Ils s’élèvent contre l’abattage d’arbres sur la plage pour faire place à une « piste pour motocyclistes »
Les plages mauriciennes s’enlaidissent. C’est le cas de le dire. Après Grand-Baie, c’est au tour de Poudre d’Or de se transformer. Des travaux ont été entrepris par le ministère de l’Environnement pour contrer l’érosion. Louable initiative certes, mais le paysage se transforme peu à peu en eyesore. La côte nord de Maurice n’est plus sablonneuse, mais rocailleuse, disent les observateurs. Si dans un premier temps les habitants de Poudre d’Or avaient bien accueilli les mesures enclenchés par les autorités pour sauver leur plage, aujourd’hui, ils s’élèvent contre la qualité des travaux qui déforment totalement leur petit village, disent-ils. Et de décrier l’abattage de plusieurs arbres le long de la plage pour céder place à un parcours de santé. Espace qui, pour les habitants de la localité, ne ressemble en rien à un parcours de santé, mais beaucoup plus à « une piste pour motocyclistes… « 
Ceux qui transitent par le village de Grand-Baie sont choqués de constater qu’à la place d’une belle vue sur la mer et des bateaux dans la baie, il y a un amas de rochers. Un peu plus loin, à Poudre d’Or, c’est le même spectacle de désolation. La plage a cédé la place à des rochers installés sur plus de 250 mètres. Les travaux, à l’initiative du ministère de l’Environnement, ont démarré en décembre 2012. Actuellement en cours, ces travaux effectués à proximité de l’hôpital du village devraient prendre fin à la fin de ce mois. Une rampe pour permettre aux pêcheurs de tirer leur péniche hors de l’eau, une rampe d’embarquement et un pont pour l’accès au public sur une embouchure connue comme les Citronniers, sont également prévues dans le cadre de ces travaux qui ont nécessité un investissement d’environ Rs 17,8 M. Certes, la réhabilitation des plages est nécessaires pour les protéger. Mais touristes et habitants de la région ainsi que le public ne comprennent pas le concept derrière l’enlaidissement de Grand-Baie et désormais Poudre d’Or. Car outre le véritable eyesore que représente l’installation d’un mur de revêtement perméable, cette mesure risque d’accentuer d’érosion à cet endroit, déplorent les professionnels de l’environnement.
Au ministère de l’Environnement, on fait ressortir que ces travaux ont été entrepris suivant les recommandations d’une firme consultante en la matière suivant des études qui ont été conduites tenant compte des spécificités de chacune de ces plages à réhabiliter figurant sur le plan des autorités, dont Cap Malheureux et Bain Boeuf prochainement. « Nous devons protéger nos plages. Il est évident que les autorités doivent agir pour tenter de réduire au maximum l’effet d’érosion. Mais ce n’est pas une raison pour détruire la beauté d’un site, le cachet touristique d’une région et par là même accentuer le danger des baladeurs », s’insurgent plusieurs observateurs.
Pour Vassen Kauppaymuthoo, ingénieur en environnement et océanographe « il semble clair qu’aucune étude détaillée des courants et des vagues combinée à une étude sociale en consultation avec les acteurs du secteur touristique n’a pas été effectuée. » Si au ministère de l’Environnement on explique que le mur de revêtement perméable en pierre permet de dissiper l’énergie des vagues qui s’écrasent contre lui et que l’eau de la mer passe à travers par les petits espaces prévus pour, Vassen Kauppaymuthoo estime pour sa part qu' »il faut voir l’efficacité d’une mesure. Outre le fait que ce mur de rochers est inesthétique, cela reflète l’énergie des vagues causant souvent des dégâts ailleurs. » Qui plus est, dit-il, en fortifiant nos plages, nous mettons en danger notre secteur touristique.
L’ingénieur en environnement et océanographe fait ressortir qu’il existe des solutions plus « soft » au problème d’érosion, à l’instar du beach nourishment, l’installation de membranes géotextiles, la végétalisation du littoral, la plantation de mangroves, la gestion intégrée des constructions et des routes afin de les éloigner d’au moins 30 m de la ligne des hautes marées actuelle. « Tout cela peut être fait pour maintenir et même embellir notre littoral tout en ralentissant fortement l’érosion », soutient-il.
Citant l’exemple de Trou-aux-Biches, où des travaux de réhabilitation ont été effectués depuis plusieurs années, avec l’installation de structures en dur, mais avec au final une plage qui rétrécie davantage chaque jour, il explique que toute structure en dur installée dans la mer accentue le problème d’érosion. « Le principe de base de la gestion de l’équilibre sédimentaire reste l’absorption de l’énergie des vagues et des courants à l’aide de structures appropriées dites soft structures, alors que dans ces cas où des murs de revêtement perméable ont été installés, on a tout simplement placé des rochers qui vont réfléchir cette même énergie, ce qui risque de causer des problèmes encore plus graves », dit-il.
« Ros fodé pa metté dans délo »
À Poudre d’Or, la tension monte depuis quelques jours avec, en marge des travaux de réhabilitation de la plage entrepris, l’abattage des arbres le long de la plage. « C’est un véritable massacre », s’insurgent les pêchers de la région. Si les travaux pour lutter contre l’érosion sont nécessaires, « manière pé fer la pa bon », disent-ils. « Ros fodé pa metté dans délo. Vague pou plis riss disab-laboue », expliquent-ils, estimant qu’avec les travaux entrepris par le ministère de l’Environnement « pé fer nou laplaz vinn désert ». Les habitants de Poudre d’Or s’offusquent davantage devant les nombreux arbres abattus depuis quelques jours pour faire place à un parcours de santé bétonné le long de la plage. L’allée aménagée, à l’initiative du ministère de la Santé, qui finance le projet estimé à Rs 4,2 millions, n’a rien d’un parcours de santé, disent-ils, estimant qu’il s’agit davantage d’une piste pour motocyclistes ou pour faire du roller.
« Eski ou croir ki enn parcours de santé fer lors 250 mètres ? Si envi fer enn parcours de santé, bizin fer enn entre Poudre d’Or ek Goodlands, pas zis lors 250 mètres », disent plusieurs habitants du village. Ils soulignent par ailleurs qu’outre le danger que représente les rochers installés dans la mer, cette piste est un autre danger pour les pique-niqueurs, principalement les enfants. « Zot dir ou pa koup zarb, mé zot, zot coupé, zot fer simé », déplorent les habitants de Poudre d’Or.
Interrogés, les Bois et Forêts expliquent que « following a request from the Ministry of Environment & Sustainable Development for the felling of trees to implement coastal protection and landscaping works at Poudre D’Or, this Service (ndlr : les Bois et Forêts) issued clearance for the felling of (23) twenty three filao, Pongam and Eucalyptus trees which were causing obstruction to the project. » Et de préciser que « the Ministry of Environment & Sustainable Development has been requested to replant twice the number of trees felled upon completion of works. »
Vassen Kauppaymuthoo rappelle qu' »il y a quarante ans, un consultant avait préconisé de planter des filaos sur toutes les plages à travers l’île afin d’arrêter l’érosion des dunes de sable par le vent au plus grand bonheur des citoyens mauriciens qui les ont utilisé comme abris pour les réunions de familles sur ces mêmes plages. Aujourd’hui, les autorités viennent couper ces mêmes filaos en prétextant qu’ils viennent au contraire accentuer l’érosion, comme c’est le cas à Mon Choisy par exemple. »
Pour l’ingénieur en Environnement et océanographe, il est important, si l’on veut sauvegarder nos plages et continuer à attirer les touristes, de revoir la philosophie qui semble guider les autorités en matière de protection de l’environnement…