Deux responsables du Centre for the Study of Indian Languages and Society (INLANSO) mènent actuellement des recherches sur le « early indian diaspora ». Leur arrivée à Maurice constitue la troisième étape de ce travail qui a débuté au Trinidad-et-Tobago, suivi du Surinam. Un accent particulier sera aussi mis les différentes influences du bhojpuri mauricien.
Le Professeur Dipak Malik, président de l’INLANSO, accompagné de la Dr Mirja Juntunen, effectue depuis plusieurs jours, des recherches aux archives de l’immigration indienne, tout en allant à la rencontre des personnes dans les villages. Cet ancien chargé de cours de la Benares Hindu University s’est depuis longtemps spécialisé dans l’étude de la diaspora indienne, de par son intérêt pour les gens et leurs histoires.
Aujourd’hui président d’un public trust consacré à l’étude des langues et de la société indienne, il voyage sur les traces des travailleurs engagés pour mieux étoffer ses connaissances de leur histoire. « Le thème de ma recherche est Early Diaspora. Pour cela, je m’intéresse particulièrement à la période vers la fin de l’engagement. Les résultats de mes recherches viendront étoffer la documentation de l’INLANSO. »
Étant basé à Varanasi, en Uttar Pradesh, l’institut s’intéresse de plus près à l’histoire de cette région. De ses premiers contacts avec les archives, Dipak Malik constate que beaucoup de personnes sont arrivées de Jaunpur, au moment même des premiers mouvements indépendantistes en Inde. Ce qui le mène à dire qu’il y a eu des « push factors » pour la migration des gens de cette région.
Dans un tel contexte, le Professeur Malik est d’avis que certaines personnes ont peut-être changé leur identité, pour ne pas avoir à retourner en Inde.
Par ailleurs, ce dernier dit avoir été surpris d’apprendre qu’un certain nombre de travailleurs engagés sont arrivés de Purulia, au Bengale Ouest. « Je pense que cette partie de l’histoire n’a pas été très racontée. Auparavant, Purulia avait une population tribale. Je serais intéressé de voir comment cette culture, principalement la langue, a influencé la culture ici. »
Quoique travaillant principalement sur la diaspora indienne, le Professeur Malik se dit également sensible à la multiculturalité et au plurilinguisme mauricien. « Tout le monde parle de votre société pluriculturelle. Nous voulons comprendre ce qui vous amène à ainsi vivre ensemble et à passer aussi facilement d’une langue à l’autre. Je pense que l’Inde a beaucoup à apprendre de vous à ce sujet. »
Étant au tout début de ses recherches, le professeur Malik affirme ne pas être en mesure de faire des conclusions. Toutefois, il pense que la philosophie de Kabir, qui avait une grande influence sur certaines régions concernées par l’immigration indienne pourrait être une des raisons de la cohabitation pacifique. « Celle-ci dit que tous les Dieux étaient le même et rejetait le système des castes. Les Hindous et les Musulmans qui vivaient selon cette philosophie ne faisaient pas de distinction entre eux. »
Le professeur Malik dit avoir retrouvé ces mêmes similarités à Trinidad-et-Tobago, notamment lors du Hosay Festival, fête musulmane, mais célébrée par l’ensemble de la population.
Les recherches du professeur Malik dans ce sens risquent toutefois d’être assez compliquées : « À l’immigration, on distingue les personnes comme étant Hindous ou Musulmans. On décrit même les castes. À mon avis, tout ceci n’est qu’une loose description, car les gens avaient une composite culture. »
Dans cette même étude, la Dr Mirja Juntunen s’intéresse elle, particulièrement au bhojpuri. « Nous voulons connaître les influences du bhojpuri mauricien, car il existe plusieurs variantes. » De ses premiers jours dans l’île, elle dit avoir été agréablement surprise de voir que la culture bhojpurie est bien vivante. « Le bhojpuri ne se limite pas à la langue. Il y a tout un art de vivre, des valeurs que je retrouve, notamment, lorsque je parle aux dames vendant des légumes et des petits gâteaux au bord de la route. »
Mirja Juntunen est d’avis que la chaîne de télévision en bhojpuri est un bon moyen de faire vivre cette culture. « Les médias ont le pouvoir de transmettre la culture et bien plus que l’on aurait fait dans le système éducatif, par exemple. »