Je ne suis pas « expert » en matière de système électoral. Je n’ai jamais été membre d’un parti politique, mais le débat autour de la réforme électorale a tellement dévié de son but premier que je me vois contraint d’intervenir. Et ce, tout en déplorant vivement que la presse ne sollicite pas les représentants de la société civile.
Beaucoup a été dit sur le système de First Past The Post (FPTP), que nous ont légué ces soi-disant « méchants » Anglais. Effectivement, quand les politiciens nous sortent le FPTP de leur chapeau à intérêts variables, on tend à croire, surtout si on est un « layman », un homme de la rue, qu’il faut tout changer, et aller vers la proportionnelle, l’augmentation du nombre de femmes représentées et tutti quanti.
Or, si on reste lucide, on se rendra compte qu’il ne faut en fait rien changer au système de FPTP. Et je n’ai aucune honte à applaudir ces Anglais qui ont modelé notre système électoral selon cette formule.
Il y a de quoi s’étonner que le leader du Mouvement militant mauricien, Paul Bérenger, dont le parti a été plusieurs fois victime des entourloupes concoctées pour fausser le FPTP, soit le premier à s’inscrire tête baissée dans le piège de la « réforme ». Nous espérons qu’il saura reconnaître qu’il s’est laissé tromper et qu’il se battra pour que le FPTP reste en l’état, mais soit juste pourvu de garde-fous en béton. Pour que plus personne ne puisse le pervertir !
C’est quoi le FPTP mis en place par les Anglais, en prévision de leur départ de la colonie ? C’est le « Winner takes it all », un système simple comme tout où le gagnant sort victorieux d’une joute. C’est comme la Coupe du Monde ou n’importe quelle autre compétition sportive. Les Mauriciens étant friands de foot, prenons cet exemple : La France (dont je suis un supporter invétéré) organise la Coupe du Monde en 1998 et la remporte. Imagine-t-on Ronaldo empêchant Didier Deschamps de soulever la Coupe ? Non ! Eh bien, à Maurice, il y a eu, tout au long de l’histoire politique du pays, l’intervention de perdants pour empêcher que les gagnants ne brandissent leur coupe, à savoir gouverner le pays !
« Vox Populi, Vox Dei » ?
L’exemple le plus connu est celui des élections de 1976. Le MMM sort vainqueur, battant le Ptr et le PMSD. Le FPTP prévoit clairement que c’est le MMM qui doit diriger le pays. Eh bien, le Ptr et le PMSD en ont décidé autrement, ont coalisé et ont confisqué la victoire du MMM. Ne dit-on pas « Vox Populi, Vox Dei », la voix du peuple étant la voix de Dieu ? En 1976, le peuple avait voté pour le MMM. Où était-il écrit que les perdants devaient former le gouvernement ? Le verdict du peuple fut donc bafoué !
Deuxième exemple en 1982. Là encore, le peuple décide de donner la victoire à l’alliance MMM/PSM : nous avons pour la première fois les 60-0. C’est-à-dire la plus large victoire jamais réalisée lors d’une élection, et qui reflète le « winner takes it all ». Non content de la décision du peuple, les perdants, Gaëtan Duval en tête, décident qu’il faut nommer les « Best Losers » !
« Casse-tête »
Rendez-vous compte de cela : une compétition est organisée, avec 60 coupes à la clé. Une alliance remporte cette compétition, et au lieu d’accepter ce verdict, les mauvais perdants de 1982 décident qu’il faut nommer leurs représentants ! Hallucinant non ? Certains « experts » électoraux et de la presse avaient alors évoqué un « casse-tête », et certains allèrent même jusqu’à « saluer » Duval pour avoir trouvé qu’il fallait nommer les BLS ! Et les novices du MMM et du PSM, en bons vainqueurs mais ne connaissant pas le FPTP à fond, tombèrent dans le piège des mauvais perdants ! C’est ainsi que le BLS aussi fut perverti !
Le FPTP implique qu’un « perdant », issu d’une « minorité », est repêché quand sa « minorité » est sous-représentée après décompte des voix. Or, en 1982, quand il y a majorité, c’est-à-dire englobant logiquement aussi les minorités, pourquoi pervertir cela, et faire accroire qu’il n’y avait pas de minorités représentées ? N’est-ce pas Duval encore qui posa sa candidature dans plusieurs circonscriptions, un cas de figure qui n’existe pas dans le FPTP, mais « créé » par l’ancien leader du PMSD ? Duval pouvait donc se « dupliquer » dans autant de circonscriptions qu’il voulait, mais Rodrigues (avant l’autonomie) devait toujours se contenter de deux députés, pour l’ensemble de l’île !
