Véronique Orian fait partie de ces spécialistes de la recherche contre le cancer qui récoltent aujourd’hui le fruit de longues et patientes années de recherche. En poste à l’Institut de Toxicologie et de Génétique de Karlsruhe en Allemagne, notre compatriote vient en effet d’obtenir, avec l’équipe scientifique qu’elle dirige, un financement conséquent de 1 million d’euros de la Fondation Helmholtz. Cette manne va permettre d’étendre et d’approfondir l’étude d’un peptide capable d’arrêter la progression de certains cancers.
Rêvons qu’un jour le cancer soit une maladie aussi facile à soigner qu’une bronchite grâce à des médicaments moins difficiles à supporter que les actuels protocoles de traitements particulièrement lourds. Véronique Orian-Rousseau, fille de l’entomologiste et agronome Alfred Orian, fait partie des scientifiques qui veulent concrétiser ce rêve… À l’Institut de Toxicologie et de Génétique du Bade-Würtenberg (département du KIT ou Institut de Technologie de Karslruhe), elle dirige une équipe de 12 chercheurs qui s’acharne depuis 2003 à comprendre le mécanisme infernal de division cellulaire qui est à l’origine du développement de certains cancers.
Cette spécialiste de la biologie moléculaire s’est, avec son équipe, particulièrement penchée sur le cancer du pancréas. Leurs nombreuses recherches ont d’ores et déjà permis de montrer l’efficacité d’un peptide, l’Angiopep, qui parvient à arrêter le processus de développement cellulaire incontrôlable de certains types de cancers. L’Angiopep empêche la croissance et les métastases des tumeurs en inhibant le développement de nouveaux vaisseaux sanguins dans la tumeur.
Les recherches du KIT ont pour l’heure réussi à démontrer l’intérêt médical de ce processus dénommé « angiogénèse » sur le cancer du pancréas. Il faut comprendre que ces vaisseaux sanguins sont essentiels à l’alimentation de ces tumeurs malignes en substances nutritives et en oxygène.
Véronique Orian-Rousseau et son équipe souhaitent dorénavant prouver et optimaliser l’efficacité de ce peptide dans le traitement des patients atteints de tumeurs du sein et du cancer de l’oesophage. L’aide financière qu’a accordée cette année le Helmhotz Validation Fund à ces chercheurs permet le dépôt de brevets qui pourraient à terme conduire au développement d’un nouveau médicament. L’objectif de cette équipe représente une nouvelle stratégie d’attaque contre les tumeurs malignes qui consiste à bloquer le processus de croissance d’une molécule partenaire du développement tumorale, et non pas la molécule elle-même. Depuis longtemps, les chercheurs travaillent aussi sur la suppression de l’activité de la cellule réceptrice qui déclenche l’hyperactivité cellulaire des tumeurs malignes.
Lorsque cette enveloppe d’un million d’euros a été attribuée, la nouvelle a fait l’objet d’articles dans la presse généraliste allemande car les dotations budgétaires sont généralement moins conséquentes. Ainsi, Véronique Orian a-t-elle eu l’occasion de déclarer il y a quelques mois au Badische Neweste Nachrichten (Les dernières nouvelles du Bade-Würtenberg, un état de la fédération allemande) : « Mon équipe travaille sur les mécanismes moléculaires qui contrôlent la progression du cancer et des métastases. Nous avons identifié un peptide qui bloque le processus métastatique des cellules tumorales du pancréas. Ce financement va nous permettre de nous livrer à des études précliniques sur d’autres types de cancer en employant notre peptide, grâce projet Angiopep. » La scientifique a aussi obtenu 236 000 d’euros d’aide allemande pour l’application de ces recherches au cancer du sein.