Votre mère vous interdit de sortir ? Elle vous reproche vos tenues vestimentaires ou vos fréquentations ? Vous vous sentez incomprises. Ses paroles blessantes vous font parfois monter les larmes aux yeux et vous êtes persuadée qu’elle n’entend rien à la vie ? Entre tendresse et agressivité, complicité et rivalité, de la fusion totale au conflit ouvert, les liens mère-fille varient d’un extrême à l’autre. Qu’elles en prennent chacune pour leur grade, ou bien qu’elles se prêtent leurs vêtements, le couple mère-fille est complexe. De l’amour à la haine, le point sur ce lien pas toujours facile à vivre. Qu’y a-t-il donc pour que la relation mère-fille soit si problématique ? Sunlights fait le point.
« Maman », il n’existe pas de mot plus doux dans la bouche d’un enfant. Ces cinq lettres ont un attachement profond pour une mère et sa progéniture. De nos jours, il arrive que mères et filles n’aient aucun secret l’une pour l’autre. Collège, garçons, sexe et shopping : elles se disent tout ou presque tout. On est loin de l’époque où les sujets à aborder se résumait à « as-tu fais tous tes devoirs ? » et « qu’est-ce qu’on mange ce soir ? ». Les mamans d’aujourd’hui sont plus cool que celles d’hier, mais est-ce préférable ? Une relation trop fusionnelle entre une mère et sa fille peut très vite du jour au lendemain se transformer en une véritable guerre ouverte nocive pour l’une et pour l’autre.
Maman fusionnelle
Une mère a un lien particulier avec sa fille. Elle voit souvent en cette dernière, un miroir qui lui renvoie sa propre image. Elle attend souvent de celle-ci qu’elle réussisse ce qu’elle n’a pas pu accomplir. Jusqu’à l’adolescence, la fille se construit par sa mère qui est son modèle. Cette identification est essentielle pour l’enfant pour se structurer. Puis à l’adolescence vient la phase de la séparation psychologique. Une phase, difficile à accepter pour certaines mères. Toutefois, elle est aussi indispensable pour la fille car à travers cette étape, la fille apprendra à penser différemment de sa mère. Elle commencera à avoir des avis contraires et elle apprendra à se forger sa propre personnalité.
La relation entre une mère et sa fille peut être passionnelle, fusionelle, nourrissante mais étouffante parfois. Toute relation vivante évolue. Certaines mères ne renoncent jamais à garder une place dominante auprès de leurs filles. Elles conseillent, jugent, critiquent, sans comprendre qu’elles doivent lâcher prise. À travers ce comportement, la complicité entre une mère et sa fille peut vite se transformer en une véritable guerre ouverte car couper le cordon avec sa génitrice devient un combat de tous les jours pour les fifilles à leur maman.
S’éloigner après des années de complicité n’est pas facile pour une maman et sa fille qui ont tout partagé, qui n’ont pas de secret ni pour l’une, ni pour l’autre ? Cette séparation est d’autant plus difficile lorsqu’une mère réalise que sa fille est prête pour voler de ses propres ailes.
Mère envahissante
À vouloir trop s’impliquer dans la vie de sa progéniture, la relation qu’elle entretient avec sa fille se dégénère. Sans se rendre compte, elle se met à sermonner sa fille au sujet de son petit ami. Elle trouve à redire sur ses fréquentations et intervient dans les problèmes personnelles de celle-ci, un vrai cauchemar ambulant pour une ado.
Qu’importe que sa fille ait pris 10 cm de plus et de la poitrine, certaines mamans continuent à percevoir leurs filles au temps où elles leurs faisaient des couettes. Au-delà de ses airs de maman poule, elle cherche cependant à protéger son enfant des coups durs de la vie tels que rupture, peine de coeur, échec scolaire ou encore grossesse non désirée. Toutefois, quand on est ado on n’a pas forcement envie de prendre des leçons de sa mère mais plutôt les apprendre par soi-même.
« Tout ce que je fais, c’est pour son bien », soutient Elizabeth, mère d’Anaïs 17 ans. Elle soutient que les rapports avec sa fille sont tendus ces derniers temps. « On se dispute pour les devoirs pas fait, pour le désordre dans sa chambre ou encore pour son style vestimentaire que je n’approuve pas toujours. Lors de chaque dispute, je prends la peine de l’expliquer que je ne suis pas son ennemie mais en tant que mère il y a certaines choses que je ne peux pas laisser passer. Elle boude pendant quelques temps mais tout fini toujours par s’arranger », dit-elle
Sa fille Anaïs ne voit pas les choses du même oeil : « Elle est constamment sur mon dos. Lorsque je ne suis pas à la maison, elle m’appelle toute la journée. Peu importe ce que je fais, elle n’est jamais contente. À la longue c’est fatigant, je n’ai pas vraiment de liberté, je ne peux rien faire sans qu’elle s’en mêle », dit-elle.
« Une situation douloureuse »
Brenda (pénom modifié), 22 ans, a toujours eu une relation conflictuelle avec sa mère. « Les années passent mais se ressemblent, il n’y a pas un jour où nous ne nous disputons pas. Les gens trouvent que ma mère et moi avons une grande ressemblance physique mais, au fond, nous sommes tellement différentes. Tout nous oppose. Elle se montre bien souvent arrogante et agressive, elle est toujours sur la défensive et rien de ce que je fais n’est assez bien pour elle. Cela fait des années que cela dure. C’est une situation très douloureuse et pénible car moi aussi j’aimerai bien partager des moments de complicité avec ma maman », dit-elle. La jeune fille soutient avoir fait des efforts pour se rapprocher de sa mère, mais en vain.
Renouer le dialogue
Mais tout n’est pas perdu! Afin de garder une relation saine mère et fille doivent faire des efforts. La maman doit apprendre à gérer ses émotions. Elle doit accepter de mettre un minimum de distance avec sa fille et respecter son intimité. Même s’il est nécessaire qu’une mère conseille son enfant sur certains sujets, elle ne doit pas pour autant chercher à trop s’immiscer dans la vie privée de cette dernière. Elle doit apprendre à faire la part des choses, laisser sa fille faire ses propres choix et l’accepter comme elle est.
Les filles, pour leur part, doivent démontrer que, même si leurs mères n’occupent pas toute la place, elles ne sont pas rejetées pour autant. Elles doivent faire respecter leur espace, mais aussi participer à la vie domestique quand elles vivent encore sous le toit familial. Elles doivent aussi savoir discuter de sujets variés, créer un registre d’échanges propre à leur relation (shopping, discussions sur des sujets de société ou typiquement féminins).  
Il n’est pas besoin de rompre avec sa mère pour grandir ni d’être en concurrence avec elle ; il faut seulement clarifier au plus vite la place de chacune, dans le but de respecter l’intimité mutuelle. Une fille doit pouvoir vivre sa vie quel que soit ce qu’en pense sa mère. Une mère n’est pas là pour comprendre sa fille, mais pour l’accompagner. Cette séparation est un processus structurant. Ce n’est pas la fin de l’amour, mais au contraire le début d’un amour adulte entre une fille et sa mère.