• Le CBBR obtient des résultats probants avec l’utilisation des extraits de plantes endémiques contre le cancer de l’œsophage

Malgré la dissolution du National Research and Innovation Chair (NRIC) du Mauritius Research Council (MRC), qui sera sous peu connu comme le Mauritius Research and Innovation Council (MRIC), des recherches effectuées par le groupe bio-pharmaceutique sur le cancer ont démontré des résultats très probants. Les plantes endémiques de Maurice, riches en propriétés médicinales et anticancéreuses, ont prouvé leur efficacité dans la lutte contre le cancer de l’œsophage.

La recherche a été publiée dans un magazine médical russe propulsant ainsi Maurice sur la scène mondiale lorsqu’il s’agit de la recherche contre des maladies qui prennent de l’ampleur dans le pays et au monde. Même si le financement des recherches est parfois assez difficile, le Centre of Excellence for Biomedical and Biomaterials Research (CBBR), institution de recherche, ne compte pas rester les bras croisés devant le potentiel qui se présente pour la recherche à Maurice.

Après des plantes endémiques de Madagascar, qui ont prouvé leur efficacité à lutter contre certaines maladies, celles de Maurice ne sont pas moindres. Sur quelque 70 plantes endémiques étudiées au CBBR, quatre d’entre elles ont démontré des propriétés incroyables pour tuer les cellules cancéreuses de l’œsophage, et ce sans abîmer les cellules saines. Le cancer de l’œsophage, qui prend de l’ampleur en raison d’un mauvais pronostic, peut se propager à une vitesse alarmante et engendrer ainsi la mort d’une personne en un an, voire moins.

Le cancer de l’œsophage est le sixième cancer le plus mortel au monde. Ce constat effrayant a poussé Vidushi Neergheen-Bhujun et Rajiv Rummun, deux scientifiques au CBBR, à utiliser les plantes endémiques pour voir leur efficacité dans la lutte contre les différents types de cancer. Aidés par le Professeur Theeshan Bahorun, ces résultats, selon lui, donnent « plus de visibilité » à Maurice en matière de recherche. « Ces résultats sont extrêmement intéressants et ouvrent la voie à différentes formes d’exploitation de la flore endémique locale dans un but commercial », dit-il.

Outre le but commercial, le professeur avance que l’objectif est aussi de conserver les plantes endémiques qui sont devenues rares ou qui sont en voie d’extinction. « Ces plantes nous démontrent qu’elles ont un potentiel énorme. Ces résultats que nous avons reçus ne pourront être obtenus ailleurs », soutient-il. Ces plantes, dit-il, ont une « importance capitale ». Celles ayant démontré ces résultats sont l’Acalypha integrifolia Willd, Labourdonnaisia glauca Bojer; Dombeya acutangula Cav. subsp. rosea Friedmann, Gaertnera psychotrioides et l’Eugenia tinifolia Lam (Myrtaceae). La cytotoxicité des extraits de ces plantes a été étudiée sur les cellules cancéreuses du cervix, du colorectal et de l’œsophage.

Le cancer de l’œsophage est fatal. Pour Theeshan Bahorun, il existe « très peu de médicaments » capables de limiter la propagation de ce cancer malgré le fait qu’un cocktail de trois médicaments est utilisé. « Nous avons pu pénétrer dans le mécanisme d’action pour comprendre comment fonctionne l’extrait de ces plantes et les “pathways” qui peuvent être bloqués ou activer pour réduire l’incidence du cancer de l’œsophage », précise-t-il.

Différents types de cellules cancéreuses ont été utilisés pour tester les extraits de ces quatre plantes. Theeshan Bahorun fait ressortir que celles de l’œsophage ont été les plus réactives. « Les bonnes cellules ne sont pas détruites par ces extraits », soutient Vidushi Neergheen-Bhujun. Selon elle, les médicaments utilisés dans le traitement des cancers ne « doivent pas tuer les cellules saines ».

