Le ‘Best Loser System’ (BLS), même avec ses faiblesses, rassure les créoles et les musulmans. Dans la forme, ce système a des insuffisances mais dans l’esprit il confère un sentiment de sécurité aux minorités de l’île.
Le débat sur le BLS est bon et salvateur pour notre République parce qu’il crève l’abcès des non-dits sur la thématique des minorités. La représentativité parlementaire des minorités est indispensable à la paix sociale. Ce serait un leurre que de croire le contraire.
L’Esprit de la loi. De sa genèse trouble, le BLS avait pour but de donner une représentativité équitable aux minorités créoles et musulmanes au sein du parlement. Les pères fondateurs des grandes avenues politiques et idéologiques de notre pays ont réfléchi, avec l’aide du rapport Banwell, à un système qui, quel que soit le cas de figure électoral, ferait de la place aux minorités à l’Assemblée nationale. Ainsi, l’esprit du Best Loser System était louable et avait des ‘saines et saintes’ intentions mais cela a été perverti au fil des ans. Pourquoi ? Tout simplement parce que le rapport Banwell ne prévoyait pas qu’il y aurait des alliances de partis. Secundo, on n’avait pas prévu que des individus allaient, pour remporter des élections, ‘falsifier’ leurs appartenances ethniques. Leur but : figurer sur la liste du BLS. Résultat : l’esprit du Best Loser a désenchanté et a perdu de sa fraîcheur égalitaire.
Communal ou communauté ? Le débat fuse de toute part et prend une plus grande proportion autour du BLS. Les mots se disent : communal, vieux système et rétrograde ; les mots se rencontrent et s’entrechoquent sans pour cela faire jaillir la lumière sur le Best Loser System. Le qualificatif le plus dur pour le BLS est le mot ‘communal’. ‘Communal’ n’a pas de sens dans ce débat. Le communaliste est celui qui n’aime pas l’autre. Le BLS traite des questions de communauté mais pas des communalistes. Les minorités sont des communautés et non des communalistes. Certains veulent-ils insinuer que les minorités créole et musulmane en essayant d’affirmer leur identité et le souhait d’être représentées au sein du parlement sont des communalistes ? Ce serait une ineptie. Les mots peuvent blesser ; utilisons-les avec intelligence et bon sens.
La Proportionnelle. Carcassonne, étranger aux réalités mauriciennes, est devenu le sauveur des maux de notre système électoral. Son rapport fournit des pistes sur comment réformer notre système électoral. Cependant, la formule d’une bonne réforme électorale doit être construite par les ‘architectes’ (politiciens, syndicats, citoyens…etc) de notre pays. Une réforme ‘Made in Mauritius’ et non en copiant des modèles d’autres pays. Cette réforme est une aubaine pour notre île ; cela permettrait de briser ce complexe issu de la période coloniale qui a fait accroire que les Mauriciens ne peuvent prendre en main leur destinée. Dans ce sens, le rapport Carcassonne peut inspirer une réforme. S’y fier comme si c’était le dernier rapport avant l’Armageddon de 2012 est néanmoins incompréhensible. Ce n’est pas la fin du monde. Prenons le temps de réfléchir à une bonne réforme où les minorités seront prises en compte sur n’importe quel type de liste proportionnelle. Mais ne soyons pas attentistes !
Les élections sont les rares moments des rencontres citoyennes où le peuple a voix au chapitre. Mais ce chapitre sera écrit hors sujet si les créoles et les musulmans ne sont pas parmi les rédacteurs. Cela donnerait à un pays un parlement non représentatif ; les exemples de l’histoire humaine ont démontré comment ceux qui ne sont pas représentés au sein de l’hémicycle recherchent souvent d’autres moyens – non démocratiques – pour exprimer leurs souffrances d’être exclus. Réforme électorale, c’est bien mais réforme électorale juste et équitable, c’est mieux.
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