L’Union chrétienne (UC) a réuni la presse hier, à Bagatelle, pour faire le point sur des propositions qu’elle a fait parvenir au Premier ministre le 13 août dernier, dans le cadre de la réforme constitutionnelle. Son président, Benjamin Moutou, insiste pour qu’il y ait « un référendum dans un esprit de conciliation » dans le cadre de cette refonte. Les pays où prime la démocratie y ont recours lors de changements importants dans leur Constitution, dit-il. L’UC réclame également un recensement de la population sur la base ethnique. Selon elle, « faire croire que les communautés n’existent plus c’est faire preuve de malhonnêteté intellectuelle. C’est un jeu dangereux qui peut exacerber les sentiments des communautés minoritaires ».
Le mémoire soumis au Premier ministre comprend dix propositions en vue d’« une juste représentativité des chrétiens au Parlement en cas d’abolition du Best Loser System et une meilleure participation des ethnies chrétiennes dans les affaires du pays ».
Parmi les propositions, l’UC demande de revoir les lignes de démarcation géographiques des 20 circonscriptions électorales, tracées il y a 55 ans de cela, par la Commission Trustam Eve. Depuis, rappelle l’organisation, le pays a connu le phénomène de l’exode qui ont débalancé l’équilibre ethnique et démographique. De 277 500 électeurs en 1959, l’on en comptait en 2010, 879 887. Ce qui induit l’UC à ce constat : « La circonscription N° 14 (Savane/Rivière-Noire), qui compte quelque 58 541 électeurs, fait élire le même nombre de députés — 3 — que la circonscription N° 3 qui ne compte que 22 488 électeurs. Et, Rodrigues, avec quelque 28 000 électeurs ne fait élire que deux députés alors qu’au N° 2, avec 24 642 électeurs, sont élus trois députés. »
Selon l’UC, en 1987, « 14 députés seulement de la population générale furent élus et sans l’apport du BLS, elle serait sous-représentée ». Elle est ainsi contre l’abolition du BLS mais, dit-elle, une alternative existe à deux conditions : « Aucun parti ne serait autorisé à placer 3 candidats d’une même communauté dans une circonscription si celle-ci comprend 30 % d’électeurs ou plus appartenant à une ou deux autres communautés. Dans de telles circonscriptions, tout candidat indépendant ne pourrait faire acte de candidature seule mais avec deux autres dont l’un d’une communauté différente. Cette clause ne serait pas applicable dans une circonscription où une communauté représenterait plus de 70 % des électeurs ».
Selon Benjamin Moutou, « si en 1982, il a été décidé de ne plus avoir de recensement sur la base ethnique, nous pensons qu’il faut un tel recensement. Sinon, comment pourrait-on évaluer la force démographique des communautés existantes pour une juste représentativité ? » Et de poursuivre : « Ignorer le poids démographique de chaque communauté en maintenant le BLS a été un non-sens car il a fallu se fier sur des chiffres erronés du recensement ethnique de 1972 pour calculer l’allocation des best losers. » Selon l’UC, nombre de pays multireligieux et pluriethnique dont le Canada, les États-Unis, la Suisse maintiennent des recensements à caractère ethnique. « Au recensement 2011, le gouvernement indien a même décidé de demander l’appartenance castéiste de ses citoyens alors que la Constitution de 1947 n’en faisait même pas mention. Cette démarche a été entreprise en vue de mieux connaître les préjugés dont souffrent certaines castes et minorités ethniques d’aujourd’hui. » L’UC soutient dans le mémoire remis au Premier ministre : « Tous les pays qui ont choisi d’ignorer cette réalité ont eu à faire face à des soulèvements ethniques » et que « dire que le phénomène communal n’existe pas car nous sommes tous Mauriciens, c’est passer à côté de la vérité ».
Sydney Adelson, le trésorier de l’UC, a pour sa part plaidé pour la nomination de membres du Parlement par le président de la République au cas où des minorités seraient mal représentées. Il a déploré le fait, selon lui, que « les minorités ont bien des difficultés à se faire recruter dans les corps para-étatiques ». Pour M. Moutou, « les chrétiens contribuent à travers la taxe à la fonction publique mais leurs enfants n’y sont pas représentés ».
L’UC demande également la création d’une Parastatal service commission et d’un Appointment and Promotion Appeal Tribunal. Les membres demandent une loi permettant de sonder l’électorat par référendum. « Pour se faire adopter, une majorité de 2/3 ou 3/4 serait requise ».