À peine la reprise des consultations au sujet de la réforme électorale entre le gouvernement et le MMM par émissaires interposés, les premiers couacs se font sentir. En effet, à la suite des commentaires publics du Premier ministre, Navin Ramgoolam, sur la formule 62 + 20 + 8 proposée par le leader de l’opposition, Paul Bérenger, le MMM a demandé et obtenu le report d’un tête-à-tête Ramgoolam/Ganoo, qui était programmé pour ce soir suite à la série de contacts initiés depuis dimanche avec Rama Sithanen jouant les intermédiaires. Avec la démarche du MMM du jour, aucune autre date n’a été proposée en vue de renouer les échanges sur les propositions de réforme du système électoral. Pour sa part, intervenant lors du dévoilement d’un buste à St-Aubin marquant le 90e anniversaire de feue sa mère, lady Sushil Ramgoolam, le Premier ministre a confirmé qu’il n’est nullement en faveur du 60 + 20 + 8.
Officiellement, pour justifier la demande de report des discussions avec Navin Ramgoolam, le MMM soutient que « dans la conjoncture, après les commentaires du Premier ministre sur la réforme électorale à St-Aubin, nous pensions que “We need time to consider” ». La requête du MMM a été communiquée au Prime Minister’s Office en cours de matinée par l’entremise du Deputy Leader et envoyé spécial de Paul Bérenger, Alan Ganoo.
Avant d’entériner cette décision, les deux dirigeants du MMM ont procédé à une évaluation de la situation sur l’échiquier politique en tenant en ligne de compte les dernières réactions publiques du Premier ministre et l’évolution des consultations par l’entremise de Rama Sithanen depuis dimanche. « À ce stade, il est plus qu’évident que les positions formulées par le MMM et celles adoptées par le Premier ministre sont littéralement aux antipodes. Nous allons utiliser ce temps de report pour disséquer les commentaires. Mais plus important encore est qu’au sein du MMM, nous sommes arrivés à la conclusion que dans la conjoncture, il est temps que Navin Ramgoolam vienne de l’avant avec ses propositions de réforme électorale. D’ailleurs, c’est le Premier ministre, qui doit piloter le projet de loi sur la réforme électorale et le toilettage relatif de la Constitution », a déclaré ce matin Alan Ganoo, qui confirmait l’annulation de la séance de travail du jour.
« Nous avons constaté que les commentaires du Premier ministre sont bien détaillés. Nous voudrions aussi faire ressortir que le MMM reste ouvert quant au nombre de parlementaires à être élus sur la base de la représentation proportionnelle. Nous n’avons pas de position bloquée sur le nombre de 20 », a poursuivi l’émissaire du leader de l’opposition comme pour faire mieux comprendre que les ponts entre le MMM et le gouvernement ne sont pas pour autant coupés. Le seul élément qui demeure, est qu’à partir d’aujourd’hui démarre l’attente des propositions officielles venant de l’hôtel du gouvernement.
L’une des options envisagées à l’hôtel du gouvernement est que le nombre de députés élus sur la base de la représentation proportionnelle passe de 20 à 12. Mais aucune confirmation n’est disponible même si des sources bien renseignées que le nombre de parlementaires sous la proportionnelle et le seuil de qualification pour le PR font toujours l’objet de débats.
Après la séance de travail d’au moins trois heures lundi après-midi au Prime Minister’s Office avec pour interlocuteur Rama Sithanen, Navin Ramgoolam confirme sa conviction qu’un Parlement constitué de 62 députés élus selon la formule de First Past The Post, 20 sous la représentation proportionnelle et huit selon le choix des leaders politiques, n’est pas « workable ». « Mo finn dir dayer ki formil 62 + 20 + 8, li tro buku ek monn konstate ki buku Morysien pans kouma mwa », devait-il faire comprendre à la presse à St-Aubin, hier.
« Nous devrons faire en sorte que la réforme soit sûre pour l’avenir du pays. Il nous faut analyser certaines choses qui ne sont pas claires, car nous voulons un système transparent. Je ne crois pas que ce soit une bonne chose que de choisir les députés après les élections. J’aurai une réunion avec le bureau politique du Ptr et le PMSD avant de décider de la ligne à suivre », a poursuivi le Premier ministre.
Navin Ramgoolam s’est appesanti sur l’importance de la réforme électorale dont le but demeure la modernité, la consolidation de la démocratie, une meilleure représentation des femmes et la stabilité. « Il faut prendre tout cela en considération. Nous voulons un système qui tient pendant des décennies et non un système pour maintenant uniquement. C’est pourquoi cela prendra le temps. Le nouveau système électoral doit s’assurer que toutes les composantes de la société soient représentées et doit combattre le communalisme de manière à ce que tout le monde puisse se dire Mauricien », fait-il comprendre.
À ce stade, aucune indication n’est disponible quant au calendrier pour la mise à exécution de la réforme électorale. L’agenda des travaux parlementaires pour la fin de cette année sera monopolisé par les débats budgétaires et l’adoption du budget 2013 et le Finance Bill alors que la tenue des prochaines élections municipales continue à hanter l’échiquier politique.
Les consultations politiques sur les détails de la réforme électorale s’annoncent ardues tant « le dossier est complexe » comme l’affirme le spécialiste, Rama Sithanen. « Pa neseserman, nou pou gete ki bizin fer », devait répondre Navin Ramgoolam à la presse, qui voulait savoir si le projet de réforme électorale sera présenté à l’Assemblée nationale d’ici la fin de cette année alors que le délai de 180 jours mentionné dans le Pronouncement du Comité des Droits de l’Homme des Nations unies sur la question du Best Loser System arrivera à échéance en février prochain.