En près de trois ans de présence dans la région de Chebec, l’organisation non gouvernementale Elan a accompagné presque 500 ex-détenus durant leur réinsertion sociale. Contraint de ralentir ses activités et d’interrompre la culture agricole sur sa ferme, faute d’argent, l’an dernier, Elan n’a pas pour autant abandonné son programme d’encadrement. Victime de 6 cambriolages en deux mois, durant cette année, l’ONG tente, malgré tout, de reprendre ses activités pleinement. Elle est même plus que jamais, dit sa présidente, Eileen Marie, présente sur le terrain.  
Le petit local qui faisait office de bureau et point d’accueil pour les bénéficiaires affiche mauvaise mine. Il a été saccagé. L’organisation non gouvernementale spécialisée dans la réinsertion sociale des ex-détenus a été vandalisée et cambriolée à… six reprises depuis juin dernier. Le toit en tôle profilée qui recouvrait habituellement la terrasse ouverte et les bureaux a été enlevé par des voleurs. Sans la tôle, le faux plafond des locaux a vite cédé, ce qui a facilité l’accès des cambrioleurs à l’intérieur. Ils en ont profité pour enlever les câbles électriques et faire main basse sur tout, y compris la douche des bénéficiaires, ce qui pouvait leur rapporter de l’argent. La pluie a fini par abîmer des dossiers projetés par terre durant les vols. Depuis, le bureau d’Elan est dans un état de désolation. Plus loin, sur le terrain où l’ONG a implémenté son projet de ferme intégrée et où se trouvent deux containers qui avaient été transformés en store, les voleurs n’ont pas hésité à pénétrer l’enceinte pour emporter des outils et autres matériels de travail. Le réservoir d’eau ainsi que la pompe qui servait pour l’irrigation ont été aussi volés. Malgré les conditions matérielles difficiles, l’ONG a décidé de poursuivre ses activités.
Un travail, une deuxième chance
Eileen Marie, la présidente d’Elan, ne désespère pas ! En dépit de la situation physique du bureau de l’organisation, elle a décidé de ne pas abandonner la mission de celle-ci auprès des ex-détenus. Il y a un an, lorsque le financement des projets des ONG a été interrompu dans le sillage de la mise en place de la National CSR Foundation et de la nouvelle législation qui stipule désormais que les compagnies doivent verser 50% de leurs fonds pour des projets sociaux à la Mauritius Revenue Authority (MRA) pour être redistribués à la fondation, Elan s’était retrouvé dans l’obligation de mettre un frein à ses activités. Même au temps où il n’y avait plus un sou dans les tiroirs, Eileen Marie refusait de tout arrêter. Mais Elan a dû renvoyer ses bénéficiaires. D’ailleurs, cette décision n’avait pas été sans conséquence pour Eileen Marie. La présidente avait été agressée par des ex-détenus qui ne comprenaient pas la gravité de la situation. Si, pendant quelque temps, le personnel ainsi que les volontaires de l’ONG ont continué leur travail sur le terrain, les locaux et la cour ont été abandonnés avec pour résultat des actes de vandalisme et plusieurs cambriolages. Depuis qu’un sponsor s’est manifesté et qu’un de ses projets a été approuvé par le NGO Trust Fund, Elan a pu reprendre pleinement ses activités et concevoir d’autres initiatives. « Nous avons reçu la sympathie du public quand il a appris que nous ne pouvions plus opérer. Maintenant que les choses vont mieux, Elan se doit de l’informer », dit Eileen Marie.
Grâce à une aide financière, l’ONG a pu remettre son véhicule en service pour assurer ses déplacements et continuer ses visites dans toutes les prisons. « Nous n’avions jamais interrompu nos visites dans les prisons. Si nous rompons notre programme avec des détenus, nous mettons non seulement fin à notre engagement auprès d’eux, mais ils seront démunis une fois à l’extérieur », explique Eileen Marie. Le programme d’Elan à l’intention des détenus consiste à les accompagner en prévision de leur sortie. Cet accompagnement est nécessaire dans le cadre de la réinsertion sociale et professionnelle des détenus. Dans cette optique, l’ONG lance un appel à des compagnies pour faciliter la réinsertion professionnelle d’anciens prisonniers. « Aujourd’hui, la prison forme les détenus à différents métiers. Ces derniers quittent la prison avec des acquis professionnels en boulangerie, pâtisserie, couture, maçonnerie, menuiserie, coiffure, etc. Mais trouver du travail, il reste une étape difficile. C’est pour cela que nous demandons à des compagnies de bien vouloir leur donner une deuxième chance en les recrutant. De notre côté, nous continuerons à être présents pendant ce processus de réhabilitation », poursuit Eileen Marie.
Renforcer la capacité des compagnes de détenus
Yannick Rivet, de l’ONG, explique pour sa part qu’Elan a mis sur pied un projet pour renforcer la capacité de cinq mères célibataires de Chebec, région où se trouve son bureau. Toutes ces femmes sont des épouses ou compagnes de détenus. Ces dernières et leurs enfants — 22 au total — seront encadrés par Elan. Les femmes bénéficieront d’une formation pour leur permettre de devenir financièrement autonomes et d’un programme de contrôle de naissance. Des spécialistes en familly planning seront présents sur place dans la région pour sensibiliser les femmes sur la question de contrôle de naissance. Elan prévoit aussi des cours d’hygiène, de civisme, entre autres, pour les bénéficiaires.
La ferme, entretenue certes, mais n’opérant pas comme autrefois sera appelée à retrouver sa vocation initiale. Elle accueillera même des ruches pour un projet d’apiculture.
Malgré l’état de son bureau, Elan relancera l’accompagnement des anciens détenus, mais prévient Eileen Marie, pour s’assurer que ses bénéficiaires soient aussi sincères dans leurs démarches et volonté de prendre leur vie en main, Elan les recrutera après un screening de leur profil.