Cette semaine, les services de la prison ont tenu à marquer les 20 ans d’existence et d’opération du centre Lotus. Il s’agit d’une structure, lancée en septembre 1993 sous la direction, alors du CP Deepak Bhookun, destinée aux détenus victimes de dépendances diverses, dont la toxicomanie. Au fil des ans, le centre Lotus est devenu la référence dans le milieu carcéral pour faciliter la réhabilitation et la réinsertion des détenus lors de leur libération. Longtemps renvoyé au placard par divers commissaires qui ont succédé à Bhookun, le centre Lotus a pris un nouvel essor suite à la nomination de Jean Bruneau. Une cérémonie empreinte d’émotions s’est tenue à la Training School de la prison de Beau-Bassin, en présence de quelques acteurs et témoins du centre Lotus et des officiers.
Fidèle à lui-même, Jean Bruneau, actuel CP, devait en toute humilité souligner que « ceux qui m’ont précédé au micro aujourd’hui, nommément Cadress Rungen, officier de la prison et attaché au centre Lotus, les deux qui ont témoigné, Den Ramsamy et Giovanni Leboeuf, le religieux Mahen Neeliah, responsable du Prison Ministry du Diocèse Adventiste, Gérard Lesage de la Natresa et le ACP Santosh Kumar Lutchmun, responsable de la prison de Beau-Bassin, ont eu les mots qu’il fallait pour évoquer le centre Lotus. »
Qualifiant la commémoration de deux décennies de « jour symbolique », Jean Bruneau a tenu à saluer « l’ancien commissaire Deepak Bhookun pour sa vision et son engagement quand il a tout mis en oeuvre pour lancer le centre Lotus en septembre 1993 ». Le projet, a rappelé le CP Bruneau, « datait de quelques années auparavant et a finalement été concrétisé le 23 septembre 1993 ».
Deuxième personne que Jean Bruneau a tenu à citer dans la réalisation de ce projet : « Cadress Rungen. Il est toujours présent, fidèle au poste et il a laissé parler son coeur, aujourd’hui. Je comprends son émotion. » Dans la foulée, il a aussi tenu à saluer d’autres officiers, dont MM. Chundoo et Babet « qui ont repris le flambeau avec beaucoup de conviction et de commitment, et tous ceux qui ont contribué indirectement et directement à faire du centre Lotus une structure qui réussit son objectif ».
Pour le CP Bruneau, « la prison est surtout une affaire d’humanité. Des hommes et des femmes nous sont confiés. Au cours de leur cheminement, ils ont rencontré des obstacles et fait certains mauvais choix. Une fois conscients de leurs erreurs, ces êtres humains cherchent une deuxième chance. Une de nos missions est justement de les aider à retrouver l’humanité enfouie en eux et les accompagner dans cette voie ». S’agissant des problèmes de dépendances, dont la toxicomanie, le CP Bruneau devait « remercier les ONG et organismes, tels que Kinouete, Elan, le Diocèse Adventiste, pour ne citer qu’eux, du grand coup de main qu’ils nous apportent en ce sens ».
Comme Mahen Neeliah, Den Ramsamy et d’autres intervenants lors de cette cérémonie, le CP Bruneau a aussi eu une pensée spéciale à l’intention du travailleur social Lindsay Aza, décédé en octobre de l’an dernier. Le fondateur du Groupe Elan a été l’un des premiers ex-détenus à s’investir dans le soutien et l’encadrement des détenus à leur sortie de prison. Il multipliait les visites et interventions dans les prisons en vue de familiariser les détenus avec la vie hors des barreaux…
Jean Bruneau a souligné qu’« au sein de nos prisons, nous avons un problème : c’est le manque de main-d’oeuvre. Malgré toute la bonne volonté que nous pouvons y mettre, sans ressources humaines, ce travail n’est pas réalisable ». Il a ainsi lancé un appel « aux jeunes recrues de la prison, de même qu’aux bénévoles, au sein des ONG, de nous donner un coup de main ».
Dans son intervention, Den Ramsamy s’est également étendu sur « l’importance de tous les acteurs concernés dans ce domaine qu’est la réhabilitation et la réinsertion des détenus, de se serrer les coudes et d’avancer ensemble. La réhabilitation est un grand mot et exige un investissement humain important. Le détenu, seul, ne peut arriver à se remettre debout sans soutien, sans accompagnement ». Pour l’ex-détenu, « avec le temps, un immense travail a été réalisé par les officiers des prisons. Leur regard a changé et c’est avec le soutien de tels officiers que des détenus comme moi avons pu remonter la pente ».
Mahen Neeliah, Prison Ministry du Diocèse Adventiste, devait pour sa part s’appesantir sur le cachet humain symbolique du travail accompli au centre Lotus : « J’ai appris en ces 13 ans que j’ai fréquenté le centre Lotus, que la prison était l’école de la vie ; l’université du bien et du mal. » Le religieux a rappelé que « les prisonniers sont des êtres humains, comme nous ! Je suis bouleversé parfois par le traitement qu’ont certains détenus par d’autres. Ils ont certes des visages durs ; une apparence grossière. Mais sous cette carapace se cache un coeur, des sentiments, des émotions… »
M. Neeliah a été rejoint dans ses propos par Cadress Rungen : « Bien souvent, et je parle de ma propre expérience, un détenu n’attend de nous, officiers et travailleurs sociaux, qu’un mot, un encouragement. Ki nou dir li “to kapav !” Ils ont été tellement conditionnés à penser qu’ils sont des moins que rien qu’ils en arrivent à s’en convaincre. Mais quand on leur rappelle qu’ils ont aussi des talents et des compétences, ils peuvent réaliser des choses extraordinaires… » Comme l’a souligné M. Neeliah, « l’un de nos objectifs est faire des HC (Habitual Criminals) des “Honorables Citoyens” ! »
La cérémonie marquant les 20 ans du centre Lotus a aussi été ponctuée par des allocutions du directeur de la Natresa, Gérard Lesage, qui a rappelé le rôle important de la réhabilitation dans le domaine de la toxicomanie, et celle de l’ACP Santosh Kumar Lutchmun, responsable de la prison de Beau-Bassin. Ce dernier devait également souligner le bon travail réalisé tant par les détenus que les officiers au centre Lotus.