Or, c’est le contraire qui se produit avec des effets secondaires où les cheveux tombent. « Nous avons choisi des plantes en se basant sur leurs propriétés médicinales traditionnelles, dont les celles qui n’ont pas été validées, de même que les plantes qui n’ont jamais été rapportées dans la littérature pour quelconque activité médicinale. Nous avons aussi fait un “screening” de ces plantes. Au total, 273 plantes endémiques ont été analysées. Nous avons pu en étudier 70 », explique-t-elle.

Plusieurs programmes ont été ajoutés à la thématique des plantes endémiques par Vidushi Neergheen-Bhujun. C’est ce qui a permis, dit-elle, de développer la recherche au niveau international. Une partie du travail a été effectuée par le groupe bio-pharmaceutique du CBBR et une autre partie par une équipe de l’université d’Edinburgh grâce au contact de la scientifique. Pour accélérer les recherches, Theeshan Bahorun avance que des fonds additionnels ont été reçus, permettant au chercheur Rajiv Rummun de se rendre à l’université d’Edinburgh pour ses travaux complémentant ceux effectués à Maurice.

Ce projet, selon Vidushi Neergheen-Bhujun, a reçu un financement de base de la Global Young Academy, une organisation internationale allemande regroupant de jeunes chercheurs de moins de 40 ans. Étant membre de cette association, Vidushi Neergheen-Bhujun, indique qu’une subvention du North-South Interdisciplinary Grant a été obtenue. Ainsi, le travail a commencé par l’équipe mauricienne.

Pour que les études puissent être effectuées sans aucune quiétude, un autre don du Royal Society Exchange Programme du Royaume-Uni a été offert. « C’est une recherche très holistique où nous avons pu démontrer les différentes classes de substances présentes dans ces plantes et leurs activités », dit-elle. Ainsi, l’équipe se voit plus revigorée avec de nouvelles idées de recherches pour l’avenir.

Le travail a été fait sur une base de confiance et de compétences entre les différentes équipes, qui avancent que le travail a permis de créer un Working Group dans la Global Young Academy qui s’intitule “Bio to Bio”. Le financement est sur une base compétitive et sur le fait que l’idée innovatrice réponde aux objectifs de développement durable.

Pour Rajiv Rummun, avant de commencer ce projet, une partie de la recherche sur les aspects antioxydants de ces plantes avait déjà été faite. « Lorsque j’ai commencé le projet, j’ai pris au moins une soixantaine de plantes endémiques ayant des effets médicinaux. Toutes ces plantes étaient des sources potentielles qui pouvaient être exploitées. Nous avons entrepris nos études et nous nous sommes concentrés sur les extraits les plus puissants en antioxydants. Nous avons aussi étudié plusieurs types de cancers et les plantes, qui ont démontré des effets positifs, nous ont poussés à approfondir notre recherche sur les mécanismes d’actions », dit-il.

Si ces recherches donnent l’espoir à ceux qui sont malades, aller vers la guérison de la maladie est un autre grand pas à faire. Selon Theeshan Bahorun, ce sera maintenant à la MRIC d’entrer en scène. « Nous attendons un développement au niveau de la politique nationale nous donner un boost pour développer des produits », dit-il. Le professeur espère que le MRIC puisse réaliser son rôle à ce sujet. Il y a encore du chemin à faire pour l’équipe. Des analyses préliminaires ont été effectuées sur les molécules, les cellules et les animaux. Une collaboration avec un laboratoire étranger mais dans une “win-win situation” est aussi souhaitée par l’équipe.

Le groupe bio-pharmaceutique du CBBR comprend plusieurs thématiques allant des plantes médicinales à la marine. Selon Theeshan Bahorun, c’est une thématique qui a commencé il y a dix ans, quand Vidushi Neergheen-Bhujun avait fait sa thèse. Le but était de « débroussailler » le sujet et de connaître les propriétés des plantes endémiques pour passer à un palier supérieur pour analyser leurs mécanismes. « Cette étude a été faite sur une base d’une collaboration durable pour que les recherches soient pérennes », dit-elle, ajoutant que le “networking” est essentiel dans cette démarche.

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