Mais à quoi joue l’État dans cette vilaine affaire qui taraude la bonne conscience populaire à ce point ? Je veux croire que nul n’est un incapable de cette trempe, mais qu’est-ce qui l’empêche de prendre LA décision qui s’impose à toute personne de bon sens ?
On n’a pas besoin de grimper sur la Montagne des Signaux pour se rendre compte que l’énorme injustice faite à Mme Rehana Ameer découle d’un autoritarisme venu d’un autre âge. On n’avait pas besoin non plus des ‘findings’de M. Denis Vellien pour s’en faire une idée. Alors, qu’on se le cache le Rapport, sous le matelas ou dans son coffre-fort, que ca ne changerait rien à la perception de la sagesse populaire de cette sale affaire.
Quand un jeune ministre vient déclarer que la victime gagnerait « PLUS » en reniant sa Dignité, alors qu’en soutien de cette même Dignité, elle a déjà subi une si longue traversée du désert de souffrances psychologiques et matérielles, – irréparables dégâts marqueurs de sa vie pour toujours, – on peut mesurer combien bas est tombé ce gouvernement. Qui, de surcroît, se propose d’abuser davantage de l’argent public, en s’imposant de façon autoritaire aux instances recruteuses, et offrant carrément sans compétition ouverte, à notre passionaria, un autre poste à valeur ajoutée (surnuméraire ?), en contrepartie ! La corruption totale, et à découvert… Mon Dieu, arrêtez ces pauvres obnubilés du pouvoir autocratique, qui se croiraient… dieux sur terre.
Quelle honte ! Pour un État, plus que tout autre. Quelle honte !
L’autre Passionaria, Dolores Ibárruri, dans la même veine, ne disait-elle pas : « Mieux vaut mourir debout, que de vivre à genoux ? »
On a déjà vu combien de mal, des dictateurs pourris pouvaient causer aux humains normaux. De part et d’autre dans le monde, par le harcèlement systématique, ils poussent au suicide leurs employés, ceux-là même qui passent leur vie à assurer les gros profits par milliards à l’entreprise.
Par ailleurs, Mauritius Telecom traîna injustement les syndicalistes Carpanen et Raghoonath, avec leurs familles, dans les misères du chômage forcé et l’incertitude totales durant huit longs mois au bord du gouffre – c. à. d. 8 interminables “siècles” pour ceux qui les subissaient jour après jour. Mais encore, Raghoonath et Carpanen avaient l’avantage de ne pas être si mal-nés, communalement parlant.
Pour Rehana Ameer, sur ce point, c’est une autre paire de manches. Alors que l’infâme harcèlement prend les mêmes formes. Classiques. On a connu ça sous l’esclavage. Puis sous l’engagisme. Puis sous la colonisation, et sous le père Rouge et son compère Bleu – combien sont-ils de travailleurs renvoyés arbitrairement qui se sont suicidés ou ont eu la vie écrabouillée dans les années’70 ?
Mais c’est quoi ce type de harcèlement ? Décryptage raccourci de la pratique : vous êtes un travailleur, vous avez des principes moraux, vous défendez la justice, vos droits, et cela nous empêche de vous surexploiter. On vous somme de vous plier à nos exigences amorales mais vous préférez nous tenir tête, avec votre moralité à la c…. On vous menace, mais vous résistez et restez fidèle à votre intégrité, bien que vous ne soyez qu’un pot de terre contre nous, pots de fer. Ben, on va vous faire baver, jusqu’à ce que vous rampiez à nos pieds. On vous met la pression partout au travail. On vous fatigue, on vous isole, on vous met les nerfs à vif. Vous déprimez, et cela se répercute sur votre vie de famille, c’est bon. Puis, on vous coupe les vivres, et à travers vous on atteint vos enfants. Ils n’ont rien fait eux et c’est injuste ? On s’en fout. On vous affame tous, jusqu’à ce que vous vous mettiez à genoux. Ou jusqu’à ce que leur situation de misère nouvelle vous casse, ou pousse votre entourage à vous culpabiliser à mort. Su ? Et vous saurez si DIGNITé OU MORALITé REMPLI VANT SA.
C’est une chose que de lire cela ici. C’en est une toute autre que de le vivre à chaque lever de soleil…. J’en connais, dont les bambins ont grandi adultes sans connaître le goût d’une longane, trop chère à acheter…
Même si, comme disait feu Chettiar, « li un peu lent, garçon la », on va voir comment tranchera le décideur qui aura le mot final. Est-ce la justice qu’il va faire primer, ou d’autres considérations aussi inavouables que le Rapport Vellien le démontrerait ?
Mais au fond, cette affaire n’est que trop simple : il y a un “monument inqualifiable” qui a grossièrement fauté, d’une part, et une victime impavide et souffre-douleur de l’autre. Un peu comme en Italie d’hier – d’un côté Berlusconi, “monument inqualifiable” aussi, de l’autre, le peuple italien, sa victime. Fallait-il demander au peuple de « dégager » de l’Italie plutôt, afin de permettre à Berlusconi de rester à la tête du pays ?