• L’Union Européenne investit Rs 100 millions dans la recherche  pour une agriculture moderne et adaptée aux aléas climatiques

La vision de l’Université de Maurice (UoM) est de devenir une institution engagée dans la recherche et l’entrepreneuriat. Dans cet objectif, son souhait de lancer un Agritech Park depuis quelques années s’est enfin matérialisé.

Lancé officiellement hier matin au Burrenchobay Hall de Réduit, cet Agritech Park vise à répondre aux lacunes du secteur. Ce « parc » répond à trois objectifs, soit la biotechnologie et l’agriculture de précision, la sécurité alimentaire et un incubateur agricole.

Ce projet de transformation, selon le vice-chancelier, Dhanjay Jhurry, a pris naissance en raison du changement qui s’est produit dans le secteur agricole. Selon ses observations, l’agriculture, telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, n’est plus la même. « On parle de l’agriculture 4.0 de nos jours et l’on se demande où se situe Maurice. Où en sommes-nous dans l’agriculture moderne ? Nous ne pouvons pas que réfléchir sur les autres industries. L’agriculture est indispensable », explique le vice-chancelier.

Pour lui, aiguiller le pays vers cette agriculture moderne sera « un grand pas » franchi par l’UoM. S’agissant des premiers objectifs de ce projet, soit la biotechnologie et l’agriculture de précision, et en deuxième lieu la sécurité alimentaire, la faculté d’agriculture a déjà développé son expertise et son savoir-faire.

L’un des autres objectifs de cet Agritech Park, dit-il, est de réunir l’industrie avec l’UoM pour que les étudiants puissent aussi travailler sur des projets réels. De ce fait, un Agri Processing Incubator sera mis en place. Selon lui, cet incubateur n’est en concurrence avec personne.

« Nous répondons à un besoin précis. Un étudiant qui termine ses cours à l’UoM en agriculture, comment peut-il avoir de l’argent auprès d’une banque pour commencer l’entrepreneuriat ? Nous voulons répondre à une lacune où l’étudiant pourra aller jusqu’à la preuve du concept », fait-il ressortir.

Pour lui, c’est une lacune à laquelle il faut bien répondre. Mais cet incubateur, ajoute-t-il, est aussi une ouverture vers le public. « Nous voulons des projets où nous arrivons également à développer des compétences, et non seulement la connaissance », dit-il.

Pour lui, lorsque les étudiants sont parties prenantes, le personnel de l’UoM sera aussi engagé avec l’industrie. Un Agritech Park, ajoute-t-il, permet justement de travailler avec l’industrie, le secteur public et la communauté. À noter que cet Agritech Park a vu le jour grâce à un financement de Rs 15 millions du gouvernement pour démarrer la construction des infrastructures. Il est d’une superficie de 24 arpents et se situe à l’arrière de l’UoM.

Autre but du parc : le redémarrage de l’industrie de la production laitière. « Notre pays n’a jamais pu faire décoller cette industrie de production laitière. Nous espérons que ce projet deviendra une réalité dans quelques jours », ajoute-t-il.

À travers ce projet, de petites fermes seront ouvertes pour une production laitière durable. Par ailleurs, dans le but de développer l’agriculture numérique à Maurice, il avance qu’un accord a été signé avec Harel Mallac Technologies.

Présente lors de ce lancement, la ministre de l’Education, Leela Devi Dookun-Luchoomun, a estimé lors de ce “soft-launch” que l’initiative aura une dimension régionale. Selon elle, l’UoM, à travers ce projet, répond à des objectifs en tant qu’institution d’éducation supérieure. De son côté, l’ambassadeur de l’Union européenne à Maurice, Vincent Degert, a dressé un tableau sur l’impact du changement climatique sur l’agriculture à travers le monde, citant les cas de Madagascar et de Haïti.

L’usage excessif de produits chimiques, dit-il, a aussi engendré des problèmes de santé, d’où l’importance de la science et de la recherche pour un secteur agricole plus sain, souligne-t-il. Vincent Degert annonce par ailleurs qu’un dialogue politique sera tenu entre Maurice et l’UE sur le changement climatique.

Le but de ce dialogue cadre avec la révision du cadre de coopération et cet examen annuel permettra d’identifier des domaines et des collaborations en matière de technologie verte, d’économie circulaire, de partenariats privés et bancaires. « L’UE tient à ces engagements », assure-t-il.

Par ailleurs, lors de cet événement, Vincent Degert a annoncé le soutien de l’UE dans la recherche pour la biodiversité marine et côtière à travers le projet Intra-ACP pour un montant de Rs 100 millions avec l’UoM. Ce projet se joint à un autre projet de l’UE de Rs 160 millions pour restaurer les forêts du pays et la préservation des mangroves.

À noter enfin que ce projet d’Agritech Park avait été proposé en 2017 au gouvernement par l’UoM. Ce n’est qu’en 2018 que l’UoM a obtenu un “seed capital” de Rs 15 millions pour démarrer le projet. L’expiration du bail de l’UoM sur ce terrain prendra fin en 2069.

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Le contrat du VC Jhurry renouvelé pour un an

La décision a finalement été prise lors de la rencontre du conseil de l’Université de Maurice mercredi après-midi. Le contrat du vice-chancelier (VC), Dhanjay Jhurry, arrivé à terme après trois ans, a en effet été renouvelé pour un an de plus. Ainsi, le processus de transformation de l’UoM en une Research-engaged and Entrepreneurial University pourra continuer durant les prochains 12 mois.
Contacté pour réagir sur ce renouvellement, le vice-chancelier Dhanjay Jhurry a préféré attendre une lettre officielle du conseil de l’UoM avant de faire de commentaires. « La seule raison qui explique le renouvellement du contrat du vice-chancelier est que sa performance a été excellente. C’est ce qu’en a déduit le conseil », explique une source de l’UoM. Un avis partagé par un chargé de cours du département de gestion. « C’est une bonne chose que le contrat du vice-chancelier ait été renouvelé car il a vraiment transformé l’institution. Mais je pense qu’on aurait dû l’étendre pour trois ans, et non une seule année », fait-il ressortir.
L’extension du contrat de Dhanjay Jhurry a fait l’objet de plusieurs interrogations de la part des syndicats de l’UoM. D’ailleurs, dans une lettre envoyée au bureau du Premier ministre le mois dernier, ils avaient fait état que le contrat du vice-chancelier ne pouvait être renouvelé que sur la base d’une « performance excellente ». Or, selon eux, la performance du vice-chancelier est « loin d’être excellente », ce qu’ils ont voulu démontrer à travers des chiffres.