L’éminent Professeur Abdul Sheriff et la chercheuse Saada Wahab, tous deux de Zanzibar, étaient à Maurice la semaine dernière, à l’invitation du Centre for Research on Slavery and Indenture (CRSI), pour poursuivre le travail de recherche en histoire comparée entrepris avec les historiens mauriciens, et approfondir leur connaissance du pays.
L’île Maurice et l’archipel continental de Zanzibar sont à la fois similaires et différents sur les plans historique, géographique, sociologique et politique. Toutes deux ont connu l’esclavage mais de manière complémentaire et à des fins différentes. Toutes deux ont été des colonies britanniques mais la transition post esclavage ne s’est ensuite pas déroulée de la même manière.
Carrefour de peuples et de civilisations comme Maurice, Zanzibar fait partie actuellement de la République fédérale multipartite à régime présidentiel de Tanzanie, avec un statut semi-autonome. Disposant d’un site classé au patrimoine mondial de l’humanité et jalon incontournable de la Route de l’Esclave, Zanzibar constitue une source inépuisable pour l’histoire, et se distingue par une intense activité de recherche en ce domaine, malgré la désuétude dans laquelle elle a sombré sur le plan économique, malgré aussi les troubles engendrés à plusieurs reprises lors des élections à cause du système de représentation inégal dans la république fédérale de Tanzanie.
Plaque tournante pour le commerce des esclaves, ces îles au passé très industrieux offrent un patrimoine architectural renommé tout autant qu’une quantité non négligeable de manuscrits anciens d’importance. Cet organisme, dont Abdul Sheriff est le cofondateur, affiche des programmes de recherche en histoire et sciences sociales d’une grande richesse, qui viennent progressivement combler les lacunes d’une histoire longtemps dominée par une vision atlantiste de l’esclavage.
Le Zanzibar Indian Ocean Research Institute (ZIORI) compte depuis 2008 l’historienne mauricienne Vijaya Teelock parmi ses directeurs, à la demande personnelle d’Abdul Sheriff et avec l’aval de l’Université de Maurice. Une première conférence internationale a eu lieu à Zanzibar même pour sceller la démarche de cette organisation et lancer le réseau nouvellement créé.
Compte tenu des différences et des similarités existantes entre Maurice et Zanzibar sur le plan de l’histoire et des sciences sociales, un des projets développés par le ZIORI et le CRSI de Maurice s’articule autour de l’étude comparée de la transition de la société esclavagiste vers la démocratie. Financé par le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique (CODESRIA), organisation basée à Dakar depuis sa création en 1973, ce projet s’intitule : « Comparative perspectives : Mauritius/Tanzania — From slavery to democracy ».
Les premiers résultats de ce projet dans lequel sont impliqués la chercheuse zanzibariote Saada Wahab et le chercheur mauricien Satyendra Peerthum seront restitués en avril prochain. Le ZIORI développe des programmes de recherche et de dissémination de l’information autour de différents grands thèmes fondamentaux dans la région, tels que les cultures maritimes et la globalisation dans l’océan Indien, les migrations et la formation de nouvelles sociétés dans l’océan Indien avec les mouvements libres, la traite négrière et le travail engagé, la civilisation swahili et les politiques des États cités et la marginalisation.