La revue Point Barre a refait peau neuve, comme le montre son nouveau numéro, qui associe un recueil inédit de poèmes de Malcolm de Chazal et une série de poèmes courts proposés par quelque 33 auteurs. La publication de cette revue s’est interrompue l’an dernier avant de réapparaître chez les libraires du pays, avec une présentation plus élégante et un contenu plus développé. Le thème « Court toujours » a été dicté à la fois par l’apport de Malcolm de Chazal, et l’idée que cette revue n’a peut-être pas dit son dernier mot…
La mise à disposition d’Humour rose, le recueil de Malcolm de Chazal a pour ainsi dire dicté le thème qui a été proposé aux contributeurs mauriciens et étrangers de la revue. Les poèmes d’humour rose sont particulièrement courts, approchant dans leur forme, le principe de l’aphorisme à différents égards. À ce propos, Malcolm de Chazal a défini l’humour rose comme le véritable humour : « C’est l’humour des enfants, que l’on retrouve chez les amants, par la moquerie amoureuse, une douce taquinerie, montant jusqu’à la caresse de l’âme. L’humour est céleste dans son faîte ; c’est le sel des cieux. »
« Le charme c’est la volupté en permanence » donne une idée du format et du type d’écrit que renferme ce recueil inédit dont la publication a été rendue possible grâce à Irving Weiss qui en a fait don à la Fondation Malcolm de Chazal. L’équipe de Point Barre a donc décidé de faire court pour cette fois-ci en important le thème « Court toujours » aux poètes qui ont bien voulu apporter une contribution au projet. La carte blanche — un peu plus longue que les autres poésies publiées ici — est donnée cette fois-ci au Tunisien Tahar Bekri, auteur d’une quinzaine d’ouvrages, qui propose un hommage à Yunus Emre, le poète soufi qui écrivait en turc, langue accessible au plus grand nombre, contrairement à Rumi qui écrivait dans la langue des lettrés, le persan. Suit une autre carte blanche lissée à Vinod Raghoonundun, intitulée « Sel gris vert ».
Il est amusant de s’arrêter sur la préface de Michel Picouly qui propose un gentil petit délire sur le thème du cadavre exquis. Si ce dernier « boira le vin nouveau », comme le voulait la première version de ce jeu lancé par les surréalistes en 1925, l’auteur du « Champ de personne », évoque la couleur de la chair telle que les frères Van Gogh ont pu en parler après avoir vu « La leçon d’anatomie » de Rembrandt. L’écrivain français postule ainsi que la poésie est « Une leçon d’anatomie à l’envers, où il ne s’agit plus de tuer, mais d’aimer »;
La dernière partie de sa préface a consisté à proposer l’enchaînement d’un vers de chacun des poèmes proposés dans la première partie du recueil, toujours dans l’esprit du cadavre exquis qui consiste à associer des mots d’auteur différents sans concertation. Il en résulte un étrange texte, pas dénué de sens, qui se voulait une illustration d’une fraternité poétique, toujours possible. Nous reviendrons sur le contenu de ce recueil qui bénéficie de quatre illustrations propices au rêve de Laval Ng, ainsi que d’un toilettage visuel tout en finesse, signé Patrice Offman. En vente à Rs 200.