Le Premier, bateau de pêche coréen, est arrivé à Port-Louis ce matin. Pourtant, le mouvement international Greenpeace avait écrit aux autorités pour leur avertir que ce thonier senneur est accusé de pêche illégale sur les côtes africaines. Sous la pression de la Mauritius Export Association (MEXA), qui craint un impact négatif sur le secteur du seafood, le bateau n’a pu débarquer sa cargaison comme prévu.
Le F/V Premier, thonier senneur appartenant aux Dongwon Industries, est arrivé à Maurice après une campagne de pêche près des côtes africaines. Greenpeace qui détenait des informations que Maurice avait accordé une port clearance à ce bateau, a écrit aux autorités pour leur avertir que celui-ci avait été trouvé coupable de pêche illégale. Selon Oliver Knowles, porte-parole de ce mouvement international, plusieurs pays africains ont déjà refusé l’accès à ce bateau, dans un élan de solidarité ; le dernier en date étant les Seychelles.
Le 26 mars, le Premier qui voulait accoster à Victoria en vue d’y décharger sa cargaison de thon, a essuyé un refus des autorités seychelloises. L’archipel avait cité une des provisions de la Port State Measures Resolution de l’Indian Ocean Tuna Commission (IOTC) : un État peut interdire à un bateau d’accoster ou de décharger sa cargaison s’il y a des « reasonable grounds » de croire que le bateau est engagé dans la pêche illégale.
Greenpeace a invité Maurice à en faire de même pour démontrer sa détermination à combattre la pêche illégale. « Si Maurice accorde la permission d’accoster à ce bateau, ce sera une gifle pour les autres États de la région qui se battent contre la pêche illégale. Qui plus est, l’île donnera un très mauvais signal au monde, particulièrement à un moment où elle s’apprête à accueillir un atelier de l’Indian Ocean Tuna Commission sur la pêche illégale », dit Oliver Knowles.
Le porte-parole de Greenpeace ajoute qu’un tel « move » de Maurice pourrait également avoir une répercussion négative sur le seafood hub. « La réputation des usines de thon mauriciennes et de leurs marques pourraient en souffrir car le thon pêché illégalement se retrouvera ainsi dans la chaîne de distribution. Nous allons alerter les commerces et les consommateurs sur ce risque. »
Pourtant, le Premier a bien accosté à Port-Louis ce matin malgré les mises en garde de Greenpeace. Selon nos recoupements d’informations, la bateau s’apprêtait à décharger sa cargaison, mais la MEXA aurait fait pression.
Sollicitée par Le Mauricien, Lilowtee Rajmun, assistante directrice de la MEXA confirme avoir « réagit tout de suite » en apprenant l’arrivée du bateau. « Nous avons reçu la lettre de Greenpeace et nous réalisons l’impact que cela pourrait avoir sur le secteur du seafood. Le ministère de la Pêche nous a assuré que des vérifications sont en cours et que le bateau n’a pas été autorisé à débarquer sa cargaison. »
Oliver Knowles précise que Greenpeace International avait déjà écrit au Premier ministre et au ministre de la Pêche concernant le bateau sud-coréen. Il rappelle que ce senneur est également accusé de faux. « Des lettres falsifiées utilisées comme permis de pêche y ont été découvertes. Le Bureau of National Fisheries du Liberia a confirmé que ces lettres étaient fausses. »
Nous avons essayé en vain d’avoir une déclaration du ministre de la Pêche sur la question.