Avec l’accélération du calendrier autour de la réforme électorale, de la deuxième république et une possible recomposition du paysage politique, le PMSD serait en sursis si, du moins l’on doit se fier aux indiscrétions qui filtrent de l’entourage immédiat de Navin Ramgoolam. La preuve que plus personne ne prend de gants avec le PMSD, c’est que le Junior Minister Shakeel Mohamed a lancé une double salve en direction du ministre des Finances d’abord sur le dossier SICOM et sur le Youth Empowerment Programme, ensuite. Le leader du PMSD ne s’y est d’ailleurs pas trompé en adoptant finalement un profil bas lors du congrès de son parti dimanche dernier, malgré l’attaque frontale contre les bleus à laquelle avait procédé 72 heures plus tôt le Premier ministre.
Week-End, qui écrivait la semaine dernière que « compte tenu de la personnalité du leader du PMSD, ce sont probablement les seconds couteaux qui devaient donner de la voix » ne s’y est pas trompé. Les seconds couteaux ont fait mieux que ça : Jacques Panglose a démissionné à la veille du congrès et a dit n’avoir « plus rien à faire avec ce PMSD-là » et il a vite été remplacé par la « favorite » du moment de XLD, Aurore Perraud, qui a déploré que certains ne peuvent accéder à des emplois « ni dans le service civil ni à l’aéroport » et elle a été plus loin le lendemain pour affirmer que le soutien des bleus n’est pas « inconditionnel ». Elle a ensuite pris l’avion avec le ministre des Finances en tant que membre de la délégation officielle qui s’est rendue au Ghana.
XLD a, dimanche dernier, devant une bonne mobilisation de ses partisans à laquelle a grandement contribué la jeune garde dynastique du PMSD mais aussi un réseau bien rodé et habitué au regroupement de fidèles, ne s’est pas laissé aller à la réplique frontale à un Navin Ramgoolam qui l’avait publiquement humilié en disant, « mo pa d’accord ek manière li pé fer » et en l’accusant de réécrire l’histoire en s’appropriant la paternité du tourisme et de la zone franche. Bien au contraire, le leader du PMSD, sur le ton du vieux couple nostalgique, a rappelé que cela fait 15 ans que le PTr et le PMSD travaillent ensemble et que son parti « veut bien continuer avec le PTr mais dans le respect mutuel et à certaines conditions » tout en soulignant que son parti est à la base de certaines réalisations indéniables dans le pays.
Si le Dr Mahmad Khodabaccus, le secrétaire général des bleus a électrisé l’assistance en disant qu’il arrêterait la politique lorsque Xavier Duval deviendra Premier ministre, c’est Aurore Perraud qui a eu la tâche de mettre les points sur les « i ». Elle n’a pas hésité à relancer la polémique selon laquelle il y a une catégorie de Mauriciens qui ne trouve pas leur place dans le service public et à l’aéroport. Si l’allusion au service public n’est pas nouvelle, celle faite dans le cas de l’aéroport a particulièrement irrité les rouges qui savent à quel point le Premier ministre est extrêmement frileux lorsqu’il s’agit de ce secteur où il a placé ses plus proches dans les magasins, les airway coffee et autres points de lavage de voitures.
Loin de se rétracter, Aurore Perraud a récidivé le lendemain lors d’une conférence de presse-bilan du congrès pour inviter ceux qui contestent ses affirmations quant à refus d’accès à certains aux postes du service civil à venir de l’avant avec des statistiques pour prouver qu’elle a tort. Et moins nuancé que son leader sur l’avenir des relations entre le PMSD et le PTr, elle a clairement laissé échapper que le soutien des bleus n’est pas « inconditionnel ».
Si la nouvelle porte-parole des bleus entend mener à bien sa mission et qu’elle affirme qu’elle ne pratiquera pas la langue de bois, les « Joes » proches de Sir Gaëtan Duval se font aussi entendre pour déplorer la « mollesse » de la réaction de Xavier Duval aux critiques faites contre le PMSD et son ancien leader historique. Georges Cornet, un fidèle des fidèles qui était un habitué de l’étude de Sir Gaëtan Duval n’a-t-il pas, sur les ondes de Radio One, cette semaine, administré une volée de bois vert aux dirigeants actuels du PMSD les accusant tous d’être des « roder boutte » qui se sont partagés des postes dans le secteur public? C’est dire que la cassure notée entre les vieux de la veille du PMSD et la génération PMXD n’est pas prête de s’atténuer.
La vie du PMSD au gouvernement risque de devenir compliquée dans les semaines à venir. Si SGD aurait, pour moins que ce qui se dit et se passe en ce moment, déjà claqué la porte comme il l’a démontré dans le passé, il ne faut rien attendre de ce genre de la part de Xavier Duval qui risque de se maintenir coûte que coûte au gouvernement quitte à se faire brutalement éjecter à terme. Lorsqu’un Junior Minster comme Shakeel Mohamed se permet de critiquer le vice-Premier ministre et ministre des Finances et numéro 3 du gouvernement en l’accusant d’avoir voulu protéger la direction de la State Investment Corporation of Mauritius qui était en délicatesse avec ses effectifs sur le plan syndical et de s’approprier aussi le Youth Empowerment Programme qui, du point de vue du ministre du Travail, aurait dû être placé sous la tutelle de son ministère, il est clair que le signal donné est de réduire les bleus et leur leader à leur juste proportion.
Reste maintenant à savoir si Xavier Duval qui tient les rênes de la majorité chancelante de Navin Ramgoolam va connaître un sursaut d’orgueil et quitter le navire où il fait figure d’indésirable et contracter une alliance avec le MSM ou s’il attendra d’être congédié jusqu’à la dernière minute. Il paraît que les clarifications ne sauraient tarder. Attendons voir.