l’autre, la langue créole n’a cessé d’occuper la première place dans la catégorie langue courante du foyer. De 52% en 1972 elle passe timidement à 54% en 1983, puis prend son élan pour atteindre 60% en 1990. 10 ans plus tard, elle entre dans le nouveau millénaire avec un taux record de 70% en simple, et dépasse les 80% en combiné avec d’autres langues du répertoire mauricien. Dès lors, elle amorce sa mutation en langue première de la République.
L’état enfin en prend acte et procède, en vue de l’introduction de la langue à l’école, à un premier acte de reconnaissance et de standardisation en commanditant en 2004 une harmonisation des graphies standardisées en usage dans la société civile. Cette première orthographe standard, Grafi-Larmoni, sera mise en service par le premier dictionnaire monolingue créole, dont le nom, Diksioner Morisien, résume bien l’évolution de la langue. Dès lors, celle-ci entre dans une phase historique de développement accéléré. Son introduction à l’école – ainsi que celle du bhojpuri – est annoncée dans le discours programme du nouveau gouvernement en juin 2010 par le Président de la République. Le principe d’une Akademi Kreol Morisien est agréé par le Gouvernement en octobre de la même année, avec pour mission première de standardiser la langue et de l’équiper en vue de son introduction à l’école en janvier 2012.
Pendant que les enquêteurs du recensement quadrillaient le pays tout entier en 2011, des enseignants-stagiaires s’initiaient à Lortograf Kreol Morisien et à la didactique de la langue maternelle. Comme programmé, le créole a fait son entrée officielle en classe le 12 janvier 2012.
Dans la semaine du 15 octobre, les données linguistiques recueillies par le CSO faisaient leur entrée sur son site. Les quatre premières langues, auxquelles j’ai ajouté l’anglais en raison de son statut enregistrent un total de 97%.

Les 3% restants, soit les 36,177 locuteurs se partagent entre les autres langues ‘orientales’ du répertoire multilingue mauricien ; les combinaisons bilingues dominées par le créole et dans une moindre mesure par le bhojpuri ; enfin, des résidents migrateurs : Bangladeshis, Chinois, Sri Lankais, Malgaches, quelques locuteurs d’Afrikaans et une poignée de Kiswahili.
Pour compléter le tableau du profil sociolinguistique de Maurice, le recensement en propose deux autres : l’un, à caractère rétrospectif, renvoie au locuteur ancestral et à la langue d’origine ; l’autre, que je qualifierais de prospectif, porte sur la littéracie et renvoie aux compétences acquises dans les langues de l’école. Le tableau des ‘languages read and written’ est présenté dans un autre volume, portant sur l’éducation et dont la publication est attendue prochainement.