L’on compte 6780 enfants en situation de rue à Maurice, paraît-il, et les familles dites ‘mono-parentales’ sont tout de suite montrées du doigt. Plus de 53% de ces 6780 enfants proviennent de ce type de famille –  donc, presque tout autant que ceux qui sont de familles à deux parents. Mais voilà, la « culture » mauricienne veut que les familles à parent unique soient responsables de tous les maux de sa société, particulièrement de ce fatalisme qu’est le vagabondage infantile! On oublie qu’il existe dans nos structures pédagogiques peu de moyens aidant à l’épanouissement extrascolaire de chaque enfant, soit par absence de conviction parentale ou de volonté institutionnelle. Ceci pourrait donc aussi contribuer au fait que certains, au bas de l’échelle, ne soient pas en mesure d’offrir à leurs progénitures ces activités ‘saines’, que ceux d’un milieu socio-économique plus aisé peuvent se permettre: conservatoire, classes de ballet ou de karaté, langues étrangères ou ancestrales etc.
Mais ce qui m’horripile, en tant que mère célibataire depuis plus d’une décennie, c’est le regard des autres. Etre père, mais surtout mère célibataire, dans cette île à vue et vision limitées, est une lutte perpétuelle! Quelle que soit la classe économique de cette femme, elle a droit au même traitement, à la même attitude et aux mêmes préjugés… et je parle en connaissance de cause. Quand il s’agit d’activités sociales, je me demande pourquoi je reçois toujours des cartes “Monsieur et Madame” alors que les hôtes savent pertinemment bien qu’il n’y a aucun Monsieur chez la dame. Concernant des transactions diverses, comme remplir un formulaire, j’ai toutes les peines à faire comprendre que non il n’y a pas erreur et que oui je suis bien célibataire, avec un enfant. Que dire de l’homme lui-même, cet être supérieur à ma faible condition féminine, et de surcroit « fam ki ena piti », qui prend ses jambes à son cou dès qu’il comprend qu’il pourrait se faire prendre par cette attrape-maris…
Ce que beaucoup ne savent pas, ce dont on ne parle jamais, ce sont les ‘success stories’… celles des femmes qui se prennent en main avec leurs gamins, qui bravent les regards malveillants et les langues fourchues et se mettent à gagner leurs vies tant bien que mal, en essayant de s’assurer que son ou ses enfants ne manquent de rien. Depuis la naissance de mon bambin, j’ai terminé trois différents cycles d’études post-secondaires. Je juge avoir un bon salaire, un foyer décent et un environnement familial que j’ai façonné à mon goût. J’ai mis un holà aux ‘palabres’, aux invitations ‘monsieur-madame’ et surtout aux ‘kan pou rod enn misie?’ Certes, mon enfant ressent l’absence d’un père… mais il se rassure tout seul quand il voit combien souffrent certains enfants de familles ‘normales’, dont les parents se hurlent ou se tapent dessus tous les jours. Il se rassure en sachant qu’il a tout mon amour et toute mon attention. Je lui donne l’exemple de Barack Obama, Bill Clinton, Julia Roberts ou même Mary Shelley (et en plus au 19e siècle), parmi ces ‘pov zenfan’ issus de familles mono-parentales.
Avant de porter un jugement, de coller une étiquette, de donner un handicap aux enfants qui ont tous les atouts pour mener une vie réussie, il faudrait que le public et les politiques s’éduquent eux-mêmes sur les spécificités du type de famille en question. Il faudrait que l’on arrête de généraliser et de chercher à faire porter les responsabilités. Etre parent célibataire n’est pas une condition sine qua non d’échec ou de dérapage d’un enfant. Les mauvaises informations et le mauvais encadrement, par un ou deux parents, par contre, peuvent l’être. Ajoutez à cela un pays qui se dit civilisé mais qui reste résolument ‘ti lespri’…