Le sort à être réservé au Best Loser System (BLS) demeure la « petite différence » qui sépare encore sir Anerood Jugnauth et le MSM du MMM. « Toute réforme électorale doit impérativement garantir les droits des minorités », a expliqué l’ancien président de la République, hier, lors d’une conférence de presse. Sur la question du communalisme, sir Anerood accuse le Premier ministre et leader du PTr, le Dr Navin Ramgoolam, d’être « un hypocrite de première classe. » Il rappelle, à ce propos, le ton de la campagne des travaillistes lors des élections générales de 2000 ainsi qu’au moment où Paul Bérenger allait lui succéder au poste de PM.
Même si, explique SAJ, le MSM est sur la même longueur d’ondes que le MMM quant à la nécessité d’une réforme électorale qui comprendrait une dose de représentation proprotionnelle (RP) et qui assurerait une bonne représentation féminine à l’Assemblée nationale, une « petite différence » d’appréciation sépare ces deux partis par rapport au BSL. « Pour ma part, je suis toujours partisan du maintien du BLS. Sur ce point, avec la montée de la violence liée au racisme de par le monde, l’Histoire semble me donner raison », dit-il.
L’ancien Président explique que même les Nations Unies oeuvrent pour le respect des droits des minorités. A ce stade, sir Anerood déclare que cela lui fait sourire quand Navin Ramgoolam se présente comme un opposant au communalisme. « Nous savons, tous, dit-il, quel a été le ton de la campagne menée par le PTr dans les régions rurales lors des élections de 2000 et tout ce qu’ils avaient entrepris pour empêcher que Paul Bérenger ne devienne Premier ministre. A travers toute une campagne d’affichage, on m’avait alors traité de traître! En vérité, sur ce point, Ramgoolam est un hypocrite de première classe! »
S’il convient qu’il faut d’une réforme électorale, SAJ soutient que cette réforme doit impérativement garantir les droits de toutes les minorités. Et c’est, dit-il, ce que garantit le BLS. Il concède, néanmoins, qu’il reste ouvert à toute meilleure solution que le BLS. C’est ainsi que, dit-il, le MSM étudie la nouvelle proposition  qui vient d’être faite par le leader du MMM, Paul Bérenger, à cet effet. En fin de compte, explique sir Anerood, l’important c’est d’assurer au maximum la stabilité politique et sociale dans le pays en mettant tout en oeuvre pour que toutes les composantes de la population aient le sentiment d’avoir leur part du gâteau.
Remake de 2000: « La frousse de Ramgoolam! »
L’ancien Président réitère que tous ceux qui affirment que le maintien du BLS perpétuera le communalisme sont « des hypocrites ». « Pourquoi alors ne prêtons-nous pas serment en tant que Mauriciens? », se demande-t-il. Citant l’exemple des pays européens, il soutient que la construction de la nation prendra encore des années avant d’aboutir. Il met en garde le PM de ne pas utiliser la réforme électorale comme « un outil politique » en vue de rouler la population dans la farine.
Selon lui, en effet, la plus grande « frousse » de Navin Ramgoolam, c’est le Remake de 2000. Aussi, soupçonne-t-il que ce dernier usera de tous les moyens dans le but d’essayer de créer des dissensions au sein du Remake. « Déjà, si, en 2010, le Remake avait été constitué, Ramgoolam aurait disparu! », assure sir Anerood. En vue d’être « pris au sérieux », il demande au chef du gouvernement de venir positivement avec un projet de loi relatif à la réforme électorale et de le mettre au vote à l’Assemblée nationale.
Abordant la question des élections municipales, l’ancien Président dit espérer que le PM tiendra parole et organisera ces élections avant la fin de décembre, comme il l’a laissé entendre, cette semaine. « Il s’agit, là, d’un droit démocratique et non d’une faveur de Ramgoolam! », dit-il. Pour SAJ, c’est en raison de son impopularité que le leader du PTr a renvoyé, en deux occasions, la tenue des municipales, « alors qu’il prétend respecter les institutions et être un grand démocrate. »
Sous ce même rapport, sir Anerood rappelle le passé du PTr qui avait déjà, sous sir Seewoosagur Ramgoolam, renvoyé les législatives et les municipales. « Il aura fallu, dit-il, l’arrivée au pouvoir du gouvernement MMM/PSM en 1982 pour que la loi soit amendée pour qu’il ne soit plus possible de renvoyer les législatives dues chaque cinq ans. » Dans le cas présent des municipales, sir Anerood dit espérer que le PM ne trouvera pas, de nouveau, une excuse pour les renvoyer.
