Jésus est passé de la mort à la vie. Sa mort a été une grande injustice mais avait aussi les apparences d’un échec maximal. C’est donc le moment de rejoindre toutes les personnes qui pensent que l’avenir est « barré », que leur vie est un échec, et qu’ils ne pourront jamais s’en sortir.
Il convient ici de faire bien la distinction entre l’espoir d’un homme ou d’une femme et l’espérance. Tous les humains portent en eux des espoirs. Par exemple : j’espère que mon fi ls ou ma fi lle réussira aux examens et trouvera sa place dans la société ; j’espère que mon enfant qui va naître ne sera pas handicapé ; j’ai l’espoir de guérir du cancer en m’adressant à tel médecin. Tous les humains portent en eux des espoirs mais souvent ils sont déçus parce que leurs espoirs ne se matérialisent pas.
L’espoir est différent de l’espérance chrétienne. L’espérance chrétienne est une vertu théologale, c’est-à-dire qu’avec les deux autres vertus cardinales que l’on appelle foi et charité elle nous met en relation directe avec Dieu. L’espérance chrétienne est fondée sur la promesse de Jésus concernant son Royaume. Il nous a promis le Royaume si nous vivons selon les préceptes évangéliques en nous laissant guider par l’Esprit Saint. Le Royaume de Dieu n’est pas quelque chose d’abstrait. Il se construit ici-bas sur la loi de l’amour et du pardon. Il est déjà là, mais il s’épanouira totalement dans l’autre monde. Celui qui croit en Jésus sait que son espérance ne sera jamais vaine. L’espérance se fonde sur la certitude de la promesse de Jésus Christ ressuscité.
Cherchons dans notre vie comment nous sommes passés du désespoir à l’espérance.
Il y a 20 ans de cela environ 30 familles vivaient à Grand- Baie derrière le Store 2000 dans un endroit marécageux, sans eau et sans électricité que l’on appelait alors « Camp Laboue ». C’était des chambres en tôle où s’entassait parfois toute une famille.
La Caritas paroissiale a visité les personnes et a fait un relevé de toutes les familles et de leurs besoins. Mais il était impossible d’aller plus loin. Une personne assez âgée de Grand-Baie avait fait un héritage et elle a voulu donner Rs 1 million pour aider ces personnes à trouver une maison. Mais avec un million ce n’était pas possible de trouver des terrains et de construire 30 maisons. Est intervenue alors une ONG qui s’appelle La Fraternité de Grand-Baie et qui a commencé à négocier avec des institutions charitables à travers le monde. Ensuite est intervenu le gouvernement de Maurice qui a conduit le projet à terme en donnant des terrains à Sottise et en prêtant de l’argent pour la construction des maisons. Il y a certaines familles qui n’avaient pas les moyens de rembourser un emprunt, elles ont été aidées par l’argent que cette paroissienne avait donné au projet.
Il y a maintenant 4 ans que les 30 familles de Camp Laboue, rebaptisé « Cité Lumière », ont leur maison et leur petit jardin soigneusement entretenu à Sottise. J’y ai rencontré une vieille dame rodriguaise qui me dit qu’elle a prié durant 30 ans pour que Dieu lui donne une maison. Finalement elle a reçu le terrain et on a construit sa maison. Un an après son mari mourrait. Elle a voulu faire partager son bonheur à un enfant de SOS Village qu’elle a adopté. Pendant 30 ans elle a prié dans l’espérance chrétienne. Elle se disait qu’il y avait d’autres personnes dans la queue avant elle avant d’arriver au bureau de Dieu. C’était comme à l’hôpital, il fallait attendre. Elle n’a jamais été ni révoltée, ni aigrie, ni jalouse. Elle vivait dans l’espérance. Aujourd’hui elle est très heureuse. Mais elle ne garde pas son bonheur pour elle, elle le partage avec l’enfant de SOS Village.
Cet exemple peut nous faire comprendre la différence entre l’espoir et l’espérance.
Dans cette même Cité Lumière de Sottise j’ai rencontré un jeune qui souffrait d’une maladie de coeur depuis son enfance. Les médecins lui ont dit qu’il pouvait mourir n’importe quand, mais il a conservé en lui l’espérance. Aujourd’hui il a 18 ans, il a passé sa « Senior », il est convaincu que le Seigneur le conduira encore plus loin. Mais il n’a pas peur de mourir car il sait qu’après cette vie il y a le Royaume. Mais ce n’est pas pour cela qu’il reste les bras croisés, il continue d’aller à l’école et de travailler pour préparer son avenir.
L’espérance ne nous dispense pas de l’engagement quotidien que nous avons le devoir d’assumer au service des autres et au développement de la planète Terre. Les 30 familles de Cité Lumière ne sont pas restées les bras croisés, elles ont créé des jardins autour de leurs maisons qui méritent le détour, elles ont transformé la terre qui leur avait été donnée.
Autre exemple d’espérance qui nous touche de près dans la paroisse de Fatima à Trou-aux- Biches : l’École d’Alphabétisation vient de fêter ses 25 ans. Il n’y avait aucun espoir pour tous ces enfants de Cité Mère Teresa et d’ailleurs, qui ne pourraient jamais s’adapter au système scolaire mauricien. Perpétuels recalés, perpétuels échecs. Aucune possibilité d’avoir le moindre espoir. Et voilà que la vertu de l’espérance habitait le coeur de Mme Janine Grant et d’un groupe de collaborateurs. Permettre à un enfant de devenir quelqu’un, un citoyen libre, responsable, fraternel en développant les talents cachés qui n’étaient pas des matières inscrites aux examens de la Sixième ; par exemple : la pâtisserie, la coiffure, les soins esthétiques, la cuisine, le service des chambres dans un hôtel, la découverte de l’ordinateur et de la communication planétaire. Tous les ans il y a une trentaine de jeunes qui quittent cette école avec l’espérance qu’ils vont réussir leur vie car ils auront découvert l’estime d’eux-mêmes. Ils ne sont plus des « ninport », ils ont entre les mains un métier qui leur permettra d’aller peut-être encore plus loin que s’ils étaient diplômés de l’université.
Nous aurions encore beaucoup d’autres exemples à partager. Comme celui des familles de Cité Mère Teresa qui ont fui de leurs maisons la nuit pendant les émeutes de 1999 et qui depuis ont retrouvé leurs maisons et le goût de vivre grâce à une solidarité exemplaire des architectes, des constructeurs et des travailleurs sociaux bénévoles.
Le jour de Pâques nous célébrons l’espérance chrétienne puisque nous fêtons la victoire de Jésus sur l’échec, la souffrance et la mort. Cela ne veut pas dire que nous sommes les seuls à vivre dans l’espérance. Chez beaucoup d’hommes et de femmes qui pratiquent d’autres religions il y a la même énergie, même si elle s’appelle par des noms différents. Elle accompagne toujours la foi et la charité. C’est cette espérance que je vous souhaite le jour de Pâques.