Le sang coule à flots dans notre petite île paradis… Et 2018 a débuté sur des chapeaux de roues ! Huit morts rien que sur les cinq premiers jours de l’an. Déjà trois victimes enregistrées dans des accidents de la route, pour les quatre premiers jours : nommément, les frères Phutally, Falahudeen et Zinedeen, respectivement 24 et 18 ans, dans la nuit du 1er janvier, et Ramdass Poliah, 58 ans, le mercredi 4.

Quatre autres morts sordides ont été dénombrés le 2 janvier : Doris L’Enflé (38 ans), Lélio Zéphyre (65 ans), à Tamarin, Outam Goorbin (37 ans) et son père Vijay Goorbin (62 ans), à Fond-du-Sac. La première nommée a été tuée par balle, à l’aide d’un fusil de chasse, par son ex-mari, qui a retourné l’arme contre lui une fois son forfait accompli. Meurtre passionnel selon les informations glanées jusqu’ici, puisque ce serait un litige au sujet de la garde de leur enfant qui a coûté la vie à ce couple, qui vivait séparé. Quant à Outam et Vijay Goorbin, c’est une dispute entre voisins qui aurait mal tourné et entraîné cette rixe mortelle ayant mené à sa perte.

Comment oublier le petit Kelian Noah, 18 mois, victime d’une chute mortelle dans un caniveau à Flic-en-Flac ? Certes, le nourrisson ne peut être logé à la même enseigne que les six autres. Mais au final, ce sont huit Mauriciens qui ont perdu la vie dans de terribles circonstances en ces premiers jours de l’an. Des enquêtes policières sont en cours dans chaque cas, évidemment, pour faire la lumière sur les raisons à l’origine de ces accidents/incidents dans lesquels ces Mauriciens ont trouvé la mort. Commencer une nouvelle année sur de telles bases est particulièrement dur, surtout pour les proches de ceux affectés par ces drames sanglants. Avec toutes les bonnes résolutions prises par les uns et les autres, l’on ne peut s’empêcher de souhaiter que, sur une base plus collective et nationale, l’on soit inspiré à faire de sorte que cette nouvelle année soit moins fatale que les autres.

2017 a pris fin sur une note bien salée, triste et inquiétante. D’une part avec ses 157 victimes de la route. De l’autre les innombrables scandales impliquant tantôt essentiellement les politiques de la majorité et des proches du pouvoir, tantôt des « fils de », de personnes censées représenter et défendre l’ordre et l’autorité dans le pays, ou autre « frère de ». L’on pense au dernier incident en date, impliquant le fils du DCP Seerungen, et le « traitement de faveur » décrié à l’encontre de ce dernier. Qui, pour rappel, a été trouvé en pleins ébats avec une travailleuse du sexe, tous deux dans une voiture appartenant à l’État, et épinglé pour « indecent act in public ». Le frère de la PPS Sandhya Boygah, Veer Luchoomun, comparaîtra, lui, dans quelques jours en cour pour une affaire de possession de cannabis. Début décembre, ce « big boss » d’une maison de jeux, le Baron Games, s’est de nouveau attiré des ennuis en fauchant mortellement un motocycliste à Forbach. Testé positif à l’alcootest, il n’a pas passé la nuit en cellule.
Ce qui indigne plus d’un Mauricien, c’est que tant Saven Seerungen que Veer Luchoomun ont tous deux bénéficié de « passe-droits », semble-t-il, de par leurs connexions avec les proches du pouvoir…

Pravind Jugnauth fête ce mois-ci sa première année d’accession au poste de Premier ministre, sans passer par le vote populaire. Le premier PM non élu a, dans son message du 1er janvier, réitéré une foule de promesses. Saura-t-il se montrer à la hauteur cette année ? Prendra-t-il des décisions courageuses et des sanctions contre ceux qui plombent la bonne gouvernance du pays ? Parviendra-t-il à remonter la pente ? Autant de questions qui se posent dans une ambiance pré-électorale grandissante, 2018 étant l’année prélude à la prochaine joute électorale nationale.

2018 sera-t-elle encore plus meurtrière que 2017 avec ses 157 morts, contre 144 en 2016, 135 en 2015 et 137 en 2014 ? Dans une interview accordée à notre confrère Week-End, en date du 31 décembre, Daniel Raymond, consultant réunionnais recruté par le gouvernement Lepep depuis 2015, avec pour mission de réduire le nombre de morts sur nos routes, déclare, en substance, que nos lois ne sont pas assez claires ni sévères. Ce qui rejoint quelque part ce qu’avançait le sociologue Ibrahim Koodoruth dans nos colonnes, à savoir que la répression aiderait à changer la donne, dans un premier temps, si l’on veut réduire le nombre de morts sur nos routes. Si cela aide à stopper l’hémorragie et freiner l’hécatombe, pourquoi pas.