Intérêts de basse politique
Ces exemples suffisent pour démontrer que le FPTP est un bon système mais que ce sont les mauvais perdants qui le pervertissent. N’y a-t-il pas une élection où il y a eu nomination de Best Losers pour l’équipe… gagnante ?! Comment peut-on trouver des perdants au sein d’une équipe qui gagne ? Là encore, le FPTP fut faussé pour accommoder des intérêts de basse politique !
Autre exemple ? Où selon le FPTP est-il écrit qu’un représentant d’une minorité, censé être « protégé » sous le Best Loser System, peut être Sino-Mauricien, et se faire élire en tant que membre de la « Population Générale », comme dans le cas de Michaël Sik Yuen ? Est-ce le FPTP qui est mal conçu ou bien est-ce que Michaël Sik Yuen et son parti auraient « rusé » pour figurer parmi les Best Losers ?
Instance indépendante
Il est regrettable que la Cour n’ait pas rendu justice à Georges Ah-Yan, le seul habilité à siéger comme Best Loser en tant que « Sino-Mauricien ». De ce fait, toute réforme électorale doit au plus vite préconiser la dissolution de l’Electoral Supervisory Council et de la Commission électorale, deux instances qui ne servent à rien, et qui n’ont jamais empêché les « triangages » mis en place pour fausser et pervertir le FPTP. Il faut plutôt une instance, indépendante il va de soi, qui puisse enquêter, corriger toute injustice en cours et sanctionner sans pitié ! Il pourrait avoir pour appellation Electoral Supervisory Body et être présidé par un ancien juge étranger. Irfan Rahman, président de la Commission électorale, est souvent sollicité pour superviser des élections à l’étranger, non ? Pourquoi devrions-nous avoir honte de laisser le sort de nos élections entre les mains d’un étranger ?
Paul Bérenger s’est joint à ceux qui « s’inquiètent » du sort du BLS, « surtout qu’en 1948 aucun musulman ne fut élu », dit-il. Mais si aucun musulman ne fut élu, c’est que le peuple (composé aussi de musulmans, ne l’oublions pas !) en avait décidé ainsi ! Pourquoi personne ne s’est inquiété que Lalit, Jack Bizlall, Les Verts fraternels n’aient jamais été au Parlement ? Le pays a-t-il seulement besoin de « musulmans » ou bien de compétences, où qu’elles se trouvent ?
“Fine-tuning”
D’où l’urgence de « fine-tune » le FPTP. Changer « communauté » en « Mauricien » n’empêchera pas à un ministre / député / maire, président de corps para-étatique ou ambassadeur d’être corrompu, etc. Seuls des naïfs croiront le contraire !
Aux dernières élections de 2010, quel choix avait été proposé aux électeurs ? L’alliance MMM / MMSD / Union Nationale contre l’Alliance Ptr / MSM / PMSD. Le peuple opta pour la deuxième alliance. Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ? Le MSM est parti (ou a été éjecté, selon l’angle de perception) du gouvernement. N’est-ce pas là encore la faute des partis, et non du FPTP ? Dans ce cas précis, le vote du peuple ayant été trahi, ne fallait-il pas en vérité tenir de nouvelles élections ?
Transfuges
Le FPTP est simple et limpide ; il faut remercier les Anglais et maudire certains politiciens locaux qui ont perverti ce merveilleux système. Si réforme électorale il doit y avoir, il importe de prévoir dans la loi des actions concrètes contre les transfuges. Si les députés Mireille Martin et Jim Seetaram n’étaient pas contents de la décision de leur parti de quitter le gouvernement, ils auraient dû démissionner et retourner leurs votes à ceux qui ont voté pour eux (en tant que membres du MSM) ! Des cyniques diront « be inn vot zot an tan ki mamb L’Alliance de l’Avenir ». Certes, mais ils auraient dû quand même démissionner et se présenter de nouveau devant l’électorat !
En cas de réforme, des actions concrètes doivent être engagées contre le transfugisme, le « triangage » qui permet à un « sino-mauricien » de se faire passer pour un membre de la « Population Générale », contre des perdants nommés Best Losers, alors qu’ils ont perdu ! Et si le MMM a pris la précaution pour que des élections ne soient plus renvoyées, comme en 1972 (non prévue là encore par le FPTP et le peuple), il faut aussi prévoir que des élections municipales ne soient pas indûment renvoyées, que le plafond requis pour les finances d’un parti ne soit pas dépassé, et qu’une partielle soit organisée pour tout siège d’un élu (municipal ou national) qui démissionne.
Garde-fous adéquats
Aujourd’hui, nous avons des mairies où des conseillers sont décédés, d’autres partis à l’étranger, et d’autres encore qui sont passés d’une alliance à une autre. Eski FPTP dir fer sa ? Ou bien là encore ne bafoue-t-on pas le voeu du peuple ? Assez donc avec les mensonges ! Le First Past The Post est un bon système ; il peut devenir meilleur s’il est pourvu de garde-fous adéquats qui empêcheront les apprentis sorciers de bafouer le voeu de l’électorat !