Une certaine surprise, pour ne pas dire une vraie consternation, a suivi la réaction du Premier ministre lorsque le leader du groupe travailliste à l’Assemblée nationale, est, jeudi, revenu sur sa position en faveur du recensement ethnique dans la perspective de l’action entrée par Resistans ek Alternativ. De sa position assise dans l’hémicycle, Sir Anerood Jugnauth a laissé entendre qu’il envisageait une telle éventualité, mais il a aussi ajouté que chacun serait libre de décliner son identité ou pas.
Réagissant à ce développement de taille dans le dossier du BLS et de la réforme électorale, le leader de l’opposition, dans une déclaration à Week-End, hier, après la réunion de la «direction collégiale» du MMM, ,s’est déclaré «bien triste» d’une telle situation d’autant que c’est lorsque Sir Anerood Jugnauth était Premier ministre en 1982 que la déclaration communale a été abolie dans l’exercice de recensement national.
Il rappelle qu’il était entendu que cette abolition constituait un pas en avant en attendant l’introduction d’une vraie réforme électorale : «Au lieu de cela, on envisage maintenant de recourir au recensement communal. Je condamne ce retour en arrière».
C’est en juillet de l’année dernière, en prélude à une réforme électorale, que l’Assemblée nationale a voté massivement, bien plus que les trois quarts requis, pour que les candidats à une élection générale ne soient pas obligés de faire de déclaration concernant leur communauté.
Lors des débats qui avaient précédé cet amendement, Shakeel Mohamed, alors ministre, avait été une des rares voix à se prononcer pour un recensement ethnique, tandis que le Premier ministre Navin Ramgoolam et nombre de ses collègues du gouvernement, ainsi que le MMM et le MSM, s’étaient, eux, exprimés contre cet exercice.
Pravind Jugnauth avait, d’ailleurs, lors des dernières élections générales, honoré son engagement public de ne pas déclarer sa communauté au moment d’enregistrer sa candidature.
Selon le compte rendu du Mauricien du vendredi 6 mars, Shakeel Mohamed a déclaré ceci au sujet du cas entré par Resisans ek Alternativ : «Cette Cour internationale a recommandé que Maurice adopte un nouveau système pour remplacer le système de meilleurs perdants ou de remettre à jour le recensement de 1972.» Le député estime que «la population mauricienne est suffisamment mûre pour permettre un nouveau recensement sur une base ethnique. Cela ne veut pas dire que la population sera plus divisée, au contraire, il peut permettre d’unir davantage la population. Un tel recensement serait technique et devrait permettre de mieux appréhender les problèmes particuliers de chaque communauté afin de les résoudre dans l’intérêt de la nation mauricienne dans son ensemble».
C’est toujours Le Mauricien qui, vendredi, a fait état de ce qui suit : «A ce stade, sir Anerood Jugnauth a affirmé qu’une telle possibilité est envisagée par son gouvernement». Ceux présents lors de cette soirée de débat sur le Discours-Programme se sont étonnés qu’Ivan Colledavelloo, «mauricianiste déclaré» n’ait pas réagi à ce développement qui n’était pas dans le programme de l’Alliance Lepep. On doit garder en tête qu’un des ministres du Mouvement Liberater, Anwar Husnoo, avait été à l’avant-plan d’un mouvement visant à maintenir le Best Loser System.
Il faut aussi dire que celle qui a présenté la motion de remerciements au Discours-Programme, la députée du MSM Danielle Selvon, avait, elle aussi, lors de son intervention, préconisé le recensement ethnique : «Sans ce recensement, il est impossible d’identifier légalement et constitutionnellement les composantes de la population – majorité et minorités – pour mieux les protéger contre toute forme de discrimination, surtout pour les recrutements dans les secteurs public et privé.»
S’agit-il d’une position décidée par le MSM après réflexion ou d’une réaction spontanée du Premier ministre? La question devrait être tranchée avec les interventions à venir, dont celle du Premier ministre la semaine prochaine.