La Platform kont lalwa travay anti-travayer présentera à la rentrée parlementaire en mars ses propositions pour de nouvelles lois du travail en remplacement de l’Employment Rights Act et de l’Employment Relations Act qu’elle juge « anti-travailleurs ». C’est ce qu’a annoncé au Mauricien sa porte-parole Jane Ragoo dans le cadre d’un bilan des activités de la plateforme pour 2012.        
« De le debu 2013, bann sindika ek federasyon sindikal ki fer parti de la Platform kont lalwa travay anti-travayer pe zwoinn pou travay lor enn nouvo lalwa travay ki nou prezante au minis du Travail Shakeel Mohamed ek a bann depite kan Parlma pou repran en mars prossin », a annoncé au Mauricien la porte-parole de la Platform, la syndicaliste Jane Ragoo, à l’issue de la réunion-bilan 2012 de cette instance syndicale mercredi.                                                                                                                                                              « Dans son essence, une loi du travail doit être en faveur des travailleurs et doit protéger leurs intérêts et non le contraire comme nous voyons avec l’Employment Rights Act (ERiA) et l’Employment Relations Act (EReA), les deux lois du travail qui remplacent respectivement l’Industrial Relations Act et la Labour Act, et que nous dénonçons depuis leur promulgation en février 2009 », a ajouté Jane Ragoo.
La syndicaliste rappelle que la Platform kont lalwa travay anti-travayer a été constituée en mai 2012 à l’initiative du syndicaliste Jack Bizlall. « L’objectif principal de la Platform est de faire pression sur le gouvernement pour apporter des amendements à l’ERiA et l’EReA, car ces deux lois contiennent des clauses qui ne protègent pas les intérêts des travailleurs, mais donnent le feu vert aux patrons de “hire and fire” selon leur bon vouloir », explique-t-elle.
C’est ainsi, poursuit Jane Ragoo, que plus de 18 000 personnes ont officiellement perdu leur travail à cause de ces deux lois. « C’est en réponse à une question posée à l’Assemblée nationale par un député de l’opposition qu’on a obtenu officiellement ce chiffre de 18 000. Le plus révoltant, c’est cette déclaration de presse du président de la Mauritius Employers Federation (MEF) Clency Appavoo qui a affirmé que “ce n’est pas dramatique”. Allez demander à ces pères et mères qui ont perdu leur travail, si ce n’est pas un drame pour eux et pour leur famille ! » s’indigne-t-elle. Et d’ajouter : « Même quand des emplois ont été créés, ceux-ci sont des emplois précaires sous contrat qui ne leur permettent que de vivre au jour le jour sans pouvoir penser sereinement à un avenir meilleur. »
La Platform n’a pas chômé en 2012, selon Jane Ragoo. Ainsi des réunions de mobilisation et de sensibilisation ont été organisées sur des sites de travail à travers le pays. Le 1er septembre et le 7 octobre, des manifestations ont été organisées à Rose-Hill. Et le 11 novembre, des manifestations localisées dans 13 endroits différents ont eu lieu. « Toujours avec l’objectif de sensibiliser les travailleurs sur les dangers de l’ERiA et l’EReA et sur la nécessité d’amender ces deux lois pour les rendre plus travailleurs-friendly ! » dit Jane Ragoo.
« Malheureusement quand des amendements ont été proposés, presque en catimini, c’est avec stupeur que les syndicalistes et les travailleurs ont découvert qu’ils étaient pires », raconte la syndicaliste. « Les amendements que le ministre du Travail se proposait de faire adopter avec un certificat d’urgence à la toute dernière séance de l’Assemblée nationale du mardi 18 décembre correspondaient à l’agenda du président de la MEF Clency Appavoo dans le sens où n’importe quel groupe d’employés pouvait signer un accord collectif qui devient “binding” sur tous les autres employés. Cela signifiait la mort des syndicats. D’où une levée de boucliers collectif de l’ensemble des syndicats et des travailleurs. Quand, sous la pression syndicale, le ministre a reporté pour la rentrée parlementaire de mars 2013 l’adoption des amendements, les travailleurs doivent réaliser qu’on a ainsi pu éviter pour l’instant une catastrophe. Nous avons gagné une bataille mais la guerre est à venir et nous devons nous préparer », prévient-elle.
Le samedi 12 janvier, la Platform se réunira au siège de la Federation of Progressive Unions à Rose-Hill pour finaliser la stratégie à adopter. Le samedi 19 janvier, une assemblée de tous les délégués syndicaux aura lieu à la Salle Sindika Travayer (CTSP, Rose-Hill) pour préparer la grande manifestation du 2 février à Rose-Hill contre l’ERiA et l’EReA.
« Le 1er février nous célébrons l’Abolition de l’Esclavage, le 2 février nous manifestons contre les deux lois du travail qui ont fait les travailleurs de Maurice entrés dans l’ère de l’esclavage moderne. Seule une manifestation monstre des travailleurs du pays forcera le gouvernement à accepter nos propositions pour une loi qui protège leurs intérêts », conclut Jane Ragoo.