• Le projet, unique à Maurice et dans l’océan Indien, atteste de la gravité de la santé marine dans cette partie de l’île

La réhabilitation de l’écosystème marin de Mont-Choisy a connu une progression après la récente immersion de 905 récifs artificiels en ciment (adapté au milieu marin) dans le lagon. Ce projet, unique en son genre dans la région, a été effectué par la firme sud-africaine Subcon Concrete Marine Services, laquelle a, dans le passé, mené une opération du même genre en Australie. Grandement affectée par l’érosion, la plage publique de cette partie du littoral nord-ouest bénéficie actuellement d’un programme de réhabilitation financé par l’Adaptation Fund Board avec pour implementing agency le Programme des Nations unies pour le Développement. Le projet, qui comprend aussi la réhabilitation de la plage au coût d’environ Rs 90 M, a été confié à Sotravic Limitée. Mont-Choisy sera un cas d’école dans la mesure où si les récifs artificiels donnent des résultats positifs, d’autres projets similaires, ailleurs, suivront.

L’installation de récifs artificiels sur une longueur d’environ de 300 mètres en vue d’atténuer les vagues et de recoloniser la faune et la flore marine dans le lagon de Mont Choisy a déjà pris fin. Ce projet a vu l’immersion de 905 reef balls de type « Bombara » (voir photos) par la compagnie sud-africaine Subcon Concrete Marine Services, spécialisée en développement de substrats récifaux. Dans pas longtemps, les reef balls: pesant jusqu’à 4 tonnes pour certaines, vont être maintenues par des câbles pour éviter qu’elles ne soient déplacées par de fortes houles.

A vendredi les reef balls n’avaient pas encore été maintenues par
des câbles qui les retiendront en cas de cyclones ou de fortes
houles. Malgré leur poids, les reef balls ne pourront résister à la
force des vagues

Qualifié de projet novateur, le placement de récifs en béton — fabriqués à partir de ciment marin avec des spécifications pour être utilisé en mer — est une première à Maurice. Les reef balls ont été fabriquées à Maurice. Ce qui peut paraître a priori comme étant une belle initiative écologique est dans la réalité une mesure d’urgence. La dégradation de la plage de Mont-Choisy s’est davantage aggravée depuis une année, soit après le passage du cyclone Berguita en janvier 2018. L’érosion du sable avait grandement abîmé cette partie du littoral, considérée comme étant une des plus belles et longues plages publiques de l’île. Les coraux, quant à eux, ont aussi subi des dommages considérables. Et si l’on s’empresse d’attribuer le triste sort de nos plages et la mauvaise santé de nos récifs au réchauffement climatique, force est de reconnaître que peu d’effort a été fait pour prévenir les dégâts que peut causer l’homme à nos lagons. Mon-Choisy n’a pas échappé au développement des activités nautiques nuisibles à l’écosystème marin. Aujourd’hui cette plage est sous perfusion ! Mont-Choisy est loin d’être la seule plage en détresse. L’espoir de voir renaître la vie marine, la biodiversité d’origine, grâce à la nouvelle stratégie d’implantation des Bombara reef balls est permis, selon l’océanographe Vassen Kuppaymuthoo. Ce projet sera un cas d’école pour Maurice. En effet, si les résultats sont probants, la méthode de reef balls sera appliquée ailleurs. Pour Vassen Kuppaymuthoo, on pourrait en être fixé dans environ un an : « Dans de bonnes conditions où la nature peut faire son travail, la vie marine peut reprendre très vite. Nous pourrons voir les premiers coraux dans un an. » Certains coraux, dit-il, peuvent atteindre 7 cm en une année. Toutefois, précise-t-il, le suivi du projet et des réajustements en cours, si besoin est, sont nécessaires pour sa viabilité. Les activités nautiques, principalement le passage des bateaux à moteur, devraient être contrôlées pour ne pas perturber la vie sous-marine. Si le projet est suivi correctement, l’océanographe explique qu’il ne sera pas étonnant de constater la présence de langoustes !

Placés à 300 mètres de la plage

« C’est la première fois que nous travaillons sur un tel projet à Maurice. Et aussi la première fois que nous installons des récifs artificiels en eau peu profonde. Maurice est notre deuxième expérience. Nous avons installé des récifs artificiels en Australie, mais en mer profonde », nous confie un préposé de Subcon Concrete Marine Services, rencontré à Mont-Choisy. Sur le site en ligne de la compagnie sud-africaine, on peut lire à propos du projet mauricien : « The submerged artificial reef system comprises 2 linear arrays of Subcon’Bombora’modules of 90-120m lengths. » Placées à quelque 300 mètres de la plage, les reef balls comprennent des cavités pour le passage des poissons et autres crustacés. Ces cavités servent aussi d’habitat pour les petites espèces qui y trouvent un abri contre des prédateurs et aident à fixer la flore marine. Pour placer les récifs artificiels dans la mer, la construction d’une jetée en pierre afin de faciliter leur transport par une barge a été nécessaire. Cette jetée sera enlevée.

Reef balls plus  efficaces que les sacs de sable

Malgré la réhabilitation en cours et une plage défigurée, les transats installés en face de la mer sont occupés par des vacanciers, tandis que le stand de plongée de l’hôtel Tarisa poursuit ses activités à côté des travaux de reprofilage. Les cavités laissées par les filaos enlevés  qui ne retiennent plus le sable attestent de la gravité de l’érosion sur le site. Le projet a prévu le déracinement de 200 filaos. Pour remplacer ces arbres, des palmiers, des plantes et lianes endémiques appropriées pour prévenir l’érosion ont été mises en terre depuis quelques mois. Le lifting de la plage s’étendra sur une distance de 450 mètres, soit là où l’érosion a causé le plus de dégât. 3000 tonnes de sable seront ensuite étalées pour former une pente de 25 % afin de protéger la partie supérieure de la plage. Vassen Kaupaymuthoo explique qu’en ralentissant la force des vagues les récifs artificiels vont aussi agir comme brise-lames. Les vagues ne pourront plus provoquer l’érosion du sable comme cela a été le cas ces dernières années. Ce dernier explique encore que les reef balls sont plus solides et plus efficaces que les sacs de sable, inesthétiques d’ailleurs, lesquels avaient été installés sur certaines plages. Rappelant que l’enlèvement des filaos oppose deux écoles de pensée ; l’une pour la conservation du casuarina pour son caractéristique social et culturel, et l’autre, consciente du danger des racines hors-sol.

L’océanographe rappelle que les filaos se trouvant pieds dans l’eau sont déstabilisés par l’érosion du sable. Si, à l’époque, leur fonction était pour prévenir cette problématique, aujourd’hui, ces arbres représentent plus un danger qu’une protection écologique.