Le pays entier suivait avec un intérêt compréhensible les tribulations du ministre des Finances démissionnaire et leader du Mouvement Socialiste Militant, Pravind Jugnauth, interpellé (et inculpé) par la Commission indépendante contre la corruption (Icac) pour trafic d’influence dans l’affaire MedPoint quand a éclaté, vendredi, un nouveau scandale impliquant cette fois un membre du gouvernement, soit le deuxième député de Flacq-Bon Accueil et Permanent Parliament Secretary (PPS) Dhiraj Singh Khamajeet. Ce dernier a en effet été pris en flagrant délit d’ingérence dans des affaires de recrutement pour des postes dans le service civil. Rappelons que, selon les lois en vigueur dans notre pays, de tels recrutements ne devraient relever que des prérogatives constitutionnelles de la Public Service Commission (PSC).
Le scandale Khamajeet a éclaté quand, à son insu, le jeune député et PPS s’est fait enregistrer sur bande sonore dans la soirée de jeudi soir alors qu’il était en train de rassurer des mandants venus le solliciter à son domicile qu’il avait déjà préparé une liste de partisans travaillistes à qui il comptait faire obtenir des jobs au ministère de la Sécurité sociale, celui de l’Agriculture et dans les hôpitaux publics. L’enregistrement des propos très compromettants du député et PPS rouge a été diffusé, dans de larges extraits, sur les ondes de Radio Plus dès vendredi matin.
On y entend M. Khamajeet déclarer clairement, entre autres : « Nous faisons des efforts afin d’aider ceux qui cherchent un emploi. Certaines personnes n’ont même pas soumis d’application et nous le faisons à leur place. Nou fer li deadline ça. Kan travail pou commence largué, pou éna inpé jobs dans Sécurité sociale, inpé jobs dans l’Agricultir, inpé jobs dans l’hôpital. D’ailleurs, nous souhaitons que certaines personnes soient recrutées comme Health Care Assistants ou encore Hospital Servants. Nous allons dresser une liste qui reflétera le Parti travailliste, comme je l’ai toujours fait tout le temps moi-même. »
Et poursuit : « Vous remarquerez ce qu’a fait le docteur Navin Ramgoolam dans le dernier Budget. Si vous avez suivi un peu la politique, vous verrez que le Dr Navin Ramgoolam a fait de sorte que nous puissions avoir le droit d’effectuer des recrutements dans la Fonction publique, dans chaque ministère. Il a enlevé des pouvoirs à la PSC parce que si nous passons par la PSC, tout étant un politicien, Premier ministre ou n’importe quel ministre, on n’aurait pas le droit de procéder à ce genre de recrutements. Si on t’attrape, alors ton poste de député, de PPS ou de ministre peut très bien sauter, parce que tu n’as pas le droit d’interférer. Si moi j’ai eu 50 jobs dans ma poche, moi en tant que politicien lor coaltar, que dois-je faire ? Dans mon propre intérêt, je prends les jobs et je les donne à ces personnes. C’est d’ailleurs dans mon intérêt de donner ces jobs. Moi, j’ai tout le temps fait ainsi. Ce n’est pas en 2011 ki mo pou sanze mo l’habitude. »
Ce que ne pouvait savoir le député Khamajeet, c’est que, au moment où il s’exprimait ainsi, un des « mandants » qu’il recevait ce jeudi soir avait en sa possession un micro-enregistreur qu’il avait soigneusement dissimulé. C’est ainsi que, tout penaud d’avoir été pris en flagrant délit d’ingérence, Dhiraj Khamajeet s’est fendu d’un communiqué de presse, vendredi soir (probablement sur les conseils d’hommes de loi et des membres de son parti) pour… « s’excuser auprès de ses mandants et auprès du public en général ». Et, pour essayer de se tirer de la mauvaise passe dans laquelle il s’est fourvoyé, le député invoque des pressions qu’il aurait subis de la par « de gens très hostiles qui étaient, pour la plupart, des partisans travaillistes ».
« Ce jeudi soir, vers 20 h 30, après une journée dure et très chargée, je me suis vu à mon retour chez moi, et contre toute attente, confronté à une trentaine de personnes devant ma demeure dont la majorité, j’ai reconnu, est issue de la circonscription n°19. Ces personnes étaient visiblement très hostiles à mon égard, comme en témoigne la bande sonore et, à ce moment précis, je me suis trouvé dans l’obligation de tout faire pour les calmer. C’est dans ce contexte que j’ai prononcé les mots qui ont été diffusés. Cependant, je leur présente, ainsi qu’au public en général, toutes mes excuses, car je tiens à souligner qu’il n’est point dans mes habitudes, encore moins dans celles du Parti travailliste, de passer outre les prérogatives et procédures de nos institutions dans le but de privilégier indûment le recrutement de nos citoyens sur une base purement politique », soutient le communiqué.
Le député travailliste n’a donc pas nié ses propos, mais, tout en les qualifiant de « malheureux », il a dit « compter sur la compréhension du public » car, selon lui, on peut aussi se demander « combien de politiciens n’ont-ils pas été confrontés à des situations où ils se sont retrouvés dans l’obligation de dire à leurs mandants des choses qu’ils savent être hors de leur compétence ? C’est dans cette situation que je me suis retrouvé. »