La crise entre les Comores et Mayotte a connu une escalade sans précédent hier, lors de la cérémonie d’ouverture. Le départ de la délégation comorienne de l’enceinte Julius-Bénard, qui accueillait le coup d’envoi officiel des 9e JIOI, a cueilli à froid tout le monde réuni pour ce qui devait être une belle fête. Mais les relations déjà tendues entre les deux pays en ont décidé autrement.
À l’heure du défilé, ce sont les Comoriens qui ouvrent la marche. Personne dans l’assistance ne savait qu’un ultimatum pesait sur la tête des instances responsables de l’organisation. Les délégations passent une à une devant la tribune officielle.
L’avant-dernière délégation à fouler le tartan du stade est celle de Mayotte, précédée par le porte-drapeau réunionnais, le judoka Matthieu Dafreville. Les Comoriens ont attendu que les Mahorais se rangent aux côtés des autres délégations pour quitter discrètement la pelouse et rejoindre les autobus.
Renseignements pris, ils avaient déjà menacé de s’en aller si Mayotte défilait avec le drapeau français pour la cérémonie d’ouverture. Ce départ, qui est passé presque inaperçu parmi l’assistance, n’a pas manqué de susciter quelques réactions parmi les dignitaires.
Le mot “boycott” revient souvent dans la bouche de ceux qui ont assisté à l’événement, qui a finalement volé la vedette aux autres athlètes et aux artistes. « Est-ce qu’ils vont boycotter les Jeux ? » s’interroge Yogida Sawmynaden, le ministre de la Jeunesse et des Sports mauricien. Il pousse plus loin en parlant d’un incident. « C’est grave. La question sera abordée à la réunion ministérielle aujourd’hui », avance-t-il.
Philippe Hao Thyn Voon, président du Conseil international des Jeux (Cij) et du Comité olympique mauricien (COM), avance carrément que l’incident a une portée diplomatique. « C’est arrivé en présence d’un ministre français ! »
L’incident prend ses origines en fait en 2003, quand Maurice avait organisé les JIOI. Un consensus avait alors été trouvé pour que Mayotte soit désignée sous l’appellation France-Océan Indien (FOI). Mais ensuite, la crise s’est amplifiée à chaque JIOI. Cette année, les choses ont pris une autre dimension. En effet, les Comoriens avaient déjà brandi la menace de boycotter les JIOI pour une question de visas.
Ce problème avait relégué à l’arrière-plan la réunion du Cij qui devait désigner le prochain organisateur des JIOI, en 2019. « Nous pensions que tout était réglé. En tant que président du Cij, je me dis que c’est dû à beaucoup d’incompréhension ».
D’autant que les Comoriens ont accusé un certain retard dans la demande de visas, qui a vu quelques-uns des leurs privés du droit d’accès au territoire français. Des négociations ont été entamées et un accord avait été trouvé lors de la réunion du Cij hier matin. Mais il a fallu que la politique vienne se joindre à la fête des sportifs de l’océan Indien.
À hier soir, le Cij avait prévu une réunion d’urgence pour trouver une solution à cette situation. Sera-t-elle au goût de tous ?