Alan Ganoo, leader suppléant du MMM et leader de l’opposition, estime que les débats ont suffisamment duré sur la réforme électorale. Aussi, pour lui, la publication d’un White Paper sur le sujet comme annoncé par le Premier ministre ne fera que faire durer, éternellement, de nouvelles consultations. Plutôt que de nouvelles consultations, le leader de l’opposition réclame, ainsi, du chef du gouvernement qu’il vienne de l’avant, comme il l’avait promis, avec un projet de loi en bonne et due forme à l’Assemblée nationale.
Se référant à l’annonce faite, jeudi, par le Premier ministre et leader du PTr, Navin Ramgoolam, à propos de la réforme électorale, Alan Ganoo parle de « nouvelle trahison ». « On est parti pour la gloire », trouve-t-il, en évoquant de « nouvelles tergiversations » de « nouveau subterfuge ». Pour lui, l’annonce de la rédaction de ce Consultative Paper équivaut, ni plus, ni moins, à « faire durer éternellement de nouvelles consultations », alors que, dit-il, les débats ont suffisamment duré.
« Il y a eu les rapports Sachs, Carcassonne, Sithanen ; des PNQ et des PQ, les négociations PTr/MMM au cours desquelles nous étions parvenus à un accord sur près de 90% des points en question », déclare le leader p. i. du MMM. Selon lui, avec la volonté politique nécessaire, l’on aurait pu trouver la formule de représentation proportionnelle qui convient tout en apaisant les craintes des uns et des autres. Il regrette que le leader du PTr qui, à sa dernière intervention, à l’Assemblée nationale en octobre dernier, a évoqué de « fresh proposals » sur toute la question évoque, dorénavant, la rédaction d’un White Paper.
Le leader p. i. du MMM rappelle qu’à la clôture des débats à l’Assemblée nationale sur le discours programme du gouvernement le 27 juillet dernier, le Premier ministre avait laissé entendre que s’il convenait de rappeler le Parlement pour débattre et adopter le projet de loi promis sur la réforme électorale, il le ferait. Le 23 octobre, rappelle-t-il, encore, à la suite du « pronoucement » du Comité des Droits de l’Homme des Nations Unies, Navin Ramgoolam a réitéré cela en réponse à une PNQ de Paul Bérenger en expliquant qu’il viendrait avec « de fresh proposals ».
« Le Premier ministre vient, maintenant, renier ce qu’il avait dit », juge le leader de l’opposition. Il rappelle que le MMM, qui avait un projet initial de réforme électoral, l’a assoupli en cours de route. « Paul Bérenger a, plus d’une fois, fait des propositions en vue d’un consensus. C’est, désormais, à Navin Ramgoolam de venir de l’avant avec un projet de loi. Plutôt que de nouvelles consultations, qu’il circule un projet de loi et que les députés aient l’occasion d’en débattre à l’Assemblée nationale en y suggérant des amendements, si nécessaire », soutient-t-il. Alan Ganoo qui explique que son parti est « encore souple » sur toute cette question de la réforme électorale juge, néanmoins, que le chef du gouvernement s’est « décrébilisé » sur la question. Ce qu’il trouve « bien dommage ».
Le leader p. i. du MMM condamne, d’autre part, « vigoureusement » le ton « hargneux » et « revanchard » du Premier ministre lors de son intervention, dimanche dernier, au congrès anniversaire du PTr et ses attaques « virulentes » à l’encontre de la presse. Il trouve que c’est un chef du gouvernement « imbu de rancunes » qui s’était, à cette occasion, adressé à l’assistance alors que, explique-t-il, on attendait du Premier ministre qu’il partage ses réflexions sur des sujets d’intérêt national comme la stratégie économique à adopter, les problèmes d’environnement, ou encore la politique énergétique.
Alors que, dit-il, la violence sous toutes ses formes s’affirme dans le pays, Alan Ganoo accuse Navin Ramgoolam d’être venu, en quelque sorte, jeter de l’huile sur le feu en s’affirmant partisan de la loi du talion qui préconise que l’on réponde oeil pour oeil, dent pour dent. Pour le leader de l’opposition, le Premier ministre en tant que Role Model fait, ainsi, preuve de méconnaissance de la psychologie collective. « Nous ne pouvons, comme politiciens, instiller au sein de la population des tendances à la violence », estime-t-il.
Alan Ganoo critique, par ailleurs, certaines nominations au sein des instances dirigeantes du PTr lors de ce congrès, notamment, celles d’Abdullah Hossen, d’Eshan Joomun et de Sheila Granade qu’il a qualifié de « transfuges ». Aussi, pour lui, le PTr n’est, désormais, qu’une « contrefaçon » du parti historique des Curé, Anquetil, Sahadeo, Seeneevassen et autre Rozemont.
TEC : « Golden handshake pour le directeur ? »
Commentant les travaux du comité disciplinaire présidé par la Senior Magistrate, Mme Renuka Daby qui a retenu toutes les charges contre le directeur de la Tertiary Education Commission (TEC), Praveen Mohadeb, le leader de l’opposition appelle le ministre de l’Enseignement supérieur, Rajesh Jeetah, à poursuivre sur la voie de la transparence en rendant public le rapport du comité sans qu’il faille, pour cela, attendre d’être acculé au pied du mur par l’opposition à l’Assemblée nationale.
