Issus du projet « Les Éducateurs de Rue », un groupe d’amis a voulu poursuivre cette aventure de permettre à des enfants des régions dites « défavorisées » de se réinsérer dans la société. Leur objectif : leur offrir un accompagnement pouvant mettre en valeur leurs talents cachés.
« Partout où passent ces enfants, on leur dit qu’ils ne valent rien, qu’ils sont des vauriens… De notre côté, nous nous sommes donnés comme objectifs, entre autres, de les valoriser à partir des talents qu’ils possèdent déjà ! » explique Daniel Anacooa, le responsable du développement social de l’association « Les Amis de Kutupa ».
Selon notre interlocuteur, cette association a été fondée en août 2005, bien que les activités, elles, aient débuté en 2006 après leur implication dans le projet « Les Éducateurs de Rue ».
« Nous savions qu’il y avait, et qu’il y a encore, un réel besoin de venir en aide à ces centaines d’enfants qui sont laissés à eux-mêmes dans ces quartiers dits “défavorisés” », explique-t-il. Sur le plan économique, ce groupe de jeunes met sur pied la Kutupa Cooperatives Credit Union, une coopérative d’épargne dont le responsable est Burty Batterie. Selon les mêmes principes qu’une Credit Union, les membres économisent périodiquement, selon leurs capacités, et, en cas de besoins, on puise de l’argent ainsi récolté collectivement pour offrir des emprunts aux demandeurs.
Mais c’est sur le plan social que l’association « Les Amis de Kutupa » est la plus performante. D’ailleurs, pourquoi ce nom, « Kutupa » ? « Selon la légende, Kutupa était un esclave marron qui refusait l’assistanat. Il motivait ses compagnons d’infortunes pour qu’ils ne restent pas dans leur léthargie… Il leur faisait comprendre que, s’ils voulaient sortir de la misère et de la précarité, ils devaient faire l’effort nécessaire eux-mêmes, ne dépendre que sur eux-mêmes, et non sur les autres. C’est cette philosophie que nous voulons partager avec ceux que nous aidons », explique Daniel Anacooa. « Nous allons certes donner, dans l’urgence, un carton de victuailles à une famille dans le besoin. Mais nous allons aussi les aider à réaliser que l’effort de sortir de la misère doit venir d’eux », ajoute-t-il.
C’est ainsi qu’en 2012, Les Amis de Kutupa mettent oeuvre le Projet CERISE (Centre d’Éducation, de Réhabilitation et d’Insertion Sociale des Enfants) à la Cité Barkly (Beau-Bassin) et à Petite-Rivière-Noire. « C’est un de nos plus gros projets », se félicite Daniel Anacooa.
Cette initiative est réalisée par la mise sur pied d’ateliers d’accompagnements, affirme notre interlocuteur. « Nous travaillons selon les mêmes principes que ceux des Éducateurs de Rue, où nous mettions en oeuvre des projets à buts pédagogiques. A travers ces ateliers, nous donnerons aux enfants ciblés les “Life Skills” appropriés pour leur permettre de mieux se comporter dans les milieux difficiles », explique-t-il. « Par exemple, nous leur apprenons la valeur de l’effort : au lieu d’attendre que quelqu’un vienne leur donner ce dont ils ont besoin, nous leur apprenons à faire la moitié du chemin. Nous travaillons étroitement avec les familles. Nos éducateurs se font d’abord accepter par les enfants, car nous avons constaté qu’ils progressent plus vite lorsque c’est le cas », ajoute-t-il.
Selon Daniel Anacooa, trois types d’ateliers d’accompagnement ont ainsi été mis sur pied dans le cadre du projet CERISE : un atelier de sculpture, un autre d’art oratoire et, enfin, un atelier d’agriculture. « Nous travaillons ainsi sur leur créativité. Nous leur apprenons à mieux s’exprimer et, enfin, à mieux connaître la terre. »
L’association des Amis de Kutupa a bénéficié, en 2012-2013, du sponsorship de la National Empowerment Foundation (NEF) du Decentralised Country Programme (DCP) de l’Union européenne, de la Caudan Communauté et de la State Bank of Mauritius (SBM). L’atelier sculpture sur bois a été animé par Lewis Dick et s’est déroulé à Goodlands (Cité Ste-Claire) et à Grand-Gaube.
« En avril 2014, grâce aux contacts de Lewis Dick en France, nous comptons faire un échange avec une école de sculpture de ce pays. Nous prévoyons d’y envoyer une dizaine d’enfants. Mais nous avons besoins de sponsors à cet effet », annonce Daniel Anacooa. Samedi dernier, les apprentis sculpteurs ont participé à une exposition–concours au Centre Léon Lecklézio, à Goodlands.
Les Amis de Kutupa se proposent également d’étendre leurs activités vers les mamans de ces enfants. « Elles sont plus disponibles que les papas. Et nous savons qu’une fois formées, elles vont jouer un rôle significatif dans leur famille », reprend notre interlocuteur.
Parallèlement aux ateliers d’accompagnement, Les Amis de Kutupa organisent des classes de rattrapage pour les élèves de Std V et du CPE. A cet effet, ils ont instauré un Learning Corner au centre communautaire de Grand-Gaube. « Nous avons désormais l’ambition de former  les familles car nous voulons que les éducateurs ne soient pas les seules “role-models” de ces enfants. Nous voulons que la famille, les mamans et les papas, apprennent à être des modèles pour leurs enfants », explique encore Daniel Anacooa.