Il réclame, dans ce contexte, la convocation urgente d’une séance de l’Assemblée nationale pour débattre de la disposition concernant les sanctions à être infligées pour ceux qui ne respectent pas la présentation d’une candidate par arrondissement municipal. « A travers un simple amendement à la loi, cela peut se faire dans les jours à venir », dit-il.
C’est sur la base des « réalités » que seront répartis les tickets entre le MMM et le MSM dans le cadre du Remake de 2000 pour les prochaines municipales, devait préciser SAJ à une question. Paul Bérenger a, lui, ajouté qu’il est convenu que pour ce scrutin régional, cette répartition des candidatures ne se fera pas à parité de 50/50. « Ce qui va compter, dit-il, c’est la qualité des candidatures et je ne prévois aucun problème à ce niveau. »
Law and Order: dégradation
Au chapitre du maintien de l’ordre et de la paix, sir Anerood trouve que les autorités policières ne se font plus respecter en raison de la forte politisation, selon lui, de cette institution. « J’ai beacoup de peine, à ce propos, pour le Commissaire de police et j’espère qu’un jour, il avouera qu’il n’a pu agir en toute liberté. » L’ancien Président qui évoque, entre autres, la récente séquestration du lord-maire par des marchands de rue, les incidents de la semaine dernière à Roche-Bois ainsi que les manifestations des marchands de rue aux abords du marché central, réitère son sentiment quand à une dégradation du maintien de l’ordre et de la paix dans le pays. « La population, dit-il, ne se sent plus en sécurité et ne dort plus en paix. Il y a de la frayeur. »
Enchaînant  avec la grosse affaire de drogue récemment mis à jour, SAJ dit son scepticisme quant à l’aboutissement des recherches sur les ramifications de ce trafic. Il évoque, sous ce rapport, ce qu’il soupçonne être du blanchiment d’argent à grande échelle. Sir Anerood évoque aussi ce qu’il croit être l’implication de politiciens dans cette affaire. « Il faut tout tirer au clair », dit-il.
L’ancien Président s’étonne, par ailleurs, de l’absence de tout communiqué officiel quant à la nature exacte de la maladie dont souffre le PM et pour laquelle il est allé solliciter un traitement en Grande-Bretagne. « Le chef du gouvernement ne peut laisser l’ensemble de la population dans un tel état de confusion », selon lui. Pour SAJ, il était dans l’intrérêt même de Navin Ramgoolam de s’expliquer dans la mesure où, dit-il, toutes sortes de rumeurs ont circulé à ce propos.
Evoquant le cas des marchands de rue, sir Anerood rappelle que le gouvernement est censé oeuvrer pour le bien de tous. Il cite, dans ce contexte, le cas des commerçants dûment établis « dont les portes sont bloquées » en raison du commerce de ces marchands du secteur informel qui, explique l’ancien Président, leur font une concurrence « injuste ». Aussi, pour lui, toute cette situation ressemble au « royaume du roi Pétaud! » « Alors qu’il fallait mettre de l’ordre depuis longtemps, le gouvernement a démissionné devant ses responsabilités », dit-il.
Au chapitre de l’économie, l’ancien Président souligne qu’alors que le gouvernement avait prétendu que le dernier budget présenté était un de croissance, MCB Focus vient, de nouveau, réviser à la baisse le taux de croissance qu’il estime, désormais, à 3.1%.  « Pour ma part, dit-il,  je crains fort que le taux final soit en dessous de ce chiffre. » Il trouve, par ailleurs, injuste que c’est sur la base d’un chiffre projeté d’inflation de 4.3% qu’a été calculé le taux de la compensation salariale alors que, déclare sir Anerood, le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rhundeersing Bheenick, a, lui, prévu une inflation de l’ordre de 5%.
SAJ estime, par ailleurs, « effrayant » le montant de la dette publiqque qui, dit-il, est presque à Rs 200 milliards. Pour lui, si le coût de la vie est aussi élevé, c’est également en raison du servicing d’une telle dette publique. A en croire l’ancien Président, le pays court le risque, comme en 1982, de se retrouver en banqueroute. « Toutefois, dit-il, à la différence de 1982, la situation internationale est, aujourd’hui, bien moins favorable. » Sir Anerood conclut en appelant le PM à « faire preuve d’amour-propre » en organisant de nouvelles élections générales « s’il ne tient pas vraiment qu’à jouir! »