Il explique que, maintenant qu’il est question que le directeur parte à la retraite, l’opposition suivra, dorénavant, de près ce qui va intervenir. Si, par exemple, le directeur forcé de partir s’en ira avec une « golden handshake » ou si le ministre réfèrera toute l’affaire à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) et à la police comme il avait été question au parlement. Alan Ganoo pose, de même, la question de la responsabilité du « chairperson » dans toute cette affaire. Il se demande aussi si la TEC est au nombre des corps parapublics qui seront submergés par les flots du tsunami promis par le Premier ministre.
Commentant, par ailleurs, l’arrestation, cette semaine, de Polocco, le leader de l’opposition soutient que l’île Maurice entière a été « traumatisée » par le temps pris en vue de mettre la main sur ce récidiviste en cavale. Il rappelle que, devant la Cour intermédiaire le 4 septembre de l’année dernière, la police n’avait pas objecté à sa remise en liberté sous caution même si une grave charge avait été retenue contre le dénommé Polocco dans l’affaire Denis Fine où il y a eu mort d’homme. Il explique, à ce propos, que pour des charges bien moins graves, il arrive, souvent, que la police objecte à la remise en liberté de prévenus.
De manière plus générale, Alan Ganoo exprime l’inquiétude de son parti quant à la recrudescence des vols avec violence dans le pays ces derniers temps, surtout sur des touristes. Pour lui, cela est d’autant plus inquiétant après l’affaire Mikaela Hearte. Il demande, en conséquence, à la police « d’assumer ses responsabilités ».
Revenant sur le remue-ménage au ministère du Tourisme avec le limogeage récent du président du Conseil d’administration de la Mauritius Tourism Promotion Athority (MTPA), Robert Desvaux, et celui d’Alain Wong, président de la Tourism Authority (TA), tous deux, proches du vice-Premier ministre et leader du PMSD, le leader p. i. du MMM estime que tout ce qui se passe à ce ministère est loin d’être « des enfantillages » comme l’a prétendu, cette semaine, Xavier Duval. « Le guerre se poursuit, bel et bien, dans la basse-cour », soutient Alan Ganoo.
« Ramgoolam otage de son allié »
Il en veut pour preuve les accusations d’Alain Wong, cette semaine, au sujet de récents recrutements à la TA de même que des informations parues, hier, à l’effet que le véhicule de ce dernier a été endommagé, jeudi soir. « Il y a menaces de part et d’autre », soutient le leader p. i. du MMM.
Alan Ganoo, qui souligne que le PMSD représente un allié important pour la survie du gouvernement du Dr Navin Ramgoolam, trouve que toute cette tension créé de l’instabilité. « C’est un gouvernement à bout de souffle », répète-t-il en expliquant que Navin Ramgoolam est « l’otage de son allié ». Alors qu’il juge que toute cette « instabilité » retarde les projets de développement, le leader de l’opposition est d’avis qu’il est dans l’intérêt du pays que le Premier ministre « rende le pouvoir au peuple ». Interrogé quant aux informations à l’effet que le PMSD aurait établi des contacts avec l’opposition, le leader p. i. du MMM nie que tel a été le cas au niveau de son parti et que, par ailleurs, lors des rencontres des dirigeants du Remake de 2000, ceux du MSM n’ont pas informé leurs collègues du MMM qu’il y aurait eu « va-et-vient » d’émissaires PMSD. Et tout cas, assure Alan Ganoo, « tout sépare le MMM du PMSD ».
Revenant sur le dossier d’Agaléga, Alan Ganoo juge « ridicule » l’institution d’un Comité de médiation après les « propos insultants » du ministre Hervé Aimée lors de sa récente visite dans l’île. « Le Premier ministre aurait dû, plutôt, sanctionner son ministre pour son hérésie », déclare-t-il. Comme la réclamé l’Eglise catholique, le leader de l’opposition demande, lui aussi, des excuses du ministre des Administrations régionales.
Parlant du Sommet du Commonwealth techniquement prévu au Sri Lanka en novembre prochain, Alan Ganoo rappelle qu’après le Canada et Human Rights Watch qui ont, entre autres, vivement dénoncé les violations des Droits de l’Homme dans ce pays et se sont opposés à la tenue du prochain Sommet du Commonweath là-bas, c’est, cette fois, au tour de Me Geoffroy Robertson, ami personnel du Premier ministre et personnalité internationale respectée qui a exprimé les mêmes réserves.
Le leader p. i. du MMM indique aussi que la semaine dernière la Haute Cour de Londres s’est opposée à la déportation d’un groupe de tamouls sri-lankais qui cherchaient asile politique en Grande-Bretagne en reconnaissant qu’ils pourraient bien être victimes d’exactions s’ils étaient forcés de retourner dans leur pays. Il dit, désormais, attendre le « stand » du ministre mauricien des Affaires étrangères sur la tenue de ce Sommet du Commonwealth au Sri Lanka.