La visite effectuée à Maurice jeudi par le ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, est qualifiée dans les milieux diplomatiques de « short but sweet ». Elle a une résonance profonde non seulement pour Maurice, mais aussi pour la région. Les quelques heures passées à Maurice ont été intenses. À peine débarqué, il s’est entretenu avec des capitaines d’entreprises mauriciennes et françaises à la résidence de l’ambassadeur de France, à Floréal, avant de se rendre dans l’amphithéâtre du campus de Pierrefonds de l’Uniciti Education Hub, suivi d’une rencontre avec le Premier ministre et de la signature de plusieurs accords portant sur la création du réseau des études françaises, l’économie bleue, sur la piste d’atterrissage à Rodrigues et sur la résilience côtière de l’océan Indien.

À première vue, on aurait pu se demander si la signature de ces accords nécessitait obligatoirement le déplacement d’un ministre des Affaires étrangères d’autant qu’officiellement les discussions avec le Premier ministre n’auront porté que sur la coopération entre Maurice et la France dans les domaines de l’enseignement supérieur, la sécurité maritime, l’économie et le tourisme. On ne sait pas si le dossier Tromelin a été évoqué. Mais à l’évidence, cette visite qui fait partie d’une tournée dans trois pays de la région (Maurice, Madagascar et le Mozambique) s’inscrit dans le cadre d’une stratégie française afin de relancer sa présence non seulement sur le continent africain, mais également dans la région de l’indianocéanie. Le président Macron a fait deux déplacements dans la Corne de l’Afrique et en Afrique de l’Ouest l’année dernière. On ne sait si la présence de Jean-Yves Le Drian permet de préparer la visite du président français dans la région à moyen terme.

L’Afrique continue à être l’objet de convoitise des grandes puissances. Avant sa sortie officielle de l’Union européenne, la Grande-Bretagne avait pris la précaution d’assurer ses arrières en Afrique avec la tenue de l’UK-Africa Investment Summit. La France qui, elle aussi, a un ancrage historique en Afrique ne veut pas être en reste et souhaite profiter du Sommet Afrique France 2020 prévu à Bordeaux en juin autour des thématiques de villes durables pour réaffirmer son intérêt pour ses continents.

Concernant l’océan Indien dont la France fait partie à travers l’île de La Réunion et Mayotte, il est évident qu’elle compte bien manifester sa présence. Pour cela, elle dispose des Forces armées dans la Zone Sud de l’océan Indien (COMSUP FAZSOI) basée à l’île de La Réunion et qui jouent un rôle actif en ce qui concerne la sécurité maritime dans la région. La France est également un membre actif de la Commission de l’Océan Indien (COI). C’est la France toujours, à travers l’île de La Réunion, qui assurera la fonction de secrétaire général de l’océan Indien pour les quatre prochaines années à partir de juillet prochain. De leur côté, les ministres seront appelés à valider un ensemble de mesures associées à l’évolution institutionnelle et fonctionnelle de la COI lors de la prochaine réunion ministérielle prévue aux Seychelles le 7 mars. Si tout se passe comme prévu et que les chefs d’État et de gouvernement des pays membres sont appelés à jouer un rôle plus actif, il n’est pas impossible qu’un sommet soit convoqué dans les prochains mois.

La visite de Jean-Yves Le Drian aura permis, en tout cas, de donner un sérieux coup de pouce à l’ambition de Maurice de devenir un “hub” dans le domaine de la connaissance. La création du réseau des études françaises concerne pas moins de 18 établissements français présents dans l’île et offre quelque 60 cursus universitaires. Il constitue une garantie de l’excellence de l’enseignement. Le ministre considère que Maurice est un laboratoire naturel en ce qui concerne la mise en œuvre de la stratégie française consistant à « placer la jeunesse au centre de la relation nouvelle que nous voulons inventer avec l’Afrique ». Pour lui, Maurice a un positionnement idéal pour être un carrefour entre l’Afrique et l’Asie, en particulier l’Inde. On ne peut souhaiter mieux.