C’est devant le monument symbolisant la lutte contre la faim, l’ignorance et la violence d’ADT Quart-Monde, dévoilé le 17 octobre 2004, qu’a été célébrée jeudi la Journée Mondiale du Refus de la Misère. Pour Jacqueline Madelon, présidente d’ADT Quart-Monde Maurice et du Comité 17 octobre, ce jour ne vise pas à « diminuer encore plus les familles démunies » mais à les valoriser. Le thème de cette année était « Ensemble vers un monde sans discrimination ».
Atd Quart Monde Maurice, Atelier Sa Nou Vizé, Caritas Solitude, Force Vive de Bois Marchand, GML Fondation Joseph Lagesse, JCI de Port-Louis, ICJM, Lead, MAM, SUD, Village de Camp Diable, Village de Bel-Ombre/Baie du Cap, Village de Souillac/African Town, Village de Petite et Grande Rivière Noire/Le Morne. Ce sont les noms des ONG membres du Comité 17 octobre cette année. Elles ont travaillé ensemble pendant plusieurs mois afin que la Journée Mondiale du Refus de la Misère et de la lutte contre la pauvreté célébrée le 17 octobre soit une réussite cette année. Mais, contrairement à d’autres secteurs, « il ne s’agit pas d’une célébration en grande pompe avec un défilé de personnalités ». Pour le Comité 17 octobre, il s’agit principalement d’une journée durant laquelle la population prend connaissance de la réalité des personnes les plus démunies de la société. Cette année, au Caudan Waterfront à Port-Louis, le Comité 17 octobre a présenté une exposition de photos avec des commentaires de ceux vivant dans des conditions précaires. Les messages, riche en émotions, n’ont pas laissé insensibles les passants. Dans cette exposition d’une journée, on pouvait lire le point de vue des personnes prises en charge par les diverses ONG. « La sosiete met touzour dimounn miser dans bann landrwa retire », pouvait-on lire.
Jaqueline Madelon revient sur ces messages mais parle principalement de la valorisation de ces familles. Des messages d’espoir certes mais l’envie de sortir de cette situation était perceptible. « Kan nou pena nou rod lot solision », explique une femme avec le visage fatigué et ridé. Retenons également le message de cet habitant de Bois Marchand qui fait comprendre que « mem andikape mo trouv mwayin pou ed mo fami ».
Intervenant lors de la cérémonie, qui a débuté aux alentours de 17 h, Jacqueline Madelon a soutenu que « il est important d’écouter les personnes qui vivent dans la pauvreté. Elles ont beaucoup de choses à dire… Il est impératif de donner à ces personnes un avenir meilleur ». La cérémonie était marquée par la présence de diverses ONG, de familles venant des quatre coins de l’île ainsi que de chefs religieux. La présidente d’ADT Quart Monde affirme que « grâce à cette union nous pouvons redonner du courage, de la force et de la valeur aux personnes qui vivent dans la misère ».
Dis-krim-nasion
Avec un thème traitant de la discrimination, cette année, le Comité 17 Octobre a souhaité toucher ces personnes qui la subissent et qui trouvent difficile de s’en sortir Jacqueline Madelon observe « qu’on préfère parquer les personnes pauvres dans des régions spécifiques afin qu’elles ne dérangent pas autrui ». « On est des invisibles », disent-elles d’ailleurs, « lorsqu’on entre dans un bureau personne ne nous voit, personne ne répond à notre bonjour. Il suffit qu’une autre personne arrive quelque minutes après pour que le même officier réponde à son bonjour ». Cette frustration, ces familles la vivent tous les jours. Plutôt que de discrimination, elles parlent de dis-krim-nasion. Et d’en donner leur définition propre. « Dis, se distans ki bann ki ena tou sort kalite pouvoir dan zot lamain pe met enplas, kre distans ant dimoun ris ek pov ; krim, se ene krim kont tou dimounn ki sibir sa, sirtou si li viv dan povrete ; nasion, se mo prop lexperians, se ene sertin kominote ki viv dan sitiasion-la plis ki lezot ».
Jonathan Ravat, président de l’Institut Cardinal Jean Margeot (ICJM), explique que la discrimination est « source de la misère comme elle peut être aussi la cause de la misère ». « Ce thème que nous avons choisi est axé plus sur la misère que la pauvreté. Ce mélange d’exclusion et de pauvreté extrême est bien plus important et plus chaotique et viole tous les droits humanitaires ». Pour lui, « dimoun mizer ena lexperians, nou kapav aprann boukou ar zot », mais la société mauricienne les empêche d’avoir une opinion, et de ce fait, ils sont condamnés à rester au bas de l’échelle sociale. Le mot « ensemble » a été mis en avant pour montrer qu’aucune association religieuse ou civile ne peut aller contre la pauvreté seule, « se ensam ki travay la fer ». « Pe fer 30 an ki Per Joseph Wresinski pe invit nou pou zouen so konsep de proze sivilizater, inn ariv ler ki nou tou mars ensam pou amen sa conba pou nou bann frer », argue-t-il.
Village de la paix
Les enfants membres d’ADT Quart Monde ont un rêve simple. Ils rêvent « d’un village de paix. Un village où les voisins s’entendent bien, où tout le monde a un toit pour dormir, un foyer confortable et à l’abri de tout danger. Ils recherchent un endroit où ils se sentent protégés, avec un poste de police et des soins médicaux à leur disposition. Ces enfants veulent une bonne éducation, permettant de penser à un meilleur avenir ». Lors de leur témoignages, ces petits ont expliqué ne plus vouloir vivre dans les conditions actuelles, où trouver à manger et à boire devient un défi quotidien. Ils ne veulent plus vivre d’hiver glacial où toutes les maladies les attaquent. C’est à travers « Le village de la Paix » qu’ils voient ces rêves se concrétiser. Ce village, une maquette confectionnée par les membres du groupe Tapori de Pointe-aux-Sables, groupe d’ADT Quart Monde, était exposé durant la journée de jeudi. À côté de chaque infrastructure publique, un petit panneau avec une réflexion des jeunes sur l’importance de ses services. Pour les membres de ce groupe, ce village serait un lieu où règne la paix, l’amour, le respect et la solidarité. « Un village où tout est possible », disent les jeunes filles membres du groupe Tapori de Pointe-aux-Sables. Pour Marie-Ange Fanchon, animatrice, ces thèmes représentent ce qu’il manque à la société pour que cesse la pauvreté. « Avec la paix et l’amitié, il n’y aurait pas eu d’exclusion. C’est un premier pas pour combattre la misère ».
À côté du potager, on pouvait lire « nous pourrons partager ce que nous avons planté. Nous partagerons même avec ceux qui n’ont pas planté ». Concernant le logement il est écrit « si on n’a pas de maison, on dort dehors. On peut attraper froid et des maladies. Les gens se moquent de nous… »
Pour Jacqueline Madelon, avec la Journée Mondiale du Refus de la Misère, « il s’agit avant tout de dire ce qui est mis en place pour faire reculer la misère et non pas que les personnes pauvres racontent dans quels conditions elles vivent. C’est le genre de situation qui pousse chacun d’entre nous à réfléchir : si demain je n’ai pas un so et pas à manger, comment ferais-je ? »