La chercheuse Véronique Orian-Rousseau, qui développe depuis 16 ans un programme de recherche sur le cancer à l’Institut de toxicologie et de génétique, qui fait partie du Karlsruhe Institute of Technology (KIT), en Allemagne, a reçu en octobre dernier, pour l’ensemble de sa carrière, le titre de Professeur en génétique, qui lui a été décerné par l’Université de Karlsruhe. Ce nouveau statut vient saluer et reconnaître de manière durable les avancées que ses recherches sur les mécanismes moléculaires impliqués dans le développement des cancers les plus virulents ont permises.
Ses collègues ou étudiants, qui l’appelaient jusqu’ici Docteur, la nomment depuis octobre Professeur. Parmi les filles et fils du sol dont Maurice peut s’enorgueillir, Véronique Orian-Rousseau est de ceux qui rendent un grand service à l’humanité, particulièrement à sa santé. Fille de Monique Orian et de l’agronome et entomologiste Alfred Orian, qui a marqué l’histoire scientifique mauricienne, Véronique Orian-Rousseau étudie et expérimente depuis plus de 15 ans l’évolution des tumeurs impliquées dans le cancer, celui du pancréas, avec notamment des applications possibles aux cancers du sein et du colon.
En 2012, nous annoncions que son équipe venait de décrocher un financement conséquent pour soutenir ses recherches en cours sur la protéine CD44. Son groupe a mis au point un peptide (courte séquence protéique) dérivé de la protéine CD44, devenu célèbre dans les revues médicales depuis, en partie grâce à ses travaux, qui présente l’avantage d’affecter et de bloquer le processus métastatique. Le cancer se caractérise par un processus de division ou prolifération cellulaire incontrôlée. Ce peptide empêche la croissance et les métastases des tumeurs en inhibant, entre autres, le développement de nouveaux vaisseaux sanguins, qui sont essentiels à l’alimentation des tumeurs malignes en substances nutritives et en oxygène. Les recherches du KIT avaient alors démontré l’intérêt médical de l’utilisation de ce peptide sur le cancer du pancréas.
Aujourd’hui, Véronique Orian-Rousseau nous confie  : « Les recherches que nous menons sur les mécanismes moléculaires impliqués dans le cancer évoluent sans cesse et nous faisons des progrès. Le peptide dont je vous ai parlé en 2012 est encore d’actualité et les essais cliniques de phase I sont prévus pour cette année. » Un article rend compte fin 2015 des résultats des essais réalisés sur le rat et la souris, en s’attachant à étudier différents cas de figure types. La revue scientifique américaine Gastroenterology, qui publie cet article, est particulièrement cotée dans le monde scientifique. Ce texte, où notre interlocutrice intervient en tant qu’auteur correspondant, équivalent à son statut de directrice de recherche, est accompagné de plusieurs autres publications et d’interviews pour la télévision et la radio en Allemagne.
Essais cliniques en 2016
Positifs, ces résultats sont très encourageants pour la lutte contre les cancers les plus virulents, tels celui du pancréas, qui est diagnostiqué généralement quand les métastases se sont déjà formées, ce qui réduit cruellement le temps de survie. Difficile d’expliquer ici en détail le processus cellulaire qu’engendre la protéine CD44. Le fait est que le traitement d’animaux porteurs de tumeurs avec ce peptide a entraîné une réduction de la charge tumorale et l’inhibition ou la disparition complète des métastases. Véronique Orian-Rousseau considère ce résultat comme déterminant pour le cancer du pancréas, dont la virulence est extrêmement forte. Aussi insiste-t-elle sur le fort potentiel de ces peptides en tant que médicament. Les essais cliniques devraient être mis en place en fin d’année.
En tant que Professeur en génétique à l’Université de Karlsruhe, Véronique Orian-Rousseau donne des cours magistraux à l’Université de niveau Bachelor et Master. Elle s’occupe également des séminaires des doctorants et participe aux jurys de thèse. Ces six heures hebdomadaires réparties entre cours magistraux, travaux pratiques et séminaires, s’ajoutent au travail de recherche en lui-même.
Véronique Orian-Rousseau est directrice de recherche (“Group Leader” en anglais) depuis 2003. Le titre de Professeur, qui s’est ajouté à son statut depuis cinq mois, est décerné par une commission composée de professeurs de l’Université de Karlsruhe et de rapporteurs externes venant d’autres universités, tous évaluant les compétences du candidat sur dossier.
Les critères entrant en ligne de compte sont notamment les articles publiés, l’argent obtenu sous forme d’allocation et l’implication dans l’enseignement universitaire. Son équipe est composée d’une dizaine de chercheurs, dont quatre doctorants, des étudiants en Master et « Bachelor », des techniciens et stagiaires. Des postdoctorants – déjà titulaires d’un doctorat – pourraient prochainement les rejoindre. Véronique Orian-Rousseau a également co-fondé en parallèle une start-up sous le nom d’Amcure, qui développe le peptide destiné aux futurs essais cliniques. Pour en savoir plus, rendez-vous sur la page internet itg.kit.edu ainsi que kit.edu/kit/pi_2015_130_pankreas-krebs-protein-cd44-beeinflusst-metastasen.php.