La réforme électorale fait partie de ces grands débats qui planent en permanence dans le paysage mauricien. Elle va et elle revient. Un peu comme le sac et le ressac de la mer. Comme ces coups de vents qui se lèvent subitement pour bousculer les débats politiques précédant les élections générales avant que le calme ne s’installe à nouveau une fois les élections passées. Il arrive cependant, comme en décembre 2014, que le vent de la réforme électorale se transforme en tempête si violente qu’il emporte sur son passage même les partis politiques qui l’ont initiée.

Cette année-là, souvenons-nous, le mécontentement contre le projet d’attribution des pouvoirs exécutifs à un président qui disposerait d’une immunité complète pendant sept ans avait provoqué un tsunami dont les survivants ont pris du temps avant de reprendre la traversée du désert en ordre dispersé.
On se demande donc si les spéculations autour de la présentation d’une réforme électorale qui ont fait leur apparition dans le firmament politique sont de bon ou de mauvais augure pour ses promoteurs. Les astrologues politiques tendent de prévoir l’annonce d’alliances politiques éventuelles.

Bien sûr, il est encore trop tôt pour faire des prédictions précises car personne, en dehors des membres du gouvernement qui s’occupent de la question, n’a encore vu le ou les textes de loi concernées. Le leader du MMM, qui semble être informé sur la question, affirmait samedi dernier qu’il commençait à croire que la réforme électorale aura lieu. Il a commencé à préparer son parti pour la circonstance d’autant plus que, comme il l’affirme « zaffaire là pé vini », comprenez les élections générales. Le Premier ministre et leader du gouvernement, Pravind Jugnauth, laisse pour sa part, planer le flou. « Depuis que ce gouvernement est en place, nous travaillons tous les jours selon notre calendrier de cinq ans et quand le moment viendra nous rendrons publique l’une ou l’autre législation…». Pour le moment, les réunions du comité ministériel sur la réforme électorale se poursuivent sans consultation avec les principaux spécialistes de la question dont la Commission électorale.

Au MMM, on considère que la réforme électorale, avec une dose de proportionnelle, est mieux que rien. Tenant en compte un certain nombre de réserves, les parlementaires de ce parti pourraient voter pour la réforme “under protest ». Il s’élève comme le MSM contre tout recensement sur la base de communautés pour les besoins du système de “best losers”. De son côté, le ministre Nando Bodha est catégorique quant à l’abolition du système de best losers.

Tous ceux qui suivent de près les débats sur la réforme réclament la publication du ou des projets de loi comprenant les propositions gouvernementales le plus tôt possible. Certains anticipent déjà le pire. Des craintes et des protestations s’élèvent déjà dans les rangs du PTr, du PMSD et de l’opinion publique. Certains appréhendent la possibilité que le gouvernement opte pour la pire des cinq propositions faites par la Commission Sachs. Laquelle proposition pourrait, lors de la répartition des 12 candidats sur la base proportionnelle, accorder la part du lion au parti ayant remporté les élections sur la base de FPTP, laissant des bribes aux autres partis ayant dépassé le seuil de 10%. C’est le contraire qui aurait dû se produire, soutiennent-ils. Le nombre et la répartition des députés à partir de la liste proportionnelle suscitent des interrogations. Une autre question consiste à savoir si la méthode qui remplacera le “best losers system” entraînerait une amélioration ou une détérioration de la diversité parmi les députés au Parlement. Beaucoup de points sombres restent à être éclaircis. Et, cerise sur le gâteau, le gouvernement obtiendra-t-il la majorité de trois quarts requise malgré le soutien under protest du MMM ? Le prochain congrès que le MSM projette d’organiser à Port-Louis où Danielle Selvon pourrait être invitée à prendre la parole aiderait à donner une réponse à cette question.

Jean Marc Poché