Les changements proposés par le livre blanc ne sont pas de nature à modifier les comportements électoraux, ni à approfondir la démocratie car les schémas de pensée restent les mêmes. Le souci de représentation des groupes et non de l’individu renforce les réflexes identitaires et retarde l’émergence du nationalisme mauricien. Les chefs de tribu entrepreneurs électoraux continueront à influencer les décisions de l’Etat parce qu’ils « contrôlent » la réélection de ceux qui sont au pouvoir.
Toute réforme devrait se baser sur une vision claire de l’avenir et pas seulement sur des réflexes électoraux présents et passés. Il faudrait tenir compte des dynamiques actuelles et déterminer où elles nous mèneront. A ce titre, il est primordial de savoir comment seront les mauriciens de demain afin de voir si la réforme servira leurs intérêts ou pas.
Le Digest of Demographic Statistics 2012 de Statistics Mauritius fait état des changements qui s’opèrent actuellement sur le plan démographique et fait des projections des données de la population selon un calcul de variante moyenne. L’on constate que le vieillissement de la population s’approfondit parce que le taux de fertilité continue à baisser tandis que l’espérance de vie augmente légèrement.  L’âge médian, qui divise la population en deux groupes égaux la moitié plus jeune et l’autre moitié plus âgée, passera de 33.5 ans en 2012 à 46.8 ans en 2052. Entretemps la population aura commencé à se réduire à compter des années 2030, soit dans à peine une quinzaine d’années.
Le vieillissement se traduit par la proportion des seniors de 60 ans et plus dans la population, qui passera de 12.3 % en 2012 à 29.8 % en 2052. La proportion des enfants/jeunes de moins de 15 ans passera, pour sa part, de 20.6 % en 2012 à 13.6% seulement en 2052. Cela implique que les personnes âgées constitueront une part grandissante des électeurs des années à venir.
Ceux qui travaillent et paient les impôts (soit les 15-59 ans) verront leur proportion dans la population augmenter pour atteindre 65.1 % en 2022 mais après cette date elle diminuera progressivement. Autrement dit, ils seront de moins en moins nombreux pour supporter la charge des impôts et des dettes, qui en toute probabilité, ne feront qu’augmenter pour assurer un niveau de vie acceptable aux seniors.
Selon le système politique en place les votes des vieux compteront progressivement beaucoup plus que les votes des jeunes. La tentation de concevoir des mesures politiques qui favorisent les vieux afin d’attirer leurs suffrages ira grandissant. On l’a déjà vu avec l’abolition du ciblage des pensions de vieillesse et le transport gratuit pour les seniors. Ces mesures populistes grèvent les impôts et augmente la charge pour les jeunes.
En outre, le risque est bien réel de voir une gérontocratie s’accaparer du pouvoir car ils sont passés maîtres en démagogie, sachant flatter les instincts de cette population vieillissante avec les idées et les méthodes du passé. Ces politiques risquent d’hypothéquer lourdement l’avenir des jeunes qui choisiront encore de rester au pays.
TROIS PROPOSITIONS
Il faut trouver des mesures pour donner une chance à un avenir plus constructif. Il faut s’assurer que de nouvelles idées, de nouvelles dynamiques trouvent leur place dans le système politique. Il faudra des politiques qui favorisent l’avenir des jeunes. Aussi, je propose trois mesures à être incluses dans la réforme électorale.
1.    Considérant que les jeunes (disons de moins de 30 ans) deviendront de plus en plus minoritaires dans le système politique il faut donc leur assurer une représentation adéquate au sein de l’appareil législatif. Ils doivent être considérés comme une « minorité » dont les intérêts doivent être sauvegardés.
2.    Il faut limiter à deux mandats l’exercice du pouvoir par le chef du gouvernement. Cette mesure assurera le renouvellement des effectifs mais aussi des idées et des méthodes en politique. Il en va de même pour le chef de l’opposition. S’il a perdu les élections deux fois il doit passer la main.
3.    Il faudra dans les prochaines années progressivement baisser l’âge du droit de vote. En effet, les jeunes doivent être responsabilisés plus tôt et ils doivent faire entendre leurs voix dans les prises de décisions qui les concernent en premier.
Le scénario catastrophe brossé par les tendances démographiques actuelles  devrait être renversé. Il faudra une génération d’hommes et de femmes politiques ayant une vision juste mais aussi le courage politique d’instituer des réformes en profondeur dans la société mauricienne afin d’augmenter la natalité mais aussi d’encourager les jeunes à rester au pays. Il est aussi temps d’instituer une nouvelle phase d’immigration sur notre territoire vu que le dépeuplement nous guette, après la phase vieillissante.