La fermeture prochaine des deux établissements secondaires privés grant-aided (MEDCO Trinity et Presidency Girls) met en lumière un sérieux problème dont les autorités de l’Éducation parlent peu : le redéploiement des enseignants. Une dizaine de collèges ont fermé leurs portes depuis les années 90, et, aux dires des officiers de la PSSA qui connaissent la réalité du bout des doigts, il s’agit d’une « véritable bombe à retardement ». La réalité : des enseignants en surnombre dans le secondaire privé et certains d’entre eux travaillant un nombre d’heures inférieur aux règlements ; des enseignants avec plus de trente ans de métier qui agissent comme clerks et bénéficiant tous les privilèges attachés à leur statut d’enseignant.
Selon un accord entre l’UPSEE et le gouvernement datant des années 80, aucun employé d’un collège privé subventionné ne perdra son emploi en cas de fermeture de l’école. Et avec la création de la Mauritius Education Company Ltd (MEDCO), l’État a confié à cet organisme la prise en charge du personnel concerné, devenant ainsi leur employeur. « Un bon nombre de collèges ont fermé leurs portes ces dix dernières années et MEDCO ne peut plus absorber davantage de personnel. Cet organisme est confronté à un surnombre d’employés depuis plusieurs années et le ministère ne s’est jamais prononcé sur cette question. MEDCO est une bombe à retardement », dit un officier de la PSSA. En 2016 il n’y aura que deux écoles MEDCO seulement. Quelques employés de MEDCO remédient au manque d’enseignants dans des collèges d’État mais ils ne sont pas toujours bien accueillis tandis que d’autres n’arrivent pas à s’adapter au mode de fonctionnement dans ce secteur.
En raison d’une baisse du nombre d’élèves, plusieurs profs de MEDCO Trinity ont travaillé durant cette année scolaire un nombre d’heures inférieur à celui prescrit par le PRB. Cet organisme stipule qu’un enseignant du secondaire doit travailler pendant 1 190 minutes par semaine, soit 30 périodes de 40 minutes ou 34 périodes de 35 minutes. Sans compter la présence de deux recteurs pour une population ne comprenant que 200 élèves.
Le personnel de MEDCO Trinity et celui de Presidency Girls n’ont aucun souci à se faire quant à leur emploi mais où seront dirigés la quarantaine d’enseignants à partir de janvier 2016 ? La totalité des enseignants du mainstream (Form I à V) ont plus de 55 ans et ont plus de trente ans de métier. Quelques-uns d’entre eux ont des responsabilités spécifiques en tant que Senior Educator, ou Section Leader ou Chef de département. Ces enseignants de carrière touchent plus de Rs 40 000 comme salaires de base.
La question de redéploiement a été évoquée lors d’une réunion que le Manager de MEDCO Trinity a eue mardi dernier avec les représentants de la PTA de l’école en présence du ministère de l’Éducation, de la PSSA et de l’administration centrale de MEDCO. Selon des participants à cette réunion, le Manager de l’école, cadre au ministère de tutelle, aurait conseillé alors aux profs les plus anciens dans la profession et qui éprouveraient une certaine fatigue d’opter pour les clerical duties s’ils le souhaitent, ajoutant qu’ils ne perdraient aucun de leurs privilèges. Une des personnes présentes à cette rencontre lui aurait alors fait remarquer qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’un gaspillage de ressources humaines et financières et qu’à son avis les profs auraient été plus utiles dans une classe car ayant été formés pour l’enseignement.
Dans les milieux de la PSSA, on affirme que les employés de ces deux établissements passeront sous la tutelle de MEDCO. « Pour l’heure il n’y a pas d’autres solutions », dit un cadre de la PSSA.
Faute d’une politique bien définie pour le redéploiement du personnel, plusieurs enseignants et recteurs, après la fermeture de leur collège, ont accepté d’accomplir d’autres tâches complètement à l’opposé de leur vocation d’enseignement ; ils sont clerks dans des collèges ou dans d’autres services du ministère de l’Éducation. Quelques-uns ont été postés dans les Zones Directorates. « Leurs salaires sont élevés parce qu’ils sont des enseignants de carrière. Quand on y ajoute le montant du travelling ils peuvent obtenir jusqu’à Rs 60 000 par mois », indique un officier de la PSSA. En effet, ces clerks perçoivent les avantages attachés à un poste de prof, notamment les grandes vacances scolaires à chaque fin de trimestre, les horaires de travail similaires à celle de la journée de l’école ainsi que tous les autres privilèges figurant dans le rapport du PRB. « C’est un gros gaspillage à tous les niveaux et c’est l’éducation qui en souffre. Il faut entamer une sérieuse réflexion sur cette question et puis l’Audit devrait commencer à s’intéresser à ce problème », pensent plusieurs officiers de la PSSA.