Avec la publication officielle des propositions gouvernementales en vue de la réforme électorale, qui étaient déjà annoncées dans les médias, dont Le Mauricien, depuis longtemps déjà, les débats sont maintenant lancés et devraient durer jusqu’à la fin de l’année. Mais l’issue est encore incertaine.

Le Premier ministre, Pravind Jugnauth, qui a présenté les propositions gouvernementales préparées par un comité ministériel présidé par le ministre mentor, sir Anerood Jugnauth, a donné l’impression de vouloir sincèrement apporter des réformes à notre système électoral. Il a souhaité avoir la majorité requise pour une réforme au lieu de continuer de piétiner sur la question. De même, il a exprimé sa ferme intention de présenter un texte de loi avant la fin de l’année laissant alors à chaque parti politique parlementaire le soin de prendre ses responsabilités quant au sort que sera réservé au projet de réforme.

Ce énième projet de réforme électorale présenté depuis ces 20 dernières années réussira-t-il à passer la rampe cette fois ? Rien n’est moins sûr car le gouvernement ne dispose plus, depuis le départ du PMSD, de la majorité des 3/4 requises pour effectuer les changements souhaités. Tous les partis parlementaires de l’opposition, de même que ceux qui siègent comme indépendants ainsi que le MMM, ont raidi leur ligne cette semaine pour diverses raisons.

Le PMSD et le PTr s’étaient déjà opposés à la proposition gouvernementale de confier le choix aux leaders des partis qualifiés de choisir les occupants des six sièges additionnels qui, normalement, devraient remplacer le système de “best losers” et dont le nombre alloué à chaque parti qualifié aura été décidé par la Commission électorale. Le MMM a semblé accepter la démarche dans un premier temps mais a fait subitement demi-tour lorsqu’il a appris que ces sièges pourraient également être utilisés pour rétablir la majorité obtenue par le parti sorti victorieux lors des élections sur la base du “First-past-the-post”. Cette première partie des élections qui passe par le suffrage universel, c’est-à-dire par les suffrages exprimés par les électeurs mauriciens, est considérée comme sacrée par le gouvernement en considérant que c’est la voix du peuple. Mais le MMM considère que le système de FPTP contient des défauts inhérents à ce système qui peuvent facilement être corrigés par une liste de 20 ou 30 candidats choisis sur la base des listes proportionnelles. Il considère possible à travers cette formule de rassurer ceux qui appréhendent l’élimination du système du “best loser system”.

Les réserves de personnalités comme Rama Sithanen sont d’un tout autre ordre car ces dernières considèrent que le logarithme de base utilisé par le gouvernement ne va pas assurer l’équité et la justice dans la répartition des élus. Rama Sithanen est ainsi d’avis que le système actuel risque de favoriser le parti victorieux. Ce que récuse Pravind Jugnauth, qui estime que la méthode proposée, et qui a été vérifiée sur la base des résultats des élections depuis l’indépendance, a démontré que l’avance obtenue par le parti sorti victorieux aux élections FPTP restera inchangée. Le PMSD associe la réforme au redécoupage électoral mais le Premier ministre estime que cela relève de l’Electoral Boundary Commission, dont les recommandations peuvent être acceptées ou rejetées.

Toujours est-il que les propositions gouvernementales comprennent certaines avancées. Les femmes sont désormais assurées d’avoir une représentation adéquate au Parlement. En cas de 60-0, les partis de l’opposition sont certains d’avoir quelques sièges au Parlement, bien que le gros des sièges à partir des listes de RP ira au parti victorieux. Pour la première fois, aucun candidat ne sera non plus obligé de déclarer sa communauté lors de l’enregistrement de sa candidature.

Toutefois, il est clair que c’est au niveau politique que se jouera la réforme électorale. Le Premier ministre a fait comprendre hier qu’il n’a pas l’intention d’utiliser la réforme électorale pour amadouer un autre parti politique ou pour essayer de conclure une alliance, mais tout le monde sait que la politique a ses raisons que la raison ne connaît pas. Les dés sont jetés. Malin sera celui qui sait déjà qui du plan A ou du plan B le remportera.