DIPLAL MAROAM

Il est évident que si le United Nations Human Rights Committee (UNHRC) avait été mis devant tous les éléments du dossier sur le Best Loser System (BLS), particulièrement ceux ayant motivé l’abandon du recensement communal après 1972, toute la controverse sur la réforme électorale à laquelle l’on assiste ces jours-ci n’aurait probablement jamais eu lieu. Une formule à la va-vite avait été concoctée uniquement pour les législatives de décembre 2014, ce qui fait qu’aujourd’hui nos dirigeants se retrouvent à nouveau au pied du mur. Même si le Best Loser System a joué un rôle non négligeable dans le maintien de la paix sociale à Maurice durant ces 50 dernières années, les failles structurelles qu’il comporte – failles que Michaël Sik Yuen avait savamment exploitées en 2010 pour pouvoir se faufiler parmi les élus sortis des urnes et obtenir ainsi un siège de député correctif – démontrent que son remplacement était devenu inévitable.

Cependant, pour ceux qui, entre les lignes, expriment le souhait d’un basculement de la composition de notre tissu social – « les minorités d’hier ne sont pas forcément celles d’aujourd’hui », avait argué le Père Labour sur les ondes d’une radio privée –, il convient de rappeler que s’il est vrai qu’un nombre important de membres de la communauté majoritaire a rejoint d’autres groupes religieux, notamment pentecôtistes, ces dernières décennies, ils n’ont pas pour autant changé de communauté. Lorsque ceux en faveur d’un nouvel exercice de recensement parlent de « recensement ethnique », ils laissent, selon toute certitude, planer l’ambiguïté entre religion et communauté alors qu’ils savent pertinemment que le recensement populaire effectué tous les 10 ans tient effectivement en ligne de compte l’appartenance religieuse de chaque individu. Or, le recensement communal, lui, sert uniquement à départager les sièges de Best Loser, comme le prévoit d’ailleurs la section 3 de la première Cédule de la Constitution. Et quand on sait que le pourcentage des quatre composantes constitutionnelles de la nation mauricienne en 1972 est presque le même aujourd’hui, le motif inavouable et obscur des partisans du recensement communal émerge au grand jour.

« Avez-vous vu dans un journal la composition ethnique de la fonction publique et le para-public, les patronymes des employés ? Ceux d’origine asiatique de l’Inde à 80%, d’origine africaine 10% ou même pas de chiffres parfois », estime le père Alain Romaine, du Comité 1er février dans une interview au Mauricien le 8 novembre 2018. Or, dans une grande mesure, ces chiffres reflètent également la composition de la liste des lauréats et ceux et celles classés après, émise par Cambridge chaque année et dont personne n’ose remettre en cause. Heureusement donc que les examens de fin d’études secondaires sont préparés et corrigés à l’extérieur ; autrement, c’est toujours le sempiternel prétexte de la discrimination qui serait brandi. Certes, personne ne peut se hasarder à avancer que la PSC est exempte de toute critique et au-dessus de tout soupçon – ses décisions font parfois l’objet de contestation et sont cassées en justice –, mais tout mettre sur le dos des manœuvres malveillantes et corruptrices lorsque les vœux de certains n’ont pas été réalisés lors de l’exercice de sélection des candidats est un pas que tout citoyen averti et de bon sens ne saurait franchir. D’ailleurs, le critère de « only best qualified candidates will be called for interview » qui accompagne toujours les conditions de la compétition ne peut être balayé d’un revers de la main.

Finalement, lors d’un congrès du PMSD à Bambous le 9 novembre 2018, le leader du parti bleu avait déclaré : « Ou rant dan sertin biro, ou pa kwar ou dan Maurice ». Soit. Car si le secteur public est régi par l’EOA dont, faut-il le rappeler, le PMSD avait fait son cheval de bataille, tel n’est certainement pas le cas pour le privé. Il faut bien savoir ce que l’on veut, soit l’exigence du mérite ou le système de quota. Mais l’on ne peut manger son pain et l’avoir en même temps. Lorsque le mérite n’a pu apaiser son désir, l’éternel insatisfait ne peut tourner casaque et évoquer le motif du favoritisme.