Langage « ordurier », comportements sexuels « déviants et excessifs », bagarres « incessantes », conditions d’hygiène « quasi inexistantes », en plus d’une situation où « tantôt, nous sommes sous la responsabilité de la prison, tantôt celle de la Sécurité Sociale… » « Où en sommes-nous ? » se demandent ces officiers affectés au Rehabilitation Youth Centre (Girls) de Beau-Bassin. L’heure, signalent-ils, « est très grave. Nous sommes au bord du chaos ! » Pour corser la donne, le 20 janvier dernier, un nouvel incident impliquant la fuite de quatre détenues est venu donner encore plus de fil à retordre à ces officiers qui confient « ne plus avoir aucune autorité sur ces détenues qui font la pluie et le beau temps ! »
« Nous ne savons plus vers qui nous tourner ! », soutiennent ces officiers en fonction au RYC (Girls). Ils confient, résignés, « ne plus pouvoir faire notre travail. Nou nepli ena okenn lotorite lor bann tifi la ! » Dernier incident en date : le mardi 20 janvier dernier. « Six détenues devaient être présentées au comité disciplinaire qui se rencontre chaque 2e mardi du mois », expliquent ces officiers. « Elles étaient escortées par un Junior Officer, un Senior Officer ainsi que l’ASP en charge ». Sur place, « l’une d’elles a commencé à utiliser un langage très déplacé envers les membres du comité. Il fut question même, à un certain moment, de faire appel aux PSS de la prison afin d’éviter tout risque de dérapage. Mais certaines de ces filles avaient déjà tout planifié… »
De fait, au moment où « l’ASP a pris le chemin de retour, quatre d’entre elles ont pris la clé des champs ! » Dans la soirée, « l’une d’elles s’est repentie et est revenue au RYC, et les trois autres ont été retrouvées par la police durant les trois jours qui ont suivi ». Ces incidents ne sont pas nouveaux. Pour rappel, durant les deux dernières années, plusieurs incidents impliquant des « inmates » qui ont saccagé les locaux du RYC (Girls) devaient trouver écho dans les médias et amener l’ex-ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, et ses officiers à descendre sur le terrain. Jeudi 22 janvier, la nouvelle ministre de tutelle, Fazila Daureeawoo, a fait de même.
À la source, soutiennent les officiers, « il y a tout un tas de problèmes et de dysfonctionnements : par exemple, quand nous envoyons les inmates en isoloir ou dans le disciplinary block, les représentants des Droits Humains s’insurgent immédiatement et nous intiment de ne pas punir les filles qui ont fauté. Leur argument : “Elles ont leurs droits, il ne faut pas les traiter inhumainement !” » Mais, se demandent ces employés du RYC, « nous sommes engagés dans une Reform Institution. Nous avons donc comme objectif la réhabilitation. Si ces jeunes filles sont envoyées ici, ce n’est pas parce qu’elles ont un comportement exemplaire, mais bien parce qu’elles ont commis des erreurs et qu’elles doivent être punies pour cela. »
De ce fait, continuent ces officiers, « quand on ne peut prendre de sanctions contre leurs mauvais comportements, que reste-t-il ? » Résultat des courses, expliquent-ils, « quand nous arrivons pour prendre notre shift, nous sommes accueillis avec un langage ordurier… Les détenues ne nous adressent plus la parole que via des insultes à faire blêmir plus d’un ! » Nos interlocuteurs rappellent que « c’est le RYC des filles. Or, elles ont un comportement des plus répulsifs que même au niveau du Correctional Youth Centre pour les garçons, on ne voit pas ! »
Les officiers du RYC soutiennent que « nous ne souhaitons pas punir ces filles par plaisir. Mais cela fait partie du programme de réformation et de réhabilitation. Nous ne sommes pas des tortionnaires qui allons maltraiter ces êtres humains. Il faut quand même nous donner un peu d’espace pour nous laisser faire notre travail convenablement. Autrement, et c’est ce qui est en train de se passer, notre autorité n’a plus aucune valeur. » Et ces officiers de déclarer catégoriquement : « Bann tifi la ki donn nou lordre ! Pa nou ki diriz RYC la, kot inn arive la ; zot ki m*** laba… Quand on fait notre boulot, les filles, les ring leaders, nous invectivent et parfois même, nous lancent des choses… On craint même pour notre sécurité quand on vient travailler. »
Ces deux dernières années, la situation au RYC (Girls) a sensiblement « dégénéré », estiment des observateurs de ce milieu, qui optent pour l’anonymat, car ils sont toujours actifs au sein de ces institutions. Une des raisons avancées concerne le fait que « le RYC a été enlevé de sous la tutelle de la Prison. Or, pour qu’une institution réformatrice marche comme il le faut, il faut impérativement un rapport de forces entre les détenues et ceux qui les surveillent. » Toutefois, reconnaissent ces observateurs, « à plusieurs reprises, des ingérences de la part des uns et des autres, prônant une soi-disant holistic approach de toute la problématique, ont fait qu’au lieu de fonctionner comme une institution réformatrice, le RYC (Girls) est devenu un véritable fourre-tout où il ne règne plus d’ordre ! »
Dans le même souci, continuent ces observateurs, « l’un des facteurs à l’origine du problème croissant des comportements déviants des jeunes filles incarcérées au RYC, c’est qu’il n’y a pas de screening. On fait vivre ensemble des fillettes de 7 à 10 ans, qui sont encore des gosses, avec des ados de 14-16 ans qui sont en pleins émois sexuels, d’une part, et de l’autre, sont totalement réfractaires à toute forme de contrôle, ou qui ont déjà des antécédents avec l’autorité. Si on séparait les moins de 14 ans et les plus de 14 ans, pour un début, cela aiderait à assainir la situation. »
Ces observateurs se demandent aussi « pourquoi on n’entend quasiment jamais de problèmes au niveau du CYC (Boys) ? Est-ce que le fait que cette institution continue à être gérée par les services de la prison n’y est pas pour quelque chose ? » Nos interlocuteurs rappellent que « le propre de l’institution réformatrice est de veiller à ce que le jeune, le délinquant mineur, apprenne de ses bêtises et parvienne à distinguer, dès ce jeune âge, le bien du mal, car trop souvent ils évoluent dans des sphères où déjà leurs parents eux-mêmes ne les induisent pas en ce sens. »
S’agissant du RYC (Girls), ajoutent-ils, « la ASP qui gère l’institution essaye par tous les moyens possibles de contenir la situation, on ne peut la blâmer pour tout essayer. Mais il semble bien que la situation dépasse désormais le cadre de la simple gestion. Il faut un renforcement des ressources humaines et une nouvelle méthodologie. La balle est désormais dans le camp des nouveaux dirigeants… S’ils veulent éviter une “ Now is the right time ” ! »