La National Trade Unions Confederation (NTUC) est d’avis que le “Consultative Paper” sur la réforme électorale n’apportera pas de grands changements dans le système. La confédération se dit en faveur d’une réforme en profondeur « où la démocratie primerait ». Elle propose une représentation de 50-50 pour les femmes ainsi que deux sièges pour les représentants des travailleurs. Cela donnerait, selon la NTUC, la possibilité à toutes les forces vives du pays de donner leur opinion et de participer aux débats.
Selon Deepak Benydin, la démarche d’enclencher une réforme électorale après 46 ans d’indépendance est positive. Toutefois, « elle devrait se faire en profondeur, et non simplement apporter des retouches ». Il cite en exemple le “Best Loser System” (BLS), qui serait officiellement aboli, mais qui sera toujours appliqué à un autre niveau. « C’est une grande contradiction. »
De même, il se demande « où se trouve la démocratie » si le choix des candidats pour la représentativité proportionnelle (RP) réside entre les mains des leaders. « On aurait dû donner la possibilité aux différentes instances du parti de s’exprimer. »
Sur ce même sujet, la NTUC estime que le seuil de 10% pour accéder à la RP est trop élevé. « Cela ne donne pas l’opportunité aux petits partis d’émerger. Il y a pourtant des partis comme Lalit, Rezistans ek Alternativ et le Muvman Premye Me qui ont de bonnes idées et qui méritent d’être à l’Assemblée », ajoute pour sa part Toolsiraj Benydin.
La NTUC se dit aussi en faveur de deux sièges réservés aux représentants des travailleurs sur la liste proportionnelle, comme c’est le cas au Maroc notamment. « Il faudrait définir comment ces sièges seraient attribués. Cela pourrait se faire en fonction de la plus grande représentation ou par les élections sociales au sein des entreprises, comme cela se fait dans certains pays. »
Le plus gros manquement de ce “Consulative Paper”, selon la NTUC, est l’absence de mesures sur le financement des partis politiques. « Cela aurait apporté de la transparence. » Concernant le nombre de députés à l’Assemblée, la NTUC est d’avis que 60 est un nombre amplement suffisant pour notre population. « En Angleterre, il y a un député pour 91 000 votants. En France, c’est un député pour 112 000, en Espagne, un  pour 132 000 et, en Inde, 272  pour… 875 millions de votants. A Maurice, on a un député pour 18 500 électeurs ! »
La confédération syndicale juge « inapproprié » de venir augmenter le nombre de députés alors que le pays passe par une période difficile et que de nombreux jeunes sont au chômage. Dans le même ordre d’idées, Toolsiraj Benydin remet en question le principe d’accorder une pension à vie aux parlementaires après leur mandat. « On aurait dû tout simplement leur donner une forme de compensation, comme cela se passe dans le monde du travail. »
Au sujet de la représentativité des femmes, Rehana Gafoor souligne que le fait d’accorder un tiers des sièges aux femmes est en soit une discrimination. « Le “White Paper” parle d’égalité envers les femmes. Dans ce cas, on aurait dû leur accorder 50% des sièges. » De même, elle se demande si les femmes qui se retrouveront au gouvernement auront la possibilité d’occuper des ministères importants, ou si elles seront toujours cantonnées aux ministères de l’Égalité du genre et de la Sécurité sociale, comme c’est souvent le cas.
Pour Tajwantee Taukoorchand, il faudrait un débat national sur la réforme afin de permettre aux femmes de connaître leurs droits. La NTUC soumettra ses propositions dans le cadre des consultations sur la réforme. Elle souhaite qu’il y ait un vrai échange d’idées et que toutes les forces vives du pays aient l’occasion d’y participer pour un « vrai changement ».