Une vidéo qui circule sur Internet, montrant une journaliste de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) exprimant de vive voix sa colère, est, dit-on, la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Comme elle, ils sont nombreux à vivre une situation intenable qui perdure depuis des années. La frustration et la démotivation des employés sont palpables à la station de télévision nationale. Et la direction est pointée du doigt car elle n’aurait pas les « compétences appropriées » pour gérer une entreprise où, « de tout temps, le gouvernement en place tire les ficelles ».

« Depuis ces six derniers mois, aucune demande des syndicats n’est prise en considération par la direction. Il y a tellement de problèmes et la direction n’est jamais à l’écoute. La direction avait même refusé de rencontrer les syndicats un certain temps », soutient dans les couloirs de la MBC. Cette situation remonte à 2013, sous le règne de Dan Callikan, alors directeur général. Un des problèmes majeurs concerne la nomination des nouveaux journalistes qui n’ont pas les qualifications académiques appropriées et dont le salaire est supérieur aux anciens. « Plusieurs demandes ont été faites pour que ce problème soit réglé mais ils ne l’ont jamais fait », déplore- t-on.

Ce problème peut être résolu mais la direction préfère se voiler la face. Même scénario chez les cameramen. Certains ont été carrément mis à l’écart et, a-ton appris, des anciens ne doivent plus couvrir les sorties du Premier ministre. « Où voit-on un junior sans compétences et qualifications donner des ordres à un senior » ?, se demande-til. Le fait d’avoir de bonnes relations avec la direction permet aux gens peu qualifiés d’accéder à des postes qu’ils ne méritent pas. « Trois types d’employés » « Il existe trois types d’employés à la MBC. Certains ont trouvé un poste grâce à un backing politique de différents gouvernements en place et d’autres grâce à leurs compétences », dit-il.

Ceux qui ont intégré la MBC grâce à un appui politique « jouissent des faveurs » du gouvernement en place. Et lorsqu’un autre régime prend le pouvoir, ces derniers « se cachent » et ne travaillent pas. Par contre, selon notre source, ceux qui ont obtenu leur emploi grâce à leur mérite sont mis à l’écart. « La situation industrielle à la MBC est grave mais on l’a toujours cachée car les syndicalistes ont été de mèche avec la direction », déplore-t-il. Et cela n’a jamais permis de résoudre les problèmes que d’autres héritent. « Les employés sont totalement démotivés et frustrés. Nous constatons qu’ils travaillent comme des fonctionnaires et à 16 heures, ils partent chez eux », constate-t-il. S’agissant du poste de cameraman, certains chauffeurs ont été aperçus dans des fonctions avec une caméra, ce qui suscite des questions sur leurs compétences. « C’est totalement illégal », dit-il, ajoutant que ces derniers prétextent qu’ils ont suivi des cours de photographie. Se référant à une vidéo où le directeur général parle de « clans » à la MBC, il est accusé d’être lui-même « chef d’un clan » sous tous les régimes. « Il dit souvent que c’est sa caste qui doit être valorisée et ce clan existe toujours », dit-on.

Et ceux qui ont des compétences seraient mis de côté. Une situation qui met mal à l’aise plusieurs employés. Nous apprenons également que malgré leurs compétences et leurs qualifications académiques, certains Senior News Editors n’ont jamais la chance de couvrir une mission à l’étranger contrairement à d’autres. Selon ces mêmes milieux, un de ces journalistes ne présente plus le journal télévisé depuis ces trois dernières années. Et de plus, on ne lui confie pas la tâche de travailler sur un dossier bien que ses compétences soient reconnues. « La direction opère à sa guise. C’est une vraie dictature », s’indigne- t-on. Les événements, dit-on, ne sont pas couverts sans l’autorisation du Director of News. « Les ordres viennent d’en haut », s’appesantit- on. Certains juniors dont les compétences sont souvent remises en question ont accédé à des postes de responsabilité et ne couvrent jamais des événements. Et d’autres, lorsqu’ils présentent le JT uniquement pour montrer leur look, attirent des critiques du public.