« Loin des forts préjugés du passé à l’égard du créole, cette langue est aujourd’hui le ciment de la société mauricienne, qui compte une population de plus de 1,3 million d’habitants. » C’est le constat que fait le ministre du Tourisme Xavier-Luc Duval, qui procédait ce matin au lancement de la réédition de l’ouvrage scientifique de Charles Baissac sur le créole mauricien, intitulé Étude sur le patois créole mauricien, à Réduit, à la suite d’une initiative de la Creole Speaking Union (CSU), soutenue par l’Université de Maurice.
Le ministre Duval a constaté que la CSU de même que le département des études créoles et françaises de l’UoM, dont le professeur Arnaud Carpooran est le président et le Chaire respectivement, a apporté une énorme contribution dans l’avancement et la reconnaissance de la langue créole à Maurice. Un développement qui a aussi bénéficié des travaux et du soutien des étudiants de l’UoM. Selon Xavier-Luc Duval, bien que le créole soit une langue écrite et parlée « qui fait la fierté des Mauriciens », quelques préjugés demeurent. « Mais il convient de reconnaître que tous les Mauriciens l’utilisent », précise-t-il. « Nou fier pou koz kreol », dit-il, en soulignant la beauté de « cette langue imagée » et que « Kreol bien expresif ». Selon lui, si l’utilisation du créole était autrefois le signe d’un manque d’instruction académique, aujourd’hui, tel n’est plus le cas. « On fait la distinction entre l’intelligence et l’utilisation d’une langue. »
Le ministre Duval note que des analyses effectuées par Charles Baissac il y a 135 ans évoquaient la probable disparition du créole, un patois à l’époque, mais « on constate qu’elle a su s’adapter ». Profitant de sa présence à l’UoM, Xavier-Luc Duval a invité les étudiants du département des études créoles à venir de l’avant avec des projets qu’ils pourront présenter dans le cadre de la 10e édition du festival international créole, qui se tiendra en novembre prochain. XLD a affirmé qu’il y aura une décentralisation du festival et il invite les collectivités locales et les organisations à venir de l’avant pour faire de cet événement annuel un succès. Parmi les points forts de la manifestation : un colloque sur le créole à l’école.
Pour sa part, la vice-chancelière de l’UoM, Romeela Mohee, a favorablement accueilli ce projet de la CSU et du département des langues de l’UoM. Elle rappelle que ce genre de collaboration figure dans le plan stratégique de l’UoM. Selon elle, outre la dimension scientifique du travail de Charles Baissac, la réédition de l’ouvrage s’oriente vers la préservation du patrimoine mauricien. De plus, elle note l’importance d’amener les résultats des recherches et études entreprises par l’UoM auprès du grand public. Elle note que l’entrée des études créoles à l’UoM est très récente et que, désormais, il existe un BA (Hons) French and Creole Studies. Parmi les projets à venir par le département, elle annonce le lancement prochain d’un correcteur orthographique du créole mauricien.
Arnaud Carpooran a quant à lui fait une présentation de l’auteur et de son travail. Selon lui, cet ouvrage est un texte fondateur sur le créole. Il précise que Charles Baissac, « un blanc colon, est allé auprès de la population descendante d’esclave recueillir leur parler – langue, expressions, sirandanes – pour les mettre sur papier, d’où cet héritage qu’il nous lègue ».
Né en 1831, Charles Baissac est décédé en 1892 et fut enterré au cimetière de l’ouest. Sa tombe est classée patrimoine national géré par le National Heritage Fund. Dans le cadre du prochain festival international créole, le Chaire des études créoles a lancé un appel au ministre Duval pour inclure une activité pour lui rendre hommage, dans le programme. Le petit-neveu de Charles Baissac, Pierre Baissac, était également présent dans la salle ce matin.