Une fois de plus, la situation politique de Madagascar retient l’attention. Malgré les appels lancés en Afrique et au niveau international, Andry Rajoelina, Lalao Ravalomanana (épouse de l’ancien président) et Didier Ratsiraka persistent à se porter candidats pour les présidentielles prévues pour le 24 juillet. La crise n’est donc pas finie tandis que la communauté internationale envisage même des sanctions. La Grande île reste otage d’un système politique qui freine son développement depuis des décennies. La situation, telle qu’elle y est vécue, nous est présentée à travers ce tour d’horizon réalisé par la journaliste malgache Fabiola Randrianasolo pour Scope.
Le monde politique est en effervescence. Tout le monde à Madagascar se sent déboussolé : les dirigeants ne savent plus quel son de cloche écouter et la population ignore à quel saint se vouer. Le microcosme politique reste un grand théâtre de la discorde. Certains candidats à la présidentielle préfèrent garder la date du 24 juillet pour les élections, tandis que le président de la transition, Andry Rajoelina, juge qu’il serait mieux de les reporter au mois d’août.
Les citoyens ont espéré pendant plus de quatre ans que l’on trouve une solution malgacho-malgache. Mais les politiciens n’arrivent toujours pas à se mettre d’accord et continuent à se lancer des piques. “Les candidats, pour la plupart, veulent maintenir la date du mois de juillet et il faut le respecter”, explique Aurélie Razafinjato, membre du Conseil Supérieur de la Transition. Les analystes politiques ne jurent que par une refonte de la République de Madagascar pour que le pays retrouve ses valeurs et son identité. Puis, la communauté internationale prévoit la suspension du financement des élections si les prétendants Lalao Ravalomanana, Andry Rajoelina et Didier Ratsiraka ne retirent pas leur candidature. Tout cela démontre que le pouvoir de transition se fragilise, et l’on craint l’avènement de l’anarchie.
Sortie de crise.
Les dirigeants ne parviennent plus à prendre les bonnes décisions sur le sort du pays. Et maintenant, les forces de l’ordre, considérées comme “dernier rempart” sortent de leur silence et avancent deux possibles solutions pour la sortie de crise. Elles ont pour nom le Conseil Militaire pour l’Avènement de la VIe République (CMAR), ou encore la formule “Concertation Nationale – Référendum – Assemblée Constituante” (COREAC). Les militaires affirment : ?“Nous remarquons que malgré tous les beaux discours appelant au dialogue, aux négociations et aux concessions, le climat politique à Madagascar ne cesse d’être malsain, même si la tenue de l’élection présidentielle est inévitable. Aucun progrès n’est noté en matière de culture politique et c’est avec raison qu’il convient d’affirmer que tous les politiciens sans exception en sont les seuls responsables. Aucune proposition n’est viable, non seulement à cause des entêtements et de la mauvaise foi, mais également de la malhonnêteté intellectuelle et morale des uns et des autres. Certains tenants du pouvoir et leurs partisans n’y échappent pas et l’opposition non plus. Nous sommes conscients de l’antagonisme entre les puissances étrangères qui veulent faire main basse sur le pays, pour leurs objectifs géostratégiques.”
L’enjeu des élections est maintenant entre les mains de la Cour Électorale Spéciale (CES), la Commission Électorale Nationale Indépendante pour la Transition (CENIT) et la communauté internationale.
Prétexte.
Entre-temps, ?les réactions fusent de toutes parts. Les citoyens et les membres de la société civile partagent aussi leur opinion sur la préparation des élections. “La tenue des élections avec la présidentielle en premier lieu est une erreur fatale. Il fallait commencer à la base avec les chefs fokontany dans le but d’asseoir le pouvoir venant du peuple souverain. Comme cela, cette autorité compétente de la communauté de base n’aurait pas à subir la pression car elle a été élue par les citoyens et non parachutée par les dirigeants”, soutient Jean Nirina Rafanomezantsoa, président de l’ONG Hafari.
La masse imagine le pire si la transition persiste à prendre une tournure puérile : celle qui veut que le peuple change d’avis à chaque fois. Bien entendu, la révolution n’a jamais abouti dans la durée à Madagascar, et après chaque république instaurée, une situation chaotique s’est toujours manifestée. Ny Aina Ravoahangy, étudiante, craint que le rapport de la date prévue ne soit un prétexte pour qu’il n’y ait pas d’élections. “Soit les résultats seront contestés, soit il y aura fraude électorale, une pratique inévitable sachant que tout le système est corrompu. Je souhaite pourtant que le président élu soit une personne visionnaire, consciente de la réalité actuelle et prête à foncer pour la relance et la reconstruction du pays”, dit-elle. Cette jeune femme accuse ainsi les candidats d’être des opportunistes de premier rang.
Souffrances.
Sarindra Razafindrabe, journaliste, confie qu’elle reste pessimiste. “Je trouve qu’il n’y aura pas de changement. Celui ou celle qui remportera la victoire agira certainement comme ses prédécesseurs”, dit-elle. Les présidents qui se sont succédé à Madagascar ont vite été critiqués pour s’être éloignés du peuple et avoir trempé dans la corruption.
Les couches défavorisées voient la situation différemment. “Je ne comprends pas pourquoi l’on devrait reporter la date des élections. Laissons les trois outsiders y participer car le vote n’appartient ni à la CES ni à la communauté internationale. Il revient aux électeurs d’exprimer leur choix. D’ailleurs, le bulletin unique comportant les noms et les photos des 41 candidats est déjà imprimé, pourquoi vouloir faire marche arrière ? Ou bien Andry Rajoelina voudrait-il encore mener la revue du 26 juin en tant que chef suprême de l’armée et c’est pour cette raison qu’il ne veut pas démissionner de son poste ? La politique n’est pas un jeu d’enfant. Ils jouent tous dans la cour des grands et ils doivent se comporter comme des adultes bien instruits, éduqués et civilisés”, s’insurge Fidimalala Rabenirainy, manutentionnaire. Ce dernier affirme que tous les politiciens, dirigeants et personnes aisées, ne ressentent pas les souffrances de la masse et l’insécurité dans laquelle elle vit. La majorité de la population aspire au retour de l’apaisement et que les futurs élus soient en mesure de mettre KO la pauvreté.