Janvier dernier, la situation était « chaotique » au Rehabilitation Youth Centre (RYC/Girls) de Beau-Bassin. Un état qui résultait de « plusieurs années de manquements et de flou », estime Siddick Lallmohamed, président de la Prisons’ Officers Association (POA), syndicat des employés des services pénitenciers, dont le RYC fait partie. En mai dernier, le Commissaire des Prisons (CP), Jean Bruneau, déléguait l’ASP Hedley Hannelasse au RYC (Girls). Trois mois après l’arrivée de ce haut gradé de la prison, « la situation a très positivement évolué », concèdent nombre d’officiers de cet organisme qui, des mois durant, disaient « craindre » pour leur sécurité et déclaraient être « désespérés, car ni l’état ni aucune autorité n’étaient à notre écoute ». Désormais, admettent-ils, « avec l’arrivée de l’ASP Hannelasse, les choses évoluent dans la bonne direction, et nous pouvons enfin respirer et travailler convenablement ».
« Ce n’est pas le paradis, mais les choses ont commencé à sérieusement changer et pour le meilleur », clament d’entrée de jeu plusieurs officiers attachés au RYC (Girls). Ces mêmes officiers attestaient jusqu’en janvier dernier des conditions « très risquées et difficiles dans lesquelles nous travaillions?, où les détenues étaient violentes, agressives et les rapports de force étaient devenus courants ». Aux yeux de Siddick Lallmohamed, président de la Prisons Officers’ Association (POA), « la situation a commencé à se dégrader petit à petit après qu’en 2006, la responsabilité des RYC est passée sous celle du ministère de la Sécurité sociale ». Et d’ajouter : « Selon la Prisons Act, valeur du jour, c’est toujours au Commissaire des Prisons qu’il incombe de gérer les RYC… Il y a donc un certain flou qui s’était installé dans le temps et qui a emmené une série de “mauvaises pratiques”, qui ont donné beaucoup de fils à retordre aux officiers affectés à ces organismes. »
Depuis début mai dernier cependant, la situation a changé, expliquent les officiers. « Le CP Jean Bruneau a délégué l’ASP Hedley Hannelasse pour s’occuper du RYC (Girls) et y mettre de l’ordre. » Trois mois après la venue de ce haut gradé des services de la prison, « nous sommes confiants que nous allons dans le bon sens », reconnaissent nos interlocuteurs. Même son de cloche de la part de la POA. « À son arrivée, l’ASP Hannelasse a eu beaucoup de pain sur la planche ?! » continuent ces officiers. Ils rappellent : « Dans le sillage des différents incidents qui se sont produits au RYC (Girls), il y a eu beaucoup de dégâts matériels d’une part. Et au sein de l’effectif qui est affecté ici, nombre d’entre nous n’avaient plus le moral… On était très démotivés. » Ce que confirme pour sa part le président de la POA : « Les officiers ne savaient plus vers qui se tourner. À plusieurs reprises, l’ex-ministre de la Sécurité sociale, Sheila Bappoo, était venue rencontrer tant les officiers que les détenues en vue de trouver des avenues pour améliorer la situation. » Au final, il a été décidé qu’un Correctional Youth Centre (CYC) pour filles serait construit. « Ce projet est en cours, tel qu’il a été stipulé dans le discours-programme, avec le changement de régime. »
Cependant, relève encore Siddick Lallmohamed, « il y a un autre élément de taille qui est entré en jeu : le “compound”, qui abrite l’actuel RYC (Girls), comprend six ou sept autres organismes importants », précisant : « Il y a là le CYC (Boys)?, le RYC (Boys)?. Le futur CYC (Girls) sera construit ici même?. On y verra aussi l’Open Prison for Women et on y trouve le Special Prison Watch?, une unité de ségrégation et d’isolement, ainsi que le Probation Hostel. » De fait, remarque M. Lallmohamed, « puisque tous ces organismes sont présents là, il a fallu redéfinir la sécurité et renforcer les dispositifs présents et c’est ainsi qu’une unité des PSS (Prisons Security Squad) a déjà été affectée sur place. »
« Ces redéfinitions et réaménagement des éléments et des effectifs, poursuit le président de la POA, couplé au fait que le CP Bruneau a délégué l’ASP Hannelasse au RYC (Girls), a entraîné certainement des changements positifs, car il s’agit d’assainir une situation qui dérapait et menaçait l’ordre et la discipline. Depuis que l’ASP Hannelasse est au RYC, il a abattu un merveilleux travail. » S. Lallmohamed explique : « L’une des premières attributions de l’ASP Hannelasse a été de revoir les agencements de travail des officiers afin que ceux-ci puissent bénéficier de conditions optimales, car nous savons que travailler dans un RYC implique des heures tardives, des “night shift”, et que la majorité de ces officiers sont des pères et des mères de famille. Il ne faut donc pas que leurs droits soient lésés ?! » Dans le même souffle, continue notre interlocuteur, « le nouveau responsable du RYC (Girls) a aussi revu les conditions de détention des jeunes filles ». Un des premiers changements les plus notables a été « la séparation des éléments classés “child beyond control” ». Il ajoute : « Ce “frottement” entre ces jeunes, dont certaines sont très endurcies et d’autres très dociles, provoquait des remous et des problèmes. Mais désormais, ça va dans le bon sens… »
Ce que corroborent également les officiers rencontrés : « A un certain moment, les filles étaient contraintes à rester enfermées et n’avaient plus droit aux activités en extérieur, ce qui provoquait des problèmes de gestion, car elles devenaient souvent incontrôlables… Mais depuis que l’ASP Hannelasse est arrivé, il a renoué avec certaines des activités destinées à faciliter la réhabilitation et la réinsertion des détenues mineures. On a nous-mêmes remarqué le changement dans l’attitude des filles et leur approche. »
Ces officiers reconnaissent : « Bien entendu, il y a un travail de longue haleine qui doit être entrepris. La situation a dégénéré des années durant? et ce n’est pas du jour au lendemain que tout reviendra à la normale ?! Mais nous sommes confiants que le travail se fait dans la bonne direction. C’est ensemble que nous allons pouvoir changer l’image du RYC (Girls) qui en a pris un sérieux coup, ces derniers temps, avec différents incidents graves. » Nos interlocuteurs notent aussi que « si nous en étions arrivés là, c’est parce qu’il y a eu un sérieux problème de leadership dans cet organisme ».