Le dossier sucre à destination du marché de l’Union européenne (UE), et plus particulièrement les retombées du rapport de la Commission européenne sur les Prospects for Agricultural Markets and Income in the EU 2013-2023, continue de faire des vagues. Alors que le président de la république Kailash Purryag est déjà monté au créneau hier – faisant un véritable plaidoyer en faveur du sucre produits par les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) –, le Conseil des ministres de demain devra se pencher sur les différentes options pour repousser l’échéance de 2017 pour le démantèlement du Regional Quota Regime. Entre-temps, dans une communication officielle datée du 28 janvier, le Syndicat des Sucres reconnaît la gravité de cette décision pour le sucre de Maurice, que ce soit en termes du potentiel de tonnages de sucre devant être exportés ou encore du quantum de la baisse du prix du sucre sur le marché européen.
Dans le document du 28 janvier, adressé à ses membres commentant le chapitre consacré aux perspectives pour le sucre dans le rapport de la Commission européenne en date de décembre dernier, le Syndicat des Sucres ne cache pas ses inquiétudes devant l’évolution de la situation avec l’échéance de 2017. « As a consequence of the developments, imports (of sugar in the European market) are foreseen to decline continuously to reach 1,9 million in 2023 compared with the current 3,7 millions tones. When one takes into account imports from CXL suppliers (Brazil, Australia) and from current and upcoming FTAs, it seems clear that the most efficient ACP exporters will survive on the European Union Market at such price levels », avait mis en garde le Syndicat des Sucres à la communauté de planteurs et de producteurs de l’industrie sucrière.
Le Syndicat des Sucres a également intégré à ces notes explicatives un tableau de l’évolution de la tendance des prix du sucre sur le marché mondial aussi bien qu’en Europe, dans le but de bien situer l’enjeu « dramatique », selon le Syndicat des Sucres, du sucre avec l’horizon 2017. « Market prices for white sugar in the EU are foreseen to fall dramatically to 408 euros/tonnes with the end of quotas in 2017 », stipule ce document officiel. Comparativement aux 726 euros la tonne obtenus en 2012, ce prix de 408 euros en 2017 représente effectivement une baisse de 43 %. En revanche, le Syndicat des Sucres choisit de comparer avec le prix en baisse de 2013 pour confirmer cette hausse substantielle de 35 %.
Devant ces faits inquiétants pour l’industrie sucrière, des représentants des planteurs s’interrogent sur la dernière prise de position du Syndicat des Sucres, qui trouve de manière « simpliste et naïve » que « the projections are not intended as a forecast of future outcomes, but instead as a description of what may happen given a specific set of assumptions and circumstances deemed plausible at the time of the analysis ». Ils se demandent pourquoi ces appréhensions sur l’avenir du sucre sont minimisées. Et pour cause : ces mêmes représentants des planteurs soutiennent, avec force, que la menace sur le sucre des ACP a été confirmée depuis la réunion du Conseil des ministres de l’Agriculture de l’Union européenne des 18 et 19 mars de l’année dernière, autrement dit il y a bientôt un an. Cette réunion du Conseil des ministres européen, présidée par le ministre irlandais de l’Agriculture, avait entériné une approche générale du Common Agricultural Policy Reform Package. Cette réforme avait rejeté les propositions du Parlement européen à l’effet que les provisions d’exportation de sucre soient maintenues jusqu’en 2020 et avait stipulé que le démantèlement du régime des quotas du sucre soit en vigueur dès 2017.
Ce même Conseil des ministres européen avait également fait fi des représentations des producteurs de sucre des ACP auprès des différentes instances politiques et diplomatiques de l’UE au sujet de « the critical importance of the sugar sector to their countries’ economies and social fabric, and the damage which would result from an early abolition of the EU quotas ».
En tout cas, la réunion du Conseil d’administration du Syndicat des Sucres de demain s’annonce quelque peu animée dans le sillage de l’épisode post-2017. Les membres de cette instance prendront connaissance des retombées des consultations menées au cours de la semaine par le management avec le gouvernement, notamment au niveau du Prime Minister’s Office, du ministère des Affaires étrangères et du ministère de l’Agro-industrie, car, dans la conjoncture, il y a urgence.