Toute la scène médiatique ne répercute que la présentation du tant attendu White Paper, une proposition de réforme pour remplacer l’infâme Best Loser System par un système sans communalisme. Mais en regardant les propositions de plus près, c’est surtout le manque flagrant de sincérité des propositions de la part de toute la classe politique qui saute aux yeux.
On veut combattre le communalisme, c’est génial. Après presque un demi-siècle d’indépendance, il était temps de penser à le faire. Mais cette réforme est-elle vraiment le champ où ce combat doit être mené ? Ne plus demander aux candidats de cocher la case de leur appartenance ethnique, est-ce la solution ? Non, à moins de ne pas mettre leurs noms non plus, car la logique voudrait que dans 99% des cas, les prénoms de nos compatriotes suffisent pour déterminer dans les grandes lignes leurs croyances… Et ne parlons pas de la manière dont la plupart des circonscriptions ont été découpées.
De toute façon, prendre le Best Loser System, changer l’emballage et nous l’offrir de nouveau n’est guère la solution. Partout, on proclame que ce changement est historique, et que cette décision de tout réformer – ou du moins, de faire semblant – est plus que bienvenue après 47 ans d’indépendance. Tout le monde applaudit ce White Paper. Mais moi, je pense que l’histoire va se jouer 48 ans après l’indépendance. Ce n’est que l’année prochaine, lors de la Nomination Day qu’on pourra juger de la volonté de toute la classe politique d’insuffler une nouvelle dynamique. Est-ce que cela changera grand-chose si le Ptr, MMM et tout le reste engagent, disons, trois candidats de foi hindoue dans la circonscription n° 5, trois musulmans au N° 3 et trois candidats « Population générale » dans le N° 1 ? Jusqu’à présent, au vu de la répartition des candidats, le vote communal nous reste en travers de la gorge. Mais bon, accordons-leur le bénéfice du doute et attendons l’année prochaine. Si tel est le cas, cette réforme s’annulera d’elle-même et entrera dans l’histoire comme le plus grand bluff politique du pays.
De plus, on parle maintenant d’une proportionnelle par rapport à l’appartenance ethnique. En gros, un Best Loser System. Sauf que cette fois-ci, les leaders de partis auront le choix de nommer leurs députés, qu’ils figurent sur la liste présentée ou pas. On se plaint que le Premier ministre ait trop de pouvoir, voilà qu’on fait des propositions pour donner à tous les leaders de partis un pouvoir constitutionnel de nomination de parlementaires. Sur quelle base cette proportionnelle se fera-t-elle ? Le dernier recensement qui a été mené sur fond d’appartenance ethnique date de l’année de la mort de Edward VIII, et donc, est aussi actuel que le défunt monarque. Ajoutons à ceci la proposition de donner un siège au parlement à tout membre de n’importe quel parti qui aura recueilli un minimum de 10% des voix ; on se retrouve avec une porte ouverte aux groupuscules extrémistes.
Autre point important : la limite des mandats. Est-ce normal, pour un pays avec bientôt un demi-siècle d’indépendance, de n’avoir eu que quatre noms dans notre panthéon de dirigeants ? La limitation des mandats injecterait du sang neuf dans la politique et aiderait à dépoussiérer quelques vieilles idées et par la même occasion, quelques acquis assez mal vus. Prenons l’exemple des députés qui siègent en notre auguste assemblée. Après deux mandats, soit dix ans, ils ont droit à une retraite dorée, avec pension de député, alors que le commun des mortels doit travailler tout au moins quarante ans avant d’avoir droit au repos. Et le comble est que si un candidat ne figure pas sur la liste des élus, il a quand même ses chances de figurer parmi les élus de la retraite dorée si son ethnie est bien choisie ; et ce n’est pas notre ministre du tourisme qui nous dira le contraire…
La limite des mandats n’est pas la seule réforme dont les députés ont besoin pour être au diapason des autres citoyens. D’autres mesures doivent être prises pour que nous, la population, nous n’ayons pas l’impression qu’ils sont des citoyens au dessus des autres. Comment se fait-il que les députés soient les seuls fonctionnaires qui ont le droit d’avoir un deuxième emploi, genre marchand ambulant ? Moi, étant pauvre, je vis assez correctement avec un salaire qui a moins de chiffres que le leur, donc, je pense qu’il est impératif de faire une requête pour être députés à temps plein et cesser toute autre activité secondaire. Ils auront le temps de se consacrer à leurs travaux de parlementaires. Ce faisant, il n’y aurait pas besoin d’augmenter leur nombre.
Ce manque de sincérité se traduit dans plusieurs autres points, plus particulièrement cette proposition de rendre obligatoire la présence d’une femme sur la liste de chaque parti dans chaque circonscription. Est-ce qu’il y a une loi interdisant les femmes à se présenter ? Non. Ce qui voudrait dire que l’absence de la gent féminine dans les rangs de nos partis est la volonté des leaders, car généralement, c’est leur choix de candidats qui prime partout. Une proposition contre leur mauvaise foi, sans doute…
Pour conclure ce débat sur le communalisme, je réitère : ce n’est pas un semblant de réforme qui survient 47 ans après notre indépendance qui va rester dans l’histoire. C’est la Nomination Day de 2015 qui nous communiquera la volonté de nos leaders de véritablement changer les choses